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Optimiser l’utilisation des inhalateurs prescrits : soutien infirmier pour les personnes et la planète

  
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Le personnel infirmier joue un rôle essentiel dans le soutien à une utilisation des inhalateurs efficace, sûre et respectueuse de l’environnement

Par June Kaminski
15 juin 2026
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istockphoto.com/Evgeniya Pavlova
L’optimisation de l’utilisation des inhalateurs commence par la compréhension des besoins thérapeutiques individuels des patients. Des facteurs tels que l’âge, les comorbidités, les fonctions cognitives, la dextérité, le statut socio-économique et le contexte culturel ont tous une incidence sur le caractère approprié et l’efficacité des différents types d’inhalateurs.

Messages à retenir

  • Le personnel infirmier peut avoir recours à une démarche axée sur la santé planétaire pour orienter le choix des inhalateurs et leur utilisation;
  • Les aérosols-doseurs propulsent des gaz à effet de serre à forte teneur qui sont beaucoup plus puissants que le dioxyde de carbone.
  • Le personnel infirmier peut jouer un rôle essentiel en orientant les patients vers des traitements respiratoires efficaces, personnalisés et minimisant les dommages causés à l’environnement.

Utilisation des inhalateurs et émissions de gaz à effet de serre

Les médicaments inhalés sont la pierre angulaire des soins respiratoires au Canada, surtout pour les personnes souffrant d’asthme et de maladie pulmonaire obstructive chronique (MPOC). Cependant, le coût environnemental de ces traitements suscite de plus en plus d’attention (Gagné et coll., 2023; Gupta et coll., 2023). Les aérosols-doseurs couramment prescrits utilisent des propulseurs à base d’hydrofluorocarbures, qui sont des gaz à effet de serre puissants dont le potentiel de réchauffement global est de 1 300 à 3 350 fois supérieur à celui du dioxyde de carbone (Douglass et coll., 2025).

Une étude récente a estimé que les inhalateurs contribuaient à 21,8 % des émissions totales des établissements de santé de la vallée du Fraser dans l’ouest du Canada, provenant en majorité des aérosols-doseurs (Liang et coll., 2023). C’est pourquoi on abandonne de plus en plus les aérosols-doseurs au profit de solutions de rechange plus écologiques. Les inhalateurs à poudre sèche et les inhalateurs brumisateurs n’utilisent pas de propulseur et ont une empreinte carbone plus faible (Liang et coll., 2023, p. 122). Bien que tous les inhalateurs aient une empreinte carbone semblable au stade initial de fabrication, celle-ci change au stade du traitement et de l’usage du cycle de vie (Douglass et coll., 2025).

Les infirmières et infirmiers, en tant que spécialistes des soins directs et de la sensibilisation auprès des patients, jouent un rôle vital dans le soutien à une utilisation efficace, sûre et respectueuse sur le plan environnemental des inhalateurs. Une démarche axée sur la santé planétaire, les soins holistiques, l’équité et la durabilité, peut guider l’amélioration de la prescription et de l’utilisation des inhalateurs, dans l’intérêt des personnes et de la planète (AIIC et ACIIE, 2024).

Comparaison de l’empreinte écologique des inhalateurs

Aérosol-doseur
Équivalent en CO₂ = 10 à 28 kg
Utilise des gaz propulseurs à base d’hydrofluorocarbures
Le propulseur libère le médicament
Impact environnemental élevé
Exemple : Ventolin MDI

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Inhalateur à poudre sèche
Équivalent en CO₂ = 0,5 à 1 kg
Aucun gaz propulseur
Mécanisme activé par la respiration
Faible impact environnemental
Exemple : Advair Diskus

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Inhalateur brumisateur
Équivalent en CO₂ = 0,8 kg
Aucun gaz propulseur
L’énergie mécanique produit la bruine
Faible impact environnemental
Exemple : Respimat

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Une démarche de soins holistiques et de longue durée à l’utilisation des inhalateurs

L’optimisation de l’utilisation des inhalateurs commence par la compréhension des besoins thérapeutiques individuels des patients. Des facteurs tels que l’âge, les comorbidités, les fonctions cognitives, la dextérité, le statut socio-économique et le contexte culturel ont tous une incidence sur le caractère approprié et l’efficacité des différents types d’inhalateurs.

Par exemple, les enfants et certaines personnes âgées peuvent avoir besoin d’aérosols-doseurs avec chambre d’inhalation pour coordonner efficacement l’activation et l’inhalation. À l’inverse, de nombreux adultes ayant un bon débit inspiratoire peuvent tirer profit du passage à un inhalateur à poudre sèche, qui ne nécessite aucun propulseur et a donc une empreinte carbone nettement inférieure. Cependant, ce changement n’est pas toujours simple. Une personne souffrant d’arthrite grave ou ayant une faible préhension peut avoir du mal à activer certains inhalateurs à poudre sèche. Le personnel infirmier est particulièrement bien placé pour évaluer ces facteurs et préconiser une démarche personnalisée de la prescription des inhalateurs.

Une démarche de soins holistiques et de longue durée consiste aussi à comprendre et à aborder les obstacles à l’accès et à l’utilisation des inhalateurs. Par exemple, certains inhalateurs plus écologiques peuvent ne pas être couverts par le régime d’assurance médicaments d’une personne ou entraîner des coûts supplémentaires plus élevés (BCGuidelines.ca, 2023; Gupta et coll., 2023). Les infirmières et infirmiers peuvent aider les patients à surmonter ces difficultés, en les mettant en lien avec des ressources telles que des programmes d’aide financière ou en collaborant avec les personnes prescriptrices afin de trouver des solutions de rechange appropriées.

Diagnostic et traitement précis

Dans une analyse réalisée par Gagné et coll. (2023), les données démontrent que 33 % des adultes canadiens ayant auparavant reçu un diagnostic d’asthme ne répondaient pas aux critères diagnostiques lors des mesures spirométriques objectives. Pourtant, 79 % de ces personnes prenaient régulièrement des médicaments contre l’asthme. De même, l’équipe de recherche a constaté que 44 % des patients ayant reçu un diagnostic de MPOC n’étaient pas atteints de cette maladie d’après des tests objectifs, mais que 67 % de ces patients continuaient à recevoir des médicaments pour traiter la MPOC. Ces résultats et d’autres semblables (Douglass et coll., 2025; Gupta et coll., 2023) soulignent l’importance d’un diagnostic précis et d’une réévaluation régulière dans la prise en charge des maladies respiratoires chroniques afin d’éviter les traitements et une charge médicamenteuse inutiles. En procédant à ces tests, on peut ainsi réduire les méfaits potentiels pour les patients, les coûts et les effets sur l’environnement. L’asthme et la MPOC sont des maladies chroniques qui nécessitent souvent un traitement à vie, d’où l’importance cruciale d’un diagnostic précis, validé et correctement surveillé.

Renforcer la technique appropriée : une responsabilité fondamentale du personnel infirmier

La façon dont les patients utilisent leurs inhalateurs a aussi une incidence sur l’environnement. Des études montrent systématiquement qu’un grand nombre de personnes souffrant d’asthme et de MPOC utilisent leurs inhalateurs incorrectement (Douglass et coll., 2025; Gupta et coll., 2023) et trop fréquemment (Gagné et coll., 2023). Parmi les erreurs courantes, citons le fait de ne pas agiter les aérosols-doseurs avant l’utilisation, de ne pas utiliser la chambre d’inhalation avec les aérosols-doseurs, de ne pas inspirer lentement et profondément, ou d’expirer dans les inhalateurs à poudre sèche avant l’inhalation. Une autre erreur courante et coûteuse est l’élimination des inhalateurs avant qu’ils ne soient vides (Douglass et coll., 2025; Liang et coll., 2023). Ces erreurs compromettent l’administration du médicament, réduisent le contrôle des symptômes, gaspillent des matériaux, font augmenter les coûts et peuvent entraîner une surutilisation ou une intensification inutile du traitement.

Enseigner et renforcer la technique d’inhalation appropriée est une fonction centrale des soins infirmiers. Les pratiques optimales comprennent :

  • la démonstration de l’utilisation appropriée des dispositifs;
  • le recours à la méthode « apprendre et enseigner » pour évaluer la compréhension qu’en a la patiente ou le patient;
  • le partage de vidéos pédagogiques, d’aides visuelles et de documents imprimés;
  • la vérification de la technique à chaque étape des soins, y compris à la sortie de l’hôpital et lors des visites à domicile.

Une réévaluation régulière est également essentielle. La technique d’utilisation peut perdre en efficacité avec le temps, surtout en cas de changements des fonctions cognitives ou des capacités motrices, ou en début d’utilisation de nouveaux dispositifs. Les membres du personnel infirmier en soins primaires, en milieu hospitalier et à domicile peuvent renforcer les pratiques exemplaires et s’assurer que les patients utilisent leurs inhalateurs avec confiance et en toute connaissance de cause, quelle que soit la méthode d’administration prescrite.

Promouvoir des choix éclairés et personnalisés d’inhalateurs

On prend de plus en plus conscience que le choix d’un inhalateur peut concilier efficacité clinique et intendance environnementale. Le fait de remplacer pendant un an l’aérosol-doseur quotidien d’une personne adulte par un inhalateur à poudre sèche permettrait d’éviter d’émettre 234 kg de dioxyde de carbone (Douglass et coll., 2025, p. 4) et de réduire de 78 % les émissions de l’inhalateur par an (Liang et coll., 2023, p. 125). À titre de comparaison, les aérosols-doseurs disponibles au Canada représentent de 10 à 28 kg d’équivalents de CO2 par inhalateur; les inhalateurs à poudre sèche génèrent de 0,5 à 1 kg d’équivalents de CO2 par inhalateur; et les inhalateurs brumisateurs produisent autour de 0,8 kg d’équivalents de CO2 par inhalateur (Douglass et coll., 2025). Malgré ces données, les inhalateurs à poudre sèche et les solutions de rechange à faible potentiel de réchauffement climatique, comme les inhalateurs brumisateurs, restent sous-utilisés dans de nombreux contextes en raison de la méconnaissance des personnes qui les prescrivent ou d’un manque de sensibilisation aux avantages de laisser tomber les aérosols-doseurs au profit d’autres types d’inhalateurs.

On doit tenir compte des intérêts de la patiente ou du patient lors de la transition à un autre type d’inhalateur. Le personnel infirmier peut y contribuer en :

  • informant les patients sur les différences environnementales entre les inhalateurs;
  • discutant des préférences personnelles, des capacités et des valeurs personnelles;
  • rassurant les patients sur le fait que les inhalateurs à poudre sèche sont cliniquement équivalents pour de nombreuses affections;
  • collaborant avec les pharmacies et les responsables des prescriptions afin d’explorer les options appropriées et d’utiliser des dispositifs de contrôle du débit inspiratoire pour évaluer s’il est pertinent d’utiliser un inhalateur à poudre sèche ou un inhalateur brumisateur.

Il est important de noter que l’objectif n’est pas d’éliminer complètement les aérosols-doseurs. Ceux-ci demeurent essentiels pour certains patients et dans des situations graves. Cependant, en prescrivant les médicaments de façon réfléchie, on peut réduire le recours inutile aux aérosols-doseurs lorsque les inhalateurs à poudre sèche ou les solutions de rechange à faible potentiel de réchauffement climatique sont appropriés.

Les organismes professionnels commencent à soutenir ce changement. La Société canadienne de thoracologie encourage la prise de décision commune qui intègre des considérations environnementales, à condition de continuer à assurer la sécurité et l’efficacité (Gupta et coll., 2023). Les membres du personnel infirmier peuvent être de grands défenseurs de cette démarche équilibrée.

Soutenir le recyclage et l’élimination appropriée des inhalateurs

Même lorsqu’ils sont utilisés correctement, les inhalateurs peuvent présenter des risques pour l’environnement s’ils sont éliminés de façon inappropriée. Les gaz propulseurs résiduels contenus dans les aérosols-doseurs peuvent s’échapper dans l’atmosphère à partir des décharges et les composantes en plastique de tous les types d’inhalateur peuvent rester dans l’environnement pendant des siècles (Douglass et coll., 2025).

Bien que le Canada ne dispose pas d’un programme national normalisé pour le recyclage des inhalateurs (Zou et coll., 2024), certaines pharmacies offrent des programmes de retour des médicaments qui incluent les inhalateurs. L’Association pour la récupération de produits santé (2024; 2025) a élaboré des lignes directrices et une base de données que l’on peut consulter des pharmacies qui acceptent les inhalateurs aux fins de recyclage et d’élimination dans six provinces.

Le personnel infirmier peut :

  • sensibiliser les patients à l’importance de rapporter les inhalateurs usagés aux pharmacies;
  • dissiper les mythes concernant le remplissage partiel ou la réutilisation des anciens inhalateurs;
  • collaborer avec les partenaires communautaires pour promouvoir une élimination responsable;
  • plaider en faveur d’une mise en œuvre élargie des programmes de retour dans toutes les provinces.

En encourageant le retour et le recyclage des inhalateurs, le personnel infirmier soutient une culture de responsabilité environnementale dans la gestion des médicaments, un aspect souvent négligé, mais important de la durabilité dans les soins de santé (Douglass et coll., 2025).

Le leadership infirmier pour des soins respiratoires durables

Alors que le changement climatique a de plus en plus d’effet sur la santé, le personnel infirmier peut jouer un rôle déterminant en orientant les patients vers des traitements respiratoires efficaces, personnalisés et respectueux de l’environnement. Qu’il s’agisse de renforcer les techniques d’inhalation appropriées (p. ex. en augmentant le cycle de vie et les posologies disponibles dans les inhalateurs à poudre sèche) ou de promouvoir des prescriptions plus écologiques et de soutenir une élimination sûre, les gestes du personnel infirmier peuvent à la fois améliorer les résultats pour les patients et en atténuer les effets sur l’environnement.

En fin de compte, l’optimisation des inhalateurs n’est pas seulement un enjeu clinique, mais c’est aussi une question d’éthique. Les membres du personnel infirmier sont des porte-parole de confiance en matière de promotion de la santé et de durabilité. En nous investissant dans ce travail, nous réaffirmons notre engagement à prendre soin non seulement des patients individuels, mais aussi du bien-être collectif des communautés et de la planète.

Références

BCGuidelines.ca. Asthma diagnosis, education and management: Appendix C. Gouvernement de la Colombie-Britannique, 2023. https://www2.gov.bc.ca/assets/gov/health/practitioner-pro/bc-guidelines/asthma_appendix_c.pdf

Association des infirmières et infirmiers du Canada (AIIC) et Association canadienne des infirmières et infirmiers pour l’environnement (ACIIE). Santé planétaire [énoncé de position], 2024. https://cane-aiie.ca/CNA-Planetary-Health-position-statement_F.pdf

Douglass, R., Sergeant, M., Zvereva, E., McDermott, E., Gill, P., Kang, S., Kaminski, J., Sypus, A., Bhardwaj, L., Feng, L., Dunn, M., Gayowsky, T. et Davis, M. The C.A.R.E. project guide. Hamilton Family Health Team Green Initiative and Canadian Coalition for Green Health Care, 2025. https://hamiltonfht.ca/about-us/green-initiative/c-a-r-e-clear-air-respiratory-excellence-2/

Gagné, M., Karanikas, A., Green, S. et Gupta, S. « Reductions in inhaler greenhouse gas emissions by addressing care gaps in asthma and chronic obstructive pulmonary disease: an analysis », BMJ Open Respiratory Research10(1): e001716, 2023. doi:10.1136/bmjresp-2023-001716

Gupta, S., Couillard, S., Digby, G., Tse, S. M., Green, S., Aceron, R., Hubik, J. et Penz, E. « Canadian Thoracic Society position statement on climate change and choice of inhalers for patients with respiratory disease », Canadian Journal of Respiratory, Critical Care, and Sleep Medicine, 7(5), 2023, p. 232–239. https://doi.org/10.1080/24745332.2023.2254283

Association pour la récupération de produits santé(ARPSanté). Guide de référence du programme de récupération des médicaments (C.-B., Manitoba, Nouveau-Brunswick, Ontario, Île-du-Prince-Édouard, Québec), 2024. https://healthsteward.ca/wp-content/uploads/2025/01/HPSA_24_InclExcl_AllProv_MRP_FR_V2.pdf

Association pour la récupération de produits santé (ARPSanté). Trouver un point de collecte, 2025. https://cane-aiie.ca/CNA-Planetary-Health-position-statement_F.pdf

Liang, K. E., Yao, J. A., Hui, P. et Quantz, D. « Climate impact of inhaler therapy in the Fraser Health region, 2016-2021 », British Columbia Medical Journal65(4), 2023, p. 122–127.

Zou, B., Sung, S., Drummond, I., Tang, L. et Tejani, A. M. « Understanding medication recycling practices in Canadian hospitals », The International Journal of Pharmacy Practice, 32(4), 2024, p. 311–315. https://doi.org/10.1093/ijpp/riae026


June Kaminski, inf. aut., M. Sc. inf., Ph. D. (candidate), est coordonnatrice du projet Préparer les établissements de santé du Canada à la carboneutralité, pour la Coalition canadienne pour un système de santé écologique.

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