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L’espace à mi-chemin entre sauver une vie et offrir des soins de confort

  
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Les nombreuses nuances de gris en pratique infirmière entre l’héroïsme et le sens de l’humanité

Par Marianne M. Rowland
8 septembre 2026
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istockphoto.com/andresr
D’abord, la science s’impose. Le patient est admis en soins intensifs, entouré d’appareils qui bourdonnent et émettent des bips comme une symphonie de la survie. Mais à mesure que les couches de la maladie se dévoilent, la vérité fait surface : maladie chronique, cancer, comorbidités s’étant empilées, comme des dominos prêts à s’effondrer.

Dans un monde obsédé par les résultats, la pratique infirmière nous rappelle que parfois, la plus grande victoire n’est pas de sauver des vies, mais de les honorer, avec dignité et tendresse, jusqu’à la toute fin.

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Gracieuseté de Marianne M. Rowland
« Souvent, en faire plus signifie en faire moins et parfois, le plus grand acte de bienveillance consiste à soulager la souffrance, et non à la prolonger », dit Marianne M. Rowland.

Il existe en soins infirmiers un espace que peu de personnes extérieures à la profession comprennent vraiment, un espace aux multiples nuances de gris, où le personnel infirmier se trouve à mi-chemin entre sauver une vie et offrir des soins de confort. C’est là que la science et l’art des soins infirmiers s’entrechoquent, exigeant non seulement une maîtrise technique, mais aussi une profonde intelligence émotionnelle.

Certains patients arrivent dans un état si avancé que les chances d’un rétablissement satisfaisant sont minces. Pourtant, ils se présentent à l’hôpital en demandant que tout soit mis en œuvre, chaque mesure héroïque, chaque intervention. Code complet. Ces mots résonnent comme un cri de guerre, mobilisant la précision et l’urgence des soins intensifs.

D’abord, la science s’impose. Le patient est admis en soins intensifs, entouré d’appareils qui bourdonnent et émettent des bips comme une symphonie de la survie. Les perfusions inotropes coulent, les ventilateurs sont prêts et l’équipe travaille sans relâche pour traiter la cause profonde de la crise. Peut-être que tout a commencé par quelque chose d’apparemment simple, disons une grippe saisonnière qui a dégénéré en choc septique. Mais à mesure que les couches de la maladie se dévoilent, la vérité fait surface : maladie chronique, cancer, comorbidités s’étant empilées, comme des dominos prêts à s’effondrer.

Les jours passent. Le pronostic s’assombrit. Le personnel infirmier observe les chiffres sur les moniteurs, soit la saturation en oxygène en baisse et la tension artérielle chancelante, et sent le poids du temps qui pèse de plus en plus lourd. Le temps devient la seule constante, et à cet instant, l’infirmière doit s’abandonner pleinement à son rôle : soignante, défenseuse et témoin d’une vie vécue et qui s’éteint peu à peu.

Puis viennent les conversations, celles qui changent tout.
« Pourquoi je ne ressens pas de douleur? »
« Je n’avais aucune idée que j’étais malade. »
« Êtes-vous en train de me dire que je pourrais y laisser ma peau? »

Les membres de la famille sont frappés de stupeur, les visages marqués par la peur et l’incrédulité. L’infirmière ou l’infirmier sent l’atmosphère s’alourdir de questions, de culpabilité et de déni. Le médecin explique le fonctionnement des ventilateurs, de la réanimation cardio-respiratoire et l’inutilité de toute autre intervention. Mais le personnel infirmier sait que ces mots tombent comme des pierres dans l’eau, provoquant des ondulations de confusion, et non de clarté. Dans ces moments-là, même les explications les plus simples peuvent sembler accablantes pour les patients et leurs familles, les laissant dans l’incertitude quant aux prochaines étapes.

Les connaissances en matière de santé sont limitées. Les émotions sont à fleur de peau. Les décisions pèsent lourd. Et au milieu de tout cela, la famille fait confiance à l’équipe soignante, espérant qu’elle la guide sur un chemin que personne ne souhaite emprunter.

Pour le personnel infirmier, c’est là que réside le véritable défi. Formé à lutter pour la vie, à ajuster les perfusions et le débit d’oxygène, l’instinct est d’en faire plus. Pourtant, le cœur nous murmure une autre vérité : souvent, en faire plus signifie en faire moins. Parfois, le plus grand acte de bienveillance consiste à soulager la souffrance, et non à la prolonger.

À l’approche de la mort, le corps se trahit : l’hypoxie provoque une soif d’air, de la confusion, de la panique. Des médicaments sont administrés pour calmer la tempête, pour apaiser la poussée de catécholamines. C’est une danse délicate entre pharmacologie et compassion, une course contre la montre où la ligne d’arrivée n’est pas la survie, mais la paix.

Et dans ces moments-là, ceux qui s’écoulent entre les interventions et le silence, le personnel infirmier ressent la douleur de l’humanité. Les larmes brouillent le dossier médical. La crainte s’insinue : Ce médicament mettra-t-il fin à sa vie avant que la personne n’ait pu dire adieu? Le personnel infirmier se tourne alors vers d’autres sources de réconfort : la présence de la famille, la musique, une main délicate posée sur une main tremblante, des photos placées au chevet, telles un ancrage de la mémoire.

Finalement, un changement s’opère. Le langage passe de « piètre pronostic » à « derniers instants de la vie ». Et à ce moment, le personnel infirmier fait une introspection, cherchant du réconfort dans la vérité la plus simple : Je suis à la hauteur. La compassion et la bienveillance suffisent; rien de plus.

Cet article est dédié aux infirmières et infirmiers qui s’orientent vers les soins infirmiers intensifs et qui accompagnent les patients et leurs familles dans cet espace à mi-chemin entre sauver une vie et offrir des soins de confort.


Marianne M. Rowland, inf. aut., B. Sc. inf., CSI(C), est infirmière de chevet à l’unité des soins intensifs de l’hôpital Woodstock, en Ontario, et enseignante clinique à la Arthur Labatt Family School of Nursing à l’Université Western et au Collège Conestoga.

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