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Un message aux étudiantes et étudiants en soins infirmiers et à tout le personnel infirmier : votre voix compte
Par Scarlett Montserrat Sanabria-Ramos
5 octobre 2026
istockphoto.com/ljubaphoto
La défense des intérêts n’a pas besoin d’être grandiose pour être puissante; il suffit de commencer quelque part. Chaque conversation, chaque question, chaque geste empreint de gentillesse a le pouvoir de créer un effet domino et de faire changer les choses.
Lorsque je suis arrivée pour la première fois au Canada en provenance du Mexique en 2012, j’étais à la fois enthousiaste et remplie de doutes. En tant qu’immigrée de première génération, je portais en moi les rêves de ma famille : construire une vie qui a un sens, pour redonner à la communauté qui nous avait accueillis, et transformer notre résilience en quelque chose de positif.
Selon Scarlett Montserrat Sanabria-Ramos, « la défense des intérêts a cessé d’être un concept abstrait pour devenir quelque chose de profondément personnel : une responsabilité d’utiliser ma tribune pour amplifier les voix, partager des témoignages et veiller à ce que chaque étudiante et étudiant, peu importe leur origine, se sente à sa place au sein de la profession infirmière ».
En 2024, j’ai obtenu un baccalauréat en sciences de la santé du programme d’immersion française de l’Université d’Ottawa, une réalisation dont j’étais bien fière. Pourtant, quelque chose en moi me donnait encore l’impression que mon parcours n’était pas bouclé. J’avais tant appris sur les systèmes de santé, ainsi que sur la communauté, mais je n’avais pas trouvé l’intersection où la compassion et le sentiment d’accomplissement personnel pourraient se croiser.
Il m’a fallu du temps, une période de réflexion et des expériences, surtout lors de mon travail au Centre hospitalier pour enfants de l’est de l’Ontario (CHEO) en pleine pandémie de COVID-19, pour comprendre ce à quoi je devais vraiment me vouer. Voir les infirmières et infirmiers faire preuve de courage et d’empathie pendant certaines des journées les plus difficiles que le domaine de la santé ait connues a tout changé pour moi. J’ai vu comment elles et ils ne se contentaient pas d’offrir des soins, mais défendaient aussi les intérêts de leurs patients, de leurs familles et de leurs collègues, en plus de militer pour la sécurité.
Trouver ma voix
Cette expérience au CHEO a allumé une étincelle en moi. Elle m’a montré que la pratique infirmière n’est pas seulement une profession, mais aussi une vocation ancrée dans la compassion, le plaidoyer et l’espoir.
J’ai donc suivi cette vocation.
Mais trouver ma voix au sein de la profession infirmière ne s’est pas faite du jour au lendemain. Comme nombre d’étudiantes et d’étudiants, j’ai fait mon entrée à la faculté des sciences infirmières en pensant surtout à l’aspect clinique des soins : maîtriser les compétences, mémoriser la pathophysiologie et apprendre à réconforter les patients qui souffrent. Ce que je n’avais pas compris au départ, c’est que la défense des intérêts est le cœur de la profession infirmière. C’est ce qui donne du sens à chaque évaluation, à chaque interaction et à chaque petit geste de compassion.
En 2025-2026, j’ai été élue directrice des communications de l’Association des étudiant(e)s infirmier(ère)s du Canada (AEIC), un moment qui a changé ma vie à jamais. À ma toute première conférence nationale de l’AEIC, je me suis retrouvée parmi des centaines d’étudiantes et d’étudiants passionnés, des membres de la direction et des mentors de tout le pays. L’énergie était palpable, chargée d’idées, de rires et d’une conviction commune que les soins infirmiers pouvaient être un moteur de changement.
C’était à ce moment, et même durant la période d’élection en soi, que quelque chose a basculé en moi. J’ai réalisé que je ne me présentais pas seulement pour moi-même, je me présentais pour tout le monde, soit les jeunes Mexicaines et Mexicains qui rêvent de se joindre à la profession infirmière, pour mes pairs prenant place à mes côtés à cette conférence, et pour les milliers d’étudiantes et d’étudiants de tout le Canada qui méritent qu’on les représente et qu’on les écoute.
Cette prise de conscience a tout changé. La défense des intérêts a cessé d’être un concept abstrait pour devenir quelque chose de profondément personnel : une responsabilité d’utiliser ma tribune pour amplifier les voix, partager des témoignages et veiller à ce que chaque étudiante et étudiant, peu importe leur origine, se sente à sa place au sein de la profession infirmière.
La beauté de l’inexpérience
En tant qu’étudiantes ou étudiants en soins infirmiers, nous pensons parfois que notre rôle nous empêche de faire entendre notre voix au sein du système, que nous n’occupons pas une place assez importante, n’avons pas assez d’expérience ou que notre opinion n’a pas le même poids que la perspective des membres du personnel infirmier qui exercent depuis des années. Mais ce que j’ai appris, c’est que la beauté de cette inexpérience est souvent à l’origine des changements les plus importants.
Quand on est novice, on voit les choses différemment. On remet en question ce que les autres auraient pu accepter comme « la norme ». La curiosité, l’espoir et une volonté d’imaginer quelque chose de mieux nous animent. C’est là le privilège d’être étudiante ou étudiant : nous apportons un nouveau regard, de nouvelles idées et un cœur ouvert dans des milieux qui ont besoin de renouveau. Nos questions, notre énergie et notre courage à remettre en cause le statu quo sont ce qui fait avancer la profession infirmière.
Bien que nous soyons encore étudiantes ou étudiants, nous sommes aussi l’avenir de cette profession. Chaque fois que nous prenons la parole, que nous collaborons ou que nous défendons nos intérêts, même de la façon la plus modeste qui soit, nous rappelons aux autres que le leadership ne se résume pas à des titres ou à des années d’expérience. Il s’agit de bienveillance, de conviction et du courage de croire que nos voix comptent.
Grâce à mon travail au sein de l’AEIC et en tant que membre du conseil d’administration de l’Association des infirmières et infirmiers du Canada (AIIC), j’en suis venue à comprendre que la défense des intérêts n’est pas seulement une compétence, mais aussi une responsabilité. Elle commence par chacune et chacun d’entre nous. Elle passe par de petits gestes : s’exprimer quand quelque chose cloche, soutenir un pair qui se sent invisible, ou demander comment rendre nos environnements d’apprentissage et de pratique plus inclusifs.
Faire partie de l’AIIC m’a montré à quoi ressemble la défense des intérêts collective en action. Cela m’a permis d’entrer en contact avec des mentors, des membres de la direction et des pairs qui me rappellent que nos voix, en tant qu’étudiantes ou étudiants, comptent. L’AIIC m’a ouvert les portes du perfectionnement professionnel, de l’engagement dans les politiques publiques et m’a offert des occasions de transformer ma passion en action concrète. Elle m’a aidée à comprendre que mon expérience en tant qu’immigrante de première génération, née au Mexique, n’est pas une contrainte, mais plutôt une source de force et de perspective qui rend mon travail de défense des intérêts plus ancré dans la réalité, plus humain et plus nécessaire.
La défense des intérêts est un acte de courage
J’ai appris que la défense des intérêts prend de nombreuses formes. Parfois, c’est bruyant, comme lorsque l’on prend la parole au cours d’une réunion ou qu’on jette les bases du changement. Parfois, c’est discret : une main posée sur une épaule, un mot gentil, la décision de défendre ce qui est juste quand personne n’y porte attention. Mais la défense des intérêts est toujours un acte de courage. C’est ce qui transforme les soins infirmiers d’un simple métier en un véritable mouvement.
Et il existe tant de façons pour les étudiantes et étudiants de s’engager dès maintenant : en prenant part aux activités des associations étudiantes en soins infirmiers au niveau de leur établissement ou à l’échelle nationale, en participant à des initiatives de santé communautaire, en se joignant à des comités ou des groupes d’intérêt au sein de l’AIIC, ou même simplement en faisant part de leur témoignage. La défense des intérêts n’a pas besoin d’être grandiose pour être puissante; il suffit de commencer quelque part. Chaque conversation, chaque question, chaque geste empreint de gentillesse a le pouvoir de créer un effet domino et de faire changer les choses.
Pour les étudiantes et étudiants, l’AIIC est l’un des meilleurs points de départ pour entreprendre ce parcours. L’AIIC nous met en lien avec des infirmières et infirmiers de tout le pays, soit des membres de la direction, des mentors et des spécialistes de l’innovation qui façonnent l’avenir des soins de santé au Canada. C’est un espace où vous pouvez évoluer, apprendre et vous faire entendre, et où votre voix est non seulement la bienvenue, mais aussi valorisée. Grâce à l’AIIC, les étudiantes et étudiants ne se contentent pas d’observer le changement, elles et ils contribuent à le mener.
En tant qu’étudiante en soins infirmiers, j’ai pris conscience que la défense des intérêts est ma façon d’honorer mes origines et mes convictions. C’est ainsi que je fais le lien entre mon héritage culturel et ma profession, en utilisant mon histoire pour créer des liens, susciter l’empathie et le changement.
À l’ensemble des étudiantes et étudiants qui lisent ces lignes : votre voix compte. Vous n’avez pas besoin d’un titre pour faire bouger les choses. La défense des intérêts commence dès l’instant où l’on prend conscience que la bienveillance va au-delà du travail clinique. Il s’agit de défendre l’équité, la compassion et le respect dans chaque environnement que l’on fréquente.
L’adhésion à l’AIIC ne consiste pas seulement à devenir membre, c’est aussi une occasion de se joindre à une communauté d’infirmières et d’infirmiers qui croient que le changement est possible lorsque nous unissons nos voix. C’est une famille pour la vie, une famille qui nous écoute, nous soutient et nous encourage à chaque étape de notre parcours.
Pour moi, c’est exactement ce que l’AIIC représente : une famille d’infirmières et d’infirmiers qui font preuve de passion et de courage et qui me rappellent que la défense des intérêts n’est pas quelque chose que l’on fait en solo, mais quelque chose que l’on fait à l’unisson et pour s’entraider. Je suis fière de faire partie de cette communauté. C’est un sentiment qui fait chaud au cœur de défendre les intérêts de sa famille.
Au fond, la profession infirmière ne se résume pas seulement à un métier. Il s’agit de qui nous devenons lorsque nous choisissons de prendre soin des autres avec courage. Selon moi, c’est la forme de plaidoyer la plus puissante qui soit.
Scarlett Montserrat Sanabria-Ramos est étudiante au baccalauréat en sciences infirmières à l’Université d’Ottawa et présidente de l’Association des étudiant(e)s infirmier(ère)s du Canada.
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