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Patricia Lingley-Pottie relate comment une tragédie l’a motivée à choisir une carrière en recherche et en soins de santé mentale après des années de soins infirmiers en pédiatrie
Par Laura Eggertson
7 avril 2026
Photographie Stacie Corrigan
« Je prends une part très active dans les soins que nous offrons, tant du point de vue des soins infirmiers que de celui du counseling », explique Patricia Lingley-Pottie.
Lorsque Patricia Lingley-Pottie réfléchit aux raisons qui l’ont poussée à se tourner vers la recherche et les soins en santé mentale après avoir exercé pendant des années comme infirmière en pédiatrie, elle se souvient d’une fillette prénommée Judy.
C’était en 1988, lorsque Patricia Lingley-Pottie venait de commencer à travailler à l’unité de transplantation rénale et de dialyse du célèbre Hospital for Sick Children (SickKids) de Toronto.
Judy, une fillette de cinq ans d’une petite communauté mennonite du sud-ouest de l’Ontario, était gravement malade, atteinte d’une maladie génétique rare. C’est Patricia Lingley-Pottie qui l’a prise sous son aile.
Pendant les trois années qui ont suivi, Patricia Lingley-Pottie est restée aux côtés de Judy en tant qu’infirmière de soins primaires lors de 28 interventions chirurgicales, dont des transplantations rénales.
Pendant leurs jours de congé, Patricia Lingley-Pottie et son mari Darryl rendaient visite à la famille de Judy à domicile. Patricia brossait les cheveux de la fillette et jouait avec elle. Elle l’a aidée à se préparer sur le plan émotionnel à ces chirurgies difficiles.
Mais rien n’avait préparé Patricia Lingley-Pottie, maintenant présidente et directrice générale (PDG) de l’Institut des familles solides, à l’appel téléphonique qu’elle a reçu lors d’un autre de ses jours de congé.
Alors qu’elle se rendait à une séance d’hémodialyse à SickKids, Judy a souffert d’une crise épileptique. Elle est décédée dans les bras de sa mère.
« De la prise en charge à la guérison »
« J’étais dévastée, raconte Patricia Lingley-Pottie qui a les larmes aux yeux en repensant à l’influence que Judy a eue sur sa vie. Je suis toujours en contact avec sa famille aujourd’hui. »
La mort de Judy a fait prendre conscience à Patricia Lingley-Pottie que, même si elle adorait travailler avec les enfants et les familles en tant qu’infirmière de chevet, elle souhaitait améliorer la vie d’un plus grand nombre de personnes que celles qu’elle pouvait toucher dans le cadre de sa pratique infirmière individuelle.
Elle estimait que la recherche offrait la possibilité d’apprendre à prévenir et à guérir les maladies pour un grand nombre de personnes, plutôt que d’en traiter quelques-unes seulement.
Judy a été le catalyseur de la transition de Patricia Lingley-Pottie, comme elle l’a confié à une autre intervieweuse, « de la prise en charge à la guérison ».
Patricia Lingley-Pottie et son mari ont décidé de retourner en Nouvelle-Écosse, où elle est née et a grandi, pour y fonder une famille.
Alors qu’elle travaillait au IWK Health Centre à Halifax, Patricia Lingley-Pottie a emmené son bébé pour sa vaccination de deux mois et a fini par participer à une étude de recherche.
Son expérience dans le cadre de cette étude l’a conduit à un poste d’infirmière aidant à la supervision des essais cliniques en vaccination au Canadian Center for Vaccinology, et a marqué le début de sa carrière en tant que chercheuse.
Éliminer les obstacles aux soins
Au cours de son travail de supervision des essais cliniques, Patricia Lingley-Pottie a rencontré Patrick McGrath, psychologue et chercheur, qui étudiait comment atténuer la douleur des enfants lors des essais cliniques de vaccination. Patrick McGrath a embauché Patricia Lingley-Pottie pour travailler avec lui. Il a également soutenu son rêve d’obtenir un doctorat de l’Université Dalhousie, qu’elle a décroché en 2011.
Ensemble, Patrick McGrath et Patricia Lingley-Pottie ont fondé l’Institut, qui fournit actuellement des soins de santé mentale en ligne à un bassin de 10 000 à 13 000 personnes partout au Canada.
Initialement une initiative de recherche financée par les Instituts de recherche en santé du Canada à l’Université Dalhousie et au IWK Health Center, l’Institut est depuis devenu une organisation indépendante à but non lucratif dont la mission est d’éliminer les obstacles auxquels se heurtent les enfants, les jeunes et les familles lorsqu’ils d’accéder à des soins de santé mentale.
Au cours de sa pratique infirmière, notamment lorsqu’elle a accompagné Judy, Patricia Lingley-Pottie a pris pleinement conscience des longues listes d’attente auxquelles les enfants et les familles faisaient face, des difficultés éprouvées par les familles rurales pour se déplacer afin d’obtenir des soins, des coûts prohibitifs et de la stigmatisation associés au traitement en santé mentale.
Elle et Patrick McGrath étaient déterminés à créer un système fondé sur une démarche cognitivo-comportementale qui permettrait aux enfants et aux familles d’obtenir rapidement une aide efficace, directement à domicile.
Une aide concrète, en ligne
Bien avant que la pandémie de COVID-19 ne fasse des soins virtuels une pratique généralisée, Patricia Lingley-Pottie et son équipe étaient convaincues de l’intérêt d’utiliser un système en ligne, jumelé à des accompagnatrices et accompagnateurs qualifiés, pour offrir aux personnes des outils pratiques dans les moments les plus difficiles.
« Nous avons élaboré ce nouveau système de soins en nous appuyant sur les meilleures données scientifiques, provenant d’universitaires de renommée internationale, de spécialistes de tous les horizons et de personnes ayant une expérience vécue, dit-elle. Nous avons été des pionniers dans la conception d’un système de soins. »
Patricia Lingley-Pottie et son équipe ont élaboré six programmes pédagogiques différents sur la santé mentale et le bien-être, dont des manuels, des vidéos et des protocoles d’encadrement. Elles ont ensuite évalué leur système, qu’elles continuent d’évaluer pour s’assurer qu’il aide les enfants, les jeunes et les familles qui s’en servent.
L’équipe de l’Institut des familles solides propose ces programmes bilingues fondés sur des données probantes en ligne, par l’entremise de sa propre plateforme logicielle et application exclusives, ainsi que par téléphone par l’intermédiaire des accompagnatrices et accompagnateurs.
Il n’y a aucun coût pour la clientèle, de sorte que n’importe qui, n’importe où, peut bénéficier d’une aide concrète en matière de régulation émotionnelle à l’intention des enfants et des jeunes, d’une formation parentale, et de démarches cognitivo-comportementales conçues pour réduire l’anxiété, la dépression et le stress chez les enfants, les jeunes et les adultes, ainsi que d’un programme contre l’énurésie nocturne, explique Patricia Lingley-Pottie.
Les résultats comprennent des interventions faciles d’accès dans le cadre d’une démarche de soins par paliers, avec trois niveaux d’intensité différents, en fonction de l’étape où se trouvent les personnes dans leur parcours de santé mentale.
Le modèle d’encadrement a permis de surmonter des troubles de santé mentale pédiatriques qui peuvent faire l’objet d’un diagnostic, y compris le trouble déficitaire de l’attention avec hyperactivité (TDAH), sans médicament, explique Patricia Lingley-Pottie. Au moins 85 % des clientes ou clients ont déclaré que les troubles qui les avaient amenés à suivre le programme avaient été résolus après avoir suivi l’un des programmes de l’Institut, ajoute-t-elle.
Les soins infirmiers avant tout
À l’heure actuelle, l’Institut des familles solides dispose d’un budget de 6 millions de dollars, et Patricia Lingley-Pottie, en tant que PDG, supervise une équipe de 75 personnes.
L’organisation a conclu plusieurs contrats provinciaux et territoriaux, ainsi qu’un contrat national pour venir en aide aux familles des militaires, aux vétéranes et vétérans, ainsi qu’aux membres de la Gendarmerie royale du Canada et à leurs familles.
Bien que les cheminements d’orientation diffèrent selon les provinces ou territoires où l’Institut a conclu un contrat, l’inscription est toujours gratuite pour la clientèle.
Devenir PDG, tout en restant chercheuse, peut sembler s’éloigner considérablement des soins infirmiers au chevet des patients, reconnaît Patricia Lingley-Pottie. Mais son expérience en soins infirmiers pédiatriques est au cœur de ses fonctions actuelles, dit-elle.
« Il s’agit simplement d’être toujours présente, pour la clientèle, pour les familles et pour mon personnel », explique-t-elle.
C’est au chevet de ses patients qu’elle a appris l’importance cruciale de fournir des soins axés sur la famille et d’intégrer l’expérience vécue par ses patients dans tout plan de traitement. Ce sont désormais deux aspects fondamentaux du système de soins de l’Institut.
« Tout ce que je savais vraiment lorsque je suis entrée en fonction, c’était d’écouter les clients, d’écouter nos patients, de les laisser nous indiquer comment ce système ou ces programmes sont conçus pour répondre à leurs besoins », explique Patricia Lingley-Pottie.
En plus de mettre à profit ses connaissances en soins infirmiers pour aider à concevoir le système de l’Institut, Patricia Lingley-Pottie continue aussi à être consultante pour des cas individuels.
« Je prends une part très active dans les soins que nous offrons, tant du point de vue des soins infirmiers que de celui du counseling, explique-t-elle. Lorsqu’il y a un problème ou que quelque chose va au-delà des paramètres du protocole [en vigueur], on m’appelle. »
Une place parmi les meilleurs PDG
Patricia Lingley-Pottie est particulièrement fière des résultats que les accompagnatrices et accompagnateurs de l’Institut des familles solides atteignent.
« Nos essais ont montré que notre démarche axée sur les compétences, qui fait appel à des accompagnatrices et accompagnateurs offrant du soutien téléphonique paraprofessionnel, a permis de surmonter des troubles de santé mentale pédiatriques que l’on peut diagnostiquer, notamment le trouble déficitaire de l’attention avec hyperactivité (TDAH), le trouble oppositionnel avec provocation (TOP) le trouble des conduites (TC) et divers troubles anxieux », dit-elle.
Parmi les réalisations de Patricia Lingley-Pottie, citons sa nomination parmi les 50 meilleures et meilleurs PDG du Canada atlantique (à trois reprises), ainsi que l’obtention d’un des Prix du gouverneur général pour l’innovation, entre autres.
La conciliation de sa vie familiale avec ses projets de recherche en cours, la direction de l’Institut, les services de consultation sur des cas individuels, la collecte de fonds et l’encadrement d’étudiantes et d’étudiants n’est pas de tout repos.
Patricia Lingley-Pottie s’efforce de se déconnecter de son téléphone et de son ordinateur à la fin de la journée, ou lorsqu’elle est en vacances, un exploit qu’elle peut réaliser grâce à son « personnel phénoménal », dit-elle.
Lorsqu’elle n’est pas au travail, elle adore passer du temps avec son mari, ses enfants adultes Breanna, Jacob et Madisyn, et ses petits-enfants. Elle a aussi un penchant pour la pâtisserie, le jardinage, les belles chaussures et les beaux ongles manucurés qu’elle fait elle-même.
Malgré le fait que l’Institut aide les personnes et les familles à surmonter des périodes difficiles, Patricia Lingley-Pottie se sent rarement découragée. Elle puise plutôt sa force dans les histoires de réussite.
L’une de ces réussites porte sur une adolescente de Terre-Neuve-et-Labrador qui avait des pensées suicidaires lorsqu’elle a commencé à participer à un programme de l’Institut conçu pour aider les jeunes à vaincre l’anxiété et la dépression.
En quelques semaines, Patricia Lingley-Pottie s’est fait dire par la mère de l’adolescente que le programme avait changé la vie de sa fille. Aujourd’hui, la jeune femme participe à des compétitions de curling au niveau national.
« Les compétences que cette jeune femme a acquises grâce au programme l’ont beaucoup aidées à se sortir de son impasse », affirme Patricia Lingley-Pottie.
Ces histoires inspirantes l’incitent à encourager plus de gouvernements provinciaux et territoriaux à élargir leurs contrats de services afin que l’Institut puisse aider encore plus de personnes comme cette adolescente de Terre-Neuve-et-Labrador.
« J’ai consacré ma vie, ainsi que toute ma carrière, à la recherche et à l’amélioration des conditions de vie des gens, indique Patricie Lingley-Pottie. Dès que je me réveille le matin, je veux simplement faire bouger les choses.
Et si jamais elle manque d’inspiration, il lui suffit de jeter un coup d’œil à la figurine d’ange qui orne son bureau à la maison et qui représente Judy, sa jeune protégée de huit ans.
Laura Eggertson est journaliste indépendante à Wolfville, en Nouvelle-Écosse.
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