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Faire œuvre de mémoire : la formation infirmière à Edmundston, une page d’histoire à jamais gravée au Nouveau-Brunswick

  
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Explorer le passé, honorer le présent et se projeter dans l’avenir

Par Renée Guimond-Plourde
13 mai 2026
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Gracieuseté de Studio Laporte (1975) / Graphisme de Jasmine Plourde (2025)
Sur la photo ci-dessus figurent les infirmières de la toute première cohorte de l’École de formation infirmière d’Edmundston (1973-1975).
Première rangée : Jacinthe Dubé, Denise Thibodeau, Colombe Poitras, Lyne Tremblay, Renée Corbin, Marise Laforge, Linda Leblanc, Denise Tardif, Rachel Vienneau, Mariette Cyr, Micheline Marquis, Linda Morin, Michèle Béchard, Denise Lévesque, Nicole Lévesque, Louise Roy, Anne Collin, Margo Raymond.
Dernière rangée : Pierrette Cyr, Rinette Martin, Ginette Page, Michèle Marquis, Mona Long, Carole Drapeau, Marie-Thérèse Beaupré, Gisèle Cyr, Thérèse Morency, Nicole Albert, Danielle Ouellet, Claire Castonguay, Michèle Bellavance, Renée Guimond, Albina Roy, Annette Tardif, Jocelyne Lebrun, Marguerite Albert.
Absente : Monique Roy.

Mise en contexte

Nous sommes le samedi 28 juin 2025. Les infirmières de la toute première cohorte de l’École de formation infirmière d’Edmundston (1973-1975) renouent avec leur alma mater afin de célébrer le 50ᵉ anniversaire de leur cérémonie de remise de diplômes.

Comment, en l’espace d’une rencontre à la fois amicale et festive, rendre hommage à cinq décennies d’histoire? La thématique « faire œuvre de mémoire » s’est imposée d’elle-même comme un phare guidant la planification et la tenue de ces septièmes retrouvailles depuis 1975. Explorer le passé, honorer le présent et se projeter dans l’avenir : un pari noble qui suscite reconnaissance et gratitude envers un établissement d’enseignement et les professionnelles de la santé qui en ont porté la flamme.

Explorer le passé : un clin d’œil historique

L’École de formation infirmière d’Edmundston (EFIE) voit le jour en septembre 1973, à la suite du rapport du Comité d’étude sur l’enseignement infirmier. Ce document marquait un tournant majeur dans la formation infirmière au Nouveau-Brunswick, en recommandant un contexte d’apprentissage dans des établissements autonomes et distincts des hôpitaux. Ces nouveaux milieux devaient offrir aux étudiantes un cadre pédagogique favorisant une compréhension globale des besoins de santé, au-delà du seul contexte hospitalier, en intégrant des perspectives communautaires en constante évolution. Aux traditionnels soins curatifs s’ajoutaient désormais les dimensions de la prévention et de la promotion de la santé, portées par des équipes multidisciplinaires.

Dans le nord-ouest du Nouveau-Brunswick, la profession infirmière comptait déjà une histoire vibrante et incontestée. Avant 1973, la formation initiale était principalement offerte dans les écoles d’infirmières affiliées aux hôpitaux. Des religieuses et infirmières dévouées y ont légué une profession crédible et un solide héritage. En témoignent l’Hôtel-Dieu de Saint-Basile et l’École d’infirmières de l’Hôtel-Dieu d’Edmundston, dont la réputation d’excellence, entre 1939 et 1972, a constitué un terreau fertile pour favoriser la transition d’un modèle hospitalier vers un modèle institutionnel autonome.

Installée dans l’enceinte du Collège Saint-Louis-Maillet ̶ aujourd’hui l’Université de Moncton, campus d’Edmundston ̶ l’EFIE devient le premier établissement francophone à ouvrir ses portes dans la province. Son approche novatrice consolide un enseignement ancré dans la rigueur scientifique et enrichi de cours de culture générale stimulant l’esprit critique. Les disciplines telles que la psychologie, la sociologie et la philosophie viennent appuyer la formation clinique et la discipline des soins, conférant à la profession une validation intellectuelle et scientifique jusque-là inédite.

De 1973 à 1996, en vingt-trois années d’existence, l’EFIE décernera plus de 650 diplômes. À sa fermeture, le baccalauréat en sciences infirmières devient la norme d’accès à la profession infirmière autorisée. Aujourd’hui encore, l’UMCE perpétue cet héritage en offrant un programme complet de premier cycle reconnu pour sa qualité et sa notoriété.

Un demi-siècle plus tard, on peut affirmer que la profession se trouvait alors à une véritable croisée des chemins. Des écoles décernant des diplômes après deux ans d’études ont également vu le jour à Moncton, Bathurst et Saint John. Historiquement, comme l’EFIE, ces « écoles décernant des diplômes » ont servi de tremplins à l’évolution de la professionnalisation des infirmières et infirmiers francophones et anglophones du Nouveau-Brunswick.

Honorer le présent : donner ses lettres de noblesse à l’EFIE

En tant que pionnières de la première heure, nous nous sommes senties investies d’une responsabilité : celle d’immortaliser cette page fondatrice de notre histoire. Par le même geste, nous souhaitions rendre hommage à la détermination de deux directrices visionnaires, soit Olive Mercier (1972-1974) et Yolande Lepage-Cyr (1974-1996), ainsi qu’à l’engagement indéfectible de l’ensemble du personnel enseignant et professionnel qui, au fil des ans, a contribué à l’essor et au rayonnement du programme jusqu’à ce qu’on mette fin à ses activités.

Pour souligner le 50e anniversaire de nos retrouvailles, une plaque commémorative a été dévoilée et installée de façon permanente dans le Secteur science infirmière de l’UMCE. On y lit : En hommage à l’École de formation infirmière d’Edmundston (1973-1996), qui a su former avec rigueur et vision plusieurs infirmières et infirmiers.

Afin de rendre plus visible et plus digne l’héritage de cette « école diplôme francophone », la plaque arbore une devise poétique : Telles un voilier d’oiseaux migrateurs, ces pionnières ont tracé le trajet d’un voyage qui se poursuit… Cette image du voilier d’oiseaux migrateurs évoque à la fois le mouvement et la continuité, la direction et la transmission. Elle traduit le passage du savoir, du courage et des valeurs d’une génération à l’autre. Quant au terme « pionnières », il souligne explicitement le rôle historique de la toute première cohorte, tout en rendant hommage aux quelque 650 diplômées et diplômés qui ont poursuivi cette trajectoire sans précédent.

Se projeter dans l’avenir : un legs pour soutenir la génération d’aujourd’hui

Une porte s’ouvrait pour légitimer l’ampleur d’un apport professionnel, façonné tout au long de carrières bien remplies. Qu’il s’agisse d’infirmières de chevet, d’infirmières ressources en soins cardio-respiratoires, en soins diabétiques, de professionnelles en santé publique, dans des réserves autochtones, en clinique privée, en recherche-enseignement en milieu collégial (y compris au Cégep) et universitaire, ou en gestion, toutes ont incarné la force imperturbable d’un leadership infirmier. Plusieurs se sont également investies dans des initiatives communautaires, humanitaires et philanthropiques, ou encore au sein de conseils d’administration et d’associations professionnelles au Nouveau-Brunswick et ailleurs au pays.

Chacune a emprunté un chemin singulier, marqué par la créativité, le courage et la compassion. Certaines se sont investies comme aidantes naturelles auprès de leurs proches dans le besoin, illustrant que la profession axée sur le soin et la relationdépasse le cadre d’une carrière pour s’inscrire dans celui d’une vocation profondément humaine. D’autres sont devenues des porteuses d’espoir, inspirant leurs sœurs, leurs filles ou leurs petites-filles à suivre la voie des sciences infirmières, bouclant ainsi le cercle de la transmission. Ces trajectoires multiples témoignent d’un leadership pleinement assumé, sans lequel la profession n’aurait pas connu un tel essor.

Ce regard dans le rétroviseur du temps confirme que ces itinéraires, tout en étant uniques, possèdent une résonance contemporaine. À titre d’exemple, près du tiers des finissantes de 1975 ont entrepris un parcours d’études universitaires, en décrochant un certificat, un baccalauréat, une maîtrise ou un doctorat. Comme un grand tissage collectif, toutes ces expériences se rejoignent pour dessiner les contours d’une profession en plein envol comme cette initiative mise de l’avant en 1991. Un modèle holistique en soins palliatifs et de fin de vie voit le jour sous la coordination d’une infirmière. Élaborée en collaboration avec trois médecins de famille, un pharmacien, une travailleuse sociale et un prêtre, cette équipe multidisciplinaire répondait à l’ensemble des besoins des patients et du personnel soignant. Les soins palliatifs du 21e siècle ont évolué pour devenir une approche intégrée transcendant les disciplines, les modèles de soins et les maladies. Ce sont ces pas, ces gestes, ces réussites, ces chemins qui, encore aujourd’hui, continuent de se déployer.

Animées par le désir d’immortaliser un tel héritage fécond, nous avons souhaité laisser un legs tangible. C’est dans cet esprit que nous avons décidé d’octroyer des bourses d’études à des diplômées et diplômés méritants de la prochaine cohorte. Ce geste, à la fois symbolique et concret, traduit une volonté de faire œuvre de mémoire en donnant aux suivantes et aux suivants. Ainsi, nous inscrivons notre gratitude dans la durée, en soutenant la relève et en perpétuant les valeurs d’excellence, d’engagement et d’humanité qui ont forgé notre parcours.

Conclusion

Cinquante ans plus tôt, le samedi 28 juin 1975, rien ne laissait présager que ces nouvelles diplômées inscriraient une page irremplaçable de l’histoire de la formation infirmière au Nouveau-Brunswick. Aujourd’hui, nous nous reconnaissons comme témoins vivants d’un rêve devenu réalité, portées par la vision d’une profession appelée à se renouveler en permanence. Sous cette forme moderne, nous incarnons ce pouvoir transformateur des infirmières et infirmiers sur la santé et la société.

Ce message trouve d’ailleurs écho dans les mots du premier ministre du Canada, Mark Carney, qui nous écrivait : « En tant que premières diplômées de votre établissement, vous avez démontré une ardeur au travail et une détermination qui ont servi d’exemple aux personnes qui vous ont suivis. »

En tant que chefs de file, nous sommes devenues, par le fait même, des modèles édifiants d’une réussite. Nous avons donné un visage humain à ce grand virage amorcé à la fin du siècle dernier. Et comme le rappelait Simone de Beauvoir : « Pour désirer laisser des traces dans le monde, il faut en être solidaire. » Haut et fort, c’est précisément ce que ces infirmières de cœur ont voulu léguer, en ce 28 juin 2025, un demi-siècle plus tard, jour pour jour, un message vibrant d’unité, de fierté et d’espérance.

Cet article est dédié à mes collègues de la promotion 1973-1975, en hommage à notre parcours commun, unique en son genre, en tant que pionnières engagées.


Renée Guimond-Plourde, inf. aut., B. Sc. inf., B. Éd., M. Éd., Ph. D., a exercé dans divers milieux avant de se consacrer à l’enseignement et à la recherche collégiale et universitaire.

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