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« Au fil du temps, la résilience est devenue moins une question de force professionnelle que de capacité à endurer des conditions qui ne devraient jamais être considérées comme étant normales. »
Par Elizabeth Princewill-Sanni
2 novembre 2026
istockphoto.com/Jacob Wackerhausen
Les infirmières et infirmiers ont besoin de niveaux de dotation qui font état de la gravité des cas et de la charge de travail, et non de scénarios optimistes. Elles et ils ont besoin de temps réservé, d’attentes réalistes en matière de documentation, et de dirigeantes et dirigeants qui tendent l’oreille lorsque des préoccupations sont soulevées et qui réagissent par des actions concrètes, et non par de simples paroles rassurantes.
On fait souvent l’éloge des infirmières et infirmiers pour leur résilience, soit pendant des réunions d’équipe, dans des courriels destinés au personnel et après des quarts de travail particulièrement difficiles.
« Merci pour votre résilience. »
« Le personnel infirmier est tellement résilient. »
Gracieuseté de Elizabeth Princewill-Sanni
« La résilience ne devrait jamais signifier tolérer ce qui est dangereux. Elle ne devrait pas exiger des infirmières ou infirmiers d’être extraordinaires simplement pour fournir des soins ordinaires et sûrs », dit Elizabeth Princewill-Sanni.
Mais pour nombre d’infirmières et infirmiers travaillant au point d’intervention, ces mots ont une résonance différente. Ils sont souvent prononcés à la fin d’un quart de travail qui a été perçu comme peu sûr, épuisant ou tout simplement insoutenable. Au fil du temps, la résilience est devenue moins une question de force professionnelle que de capacité à endurer des conditions qui ne devraient jamais être considérées comme étant normales.
Le personnel infirmier est résilient. Cela ne fait aucun doute. D’après mon expérience, c’est souvent lorsque les systèmes sont soumis à une pression extrême que la résilience fait le plus souvent l’objet d’éloges. Le problème survient lorsque la résilience se substitue à des effectifs insuffisants, à du soutien concret et à des conditions de travail sûres.
Lorsque la résilience remplace le soutien
La résilience est une qualité inestimable en pratique infirmière. Elle nous permet de nous adapter, de nous remettre sur pied et de continuer à prendre soin des patients dans des environnements complexes. Cependant, lorsque l’on met l’accent sans cesse sur la résilience sans aborder les lacunes systémiques, elle commence à avoir des conséquences imprévues.
Dans de nombreux milieux de travail, la résilience est discrètement utilisée pour normaliser le manque de personnel, les lourdes charges de travail et les heures supplémentaires chroniques. On fait l’éloge des infirmières et infirmiers pour leur capacité à « travailler sans relâche » plutôt que de les encourager à faire des pauses, à remettre en question la situation ou à refuser des conditions de travail non sécuritaires. Au fil du temps, la responsabilité se déplace, non pas délibérément, mais subtilement, des systèmes vers les personnes.
Ce qui commence par un encouragement peut progressivement devenir une attente.
À quoi cela ressemble-t-il au chevet des patients
Au chevet des patients, ce changement est rarement considérable. Il se manifeste plutôt par de petits gestes familiers.
Une infirmière saute une pause pour répondre aux besoins des patients. Une autre est en retard pour terminer la documentation, faute de temps réservé à la consignation des dossiers. Une autre encore vient travailler pendant son jour de congé parce que l’unité manque à nouveau de personnel. Prendre une journée de maladie semble périlleux, même lorsque l’on se sent mal, car ce sont les collègues qui devront absorber la charge de travail.
Nombre d’infirmières et infirmiers cessent de qualifier ces moments de dangereux, qui font désormais partie du « cours normal des choses ». Pourtant, chacun de ces instants a des conséquences sur la fatigue, la concentration, la communication et, en fin de compte, les soins fournis aux patients.
Pour les infirmières et infirmiers qui viennent d’intégrer le système, y compris les infirmières et infirmiers formés à l’étranger, la pression de faire preuve de résilience peut sembler encore plus lourde. Lorsque l’on apprend les normes du milieu de travail, les styles de communication ou la dynamique d’équipe, s’exprimer peut sembler audacieux. Le silence devient un moyen d’adaptation, non pas par manque de connaissances, mais en raison de l’incertitude quant à la façon dont les préoccupations seront accueillies.
Le coût de cette persistance silencieuse
Le coût de cette persistance silencieuse n’est pas toujours visible dans les rapports sur la dotation ou les indicateurs de qualité.
Ce coût se manifeste par une détresse morale lorsque le personnel infirmier sait à quoi devraient ressembler des soins sûrs, mais ne peut pas les offrir de façon constante. Ce coût se manifeste aussi par un épuisement émotionnel qui ne se résout pas en un seul jour de congé. Il se manifeste lorsque des infirmières et infirmiers d’expérience quittent leurs fonctions au chevet des patients plus tôt que prévu, ou lorsque le personnel infirmier novice commence à douter de soi plutôt que du système qui l’entoure.
Dans ce contexte, l’épuisement professionnel n’est pas un échec personnel. C’est souvent la conséquence prévisible du fait de demander aux infirmières et infirmiers d’absorber la pression qui relève du niveau organisationnel.
Ce dont les infirmières et infirmiers ont réellement besoin
Si la résilience n’est pas la solution, quelle est-elle alors?
Les infirmières et infirmiers ont besoin de niveaux de dotation qui font état de la gravité des cas et de la charge de travail, et non de scénarios optimistes. Elles et ils ont besoin de temps réservé, d’attentes réalistes en matière de documentation, et de dirigeantes et dirigeants qui tendent l’oreille lorsque des préoccupations sont soulevées et qui réagissent par des actions concrètes, et non par de simples paroles rassurantes.
Les infirmières et infirmiers ont autant besoin de sécurité psychologique et de la possibilité de s’exprimer sans craindre de se faire étiqueter comme étant difficiles ou faisant preuve d’ingratitude ou de faiblesse. C’est tout particulièrement crucial pour le personnel infirmier novice dans une unité, dans la profession ou dans le système de santé canadien.
Il n’est aucunement question d’abaisser les normes ni de réduire la responsabilité pour soutenir les infirmières et infirmiers. Il s’agit de créer des conditions propices au jugement professionnel, à la collaboration et à la défense des intérêts des patients.
Redéfinir la résilience
La résilience ne devrait jamais signifier tolérer ce qui est dangereux. Elle ne devrait pas exiger des infirmières ou infirmiers d’être extraordinaires simplement pour fournir des soins ordinaires et sûrs.
Lorsqu’elle est soutenue par des systèmes solides, la résilience redevient ce qu’elle a toujours été censée être : la capacité à évoluer, à s’adapter et à mener une longue carrière enrichissante en pratique infirmière. Sans ce soutien, elle risque de devenir une façon polie de demander aux membres du personnel infirmier d’en faire plus que ce qu’ils ne devraient.
Le Canada compte sur les infirmières et infirmiers. Il ne suffit pas de valoriser la résilience. C’est en soutenant les infirmières et infirmiers grâce aux structures dont elles et ils ont besoin que nous protégeons à la fois la profession et les patients que nous soignons.
Elizabeth Princewill-Sanni travaille comme infirmière autorisée en oncologie au centre de cancérologie de l’hôpital North York General en Ontario.
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