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Tonya Roy et Leisha Vandermey réunies par leur passion pour la santé mondiale
Par Laura Eggertson
2 mars 2026
Gracieuseté de Tonya Roy et Leisha Vandermey
Contrairement à d’autres bénévoles, qui se rendent parfois une seule fois sur place sans jamais y retourner, Tonya Roy (à gauche) et Leisha Vandermey « sont revenues plusieurs fois et continuent d’investir dans la communauté » déclare Leisha Vandermey. Le temps et l’énergie qu’elles ont consacrés pour mieux approvisionner la région en eau potable en creusant un puits (ci-dessus) ont porté leurs fruits en contribuant à réduire les taux de malaria, explique Tonya Roy.
Le premier été où Tonya Roy et Leisha Vandermey ont emmené leurs étudiantes et étudiants en soins infirmiers dans la petite ville de Frankadua, au Ghana, un garçon de sept ans gravement malade leur a enseigné une leçon qui a changé leur vie sur le rôle des déterminants sociaux de la santé.
Gracieuseté de Tonya Roy et Leisha Vandermey
En reconnaissance de leur travail, les membres de la communauté de Frankadua ont rendu hommage à Leisha Vandermey et à Tonya Roy en les nommant « reines de l’amélioration communautaire » et, lors d’une cérémonie, ont surnommé Leisha Vandermey, Mama (Reine) Dumekor, et Tonya Roy, Mama (Reine) Dunenyo.
C’était en 2023. La grand-mère du garçon l’avait emmené dans une clinique où Tonya Roy, Leisha Vandermey et une quinzaine de leurs étudiantes et étudiants du programme de soins infirmiers (baccalauréat ès sciences) du Douglas College qui participaient comme bénévoles à un projet que les deux enseignantes en sciences infirmières appellent leur « stage pratique au Ghana ».
Le garçon avait une fièvre extrêmement élevée, était déshydraté à cause de vomissements et de diarrhées, et avait du mal à se réveiller, raconte Tonya Roy. Il a reçu un diagnostic positif à une forme souvent mortelle de la malaria.
La famille du garçon n’avait pas les moyens de verser les frais exigés par le Ghana pour son programme d’assurance maladie, qui coûte l’équivalent d’environ 1 $ par année et aurait couvert les médicaments oraux. Mais même si la famille avait eu l’assurance, celle-ci n’aurait pas couvert le coût plus élevé d’une dose intraveineuse d’un médicament qui est le traitement de première intention pour la malaria pédiatrique aussi grave.
« Dans l’état où se trouvait l’enfant, il était tout simplement trop malade pour qu’on lui administre des médicaments par voie orale », se souvient Tonya Roy.
Yin Choi, l’une des étudiantes de Tonya Roy et de Leisha Vandermey, a demandé quel était le coût du traitement par voie intraveineuse. L’infirmière en chef de la clinique leur a répondu que l’administration du médicament et le traitement de réhydratation par voie intraveineuse coûteraient 7 $.
La famille ne pouvait pas non plus se permettre de payer ces frais.
Mais Yin Choi, qui avait un fils d’à peu près le même âge, a immédiatement pris ces frais en charge.
Pour le prix d’un café
« Je suis une grande buveuse de café et je vais chez Starbucks presque tous les deux ou trois jours, constate Yin Choi. Ce cas m’a tellement attristée : pour le prix d’un café, on peut sauver la vie d’un enfant. »
« Ce fut l’un des moments que j’ai vécu au Ghana qui me marquera à jamais. C’est là que j’ai vraiment pris conscience de la réalité de la pauvreté, des conditions sanitaires et du système de santé. »
La façon dont la pauvreté, la sécurité alimentaire, l’accès à l’eau potable, les inégalités en matière de soins et d’autres déterminants sociaux de la santé s’entremêlent pour affecter la santé des personnes et des communautés est exactement la leçon que Tonya Roy et Leisha Vandermey voulaient que leurs étudiantes et étudiants en soins infirmiers retiennent.
C’est en vivant et en travaillant à Frankadua pendant trois semaines que les étudiantes et étudiants en soins infirmiers qui se prêtent au stage pratique au Ghana prennent vraiment conscience de l’incidence de ces facteurs, déclare Leisha Vandermey.
« Cela change tout simplement leur perspective, dit-elle. En trois semaines, elles et ils progressent plus qu’en trois ans. »
Mais l’apprentissage n’a jamais été à sens unique. Les étudiantes et étudiants et les enseignantes ont constamment souligné tout ce qu’elles et ils avaient appris grâce à l’expertise, à la résilience et à l’ingéniosité des cliniciennes ghanéennes qui les ont accueillies. Beaucoup ont déclaré avoir été de retour au pays avec un sens renouvelé de leur mission, une vision plus large et une appréciation plus profonde des démarches communautaires en matière de santé.
Leisha Vandermey et Tonya Roy sont des amies proches et des collègues, dont l’intérêt pour la santé mondiale et maternelle les a rapprochées.
Leisha Vandermey est coordonnatrice des stages en laboratoire au Douglas College et enseigne, entre autres, la santé mondiale et la pédiatrie.
Tonya Roy supervise le préceptorat final des étudiantes et étudiants en soins infirmiers du Douglas College et est aussi infirmière légiste à l’hôpital Surrey Memorial à Surrey, en Colombie-Britannique. Elle poursuit également un doctorat en santé publique internationale.
Les deux infirmières enseignent ensemble des cours sur la santé mondiale. Leurs intérêts communs ont donné naissance au stage pratique au Ghana à la suite de leur propre voyage bénévole à Frankadua en février 2020, juste avant que la pandémie de COVID-19 ne mette un terme aux voyages dans le monde entier.
Gracieuseté de Tonya Roy et Leisha Vandermey
À partir de la gauche : Jaxson Roy, Hayley Miller, Megan Palmer, Emily Grimaldi et Josh Vandermey ont été bénévoles dans le cadre du stage pratique au Ghana.
La valeur du bénévolat
Leisha Vandermey avait auparavant dirigé une entreprise de commerce équitable qui travaillait avec des artisans au Ghana, et Tonya Roy a mis en place des cliniques de soins des plaies en République dominicaine dès 2017.
Ces expériences les ont convaincues de la valeur pour les étudiantes et étudiants en soins infirmiers de faire du bénévolat dans un environnement où elles et ils pourraient travailler dans le plein champ de leurs compétences et prendre conscience de l’effet des déterminants sociaux sur la santé.
En 2022, Tonya Roy et Leisha Vandermey sont retournées au Ghana et ont collaboré avec International Volunteer HQ, une entreprise de voyage de bénévolat basée en Nouvelle-Zélande, pour mettre en place le projet. Depuis lors, les infirmières ont noué une relation solide avec Christine Mensah, l’infirmière en chef de la clinique de santé à Frankadua, et avec les Sages de la communauté locale.
En 2022, Tonya Roy a créé Ubuntu Hope Charity, une organisation à but non lucratif qui s’associe aux Sages pour déterminer leurs projets prioritaires en matière d’amélioration de la santé communautaire. Ces projets comprennent le forage de puits pour garantir l’accès à l’eau potable, la construction d’une maternité à la clinique de Frankadua et le financement des primes d’assurance maladie annuelles pour les résidentes et résidents.
Au cours des trois années suivantes, les étudiantes et étudiants en soins infirmiers qui font du bénévolat avec Tonya Roy et Leisha Vandermey travaillent avec Christine Mensah (que l’on surnomme Madame Christine) et les autres infirmières-sages-femmes de la clinique. Elles aident aux accouchements, au triage des patientes, au dispensaire, à la vaccination et au dépistage de la malaria, du VIH et d’autres infections.
À l’école, les étudiantes et étudiants en soins infirmiers jouent au soccer, enseignent dans les classes, préparent le déjeuner et le dîner pour les enfants, procèdent aux tests de dépistage de la malaria et traitent les personnes souffrant de la malaria. Les étudiantes et étudiants se rendent aussi trois fois par semaine en moto dans les villages en périphérie pour soigner les plaies et effectuer des bilans de santé.
« Une fois par mois, un médecin apporte un appareil portable pour les échographies à la clinique, ce qui permet aux étudiantes et étudiants de voir à quoi ressemblent les échographies communautaires, affirme Tonya Roy. Les étudiantes et étudiants acquièrent vraiment beaucoup d’expérience pratique. »
Approvisionnement en eau potable
Contrairement à d’autres bénévoles, qui se rendent parfois une seule fois sur place sans jamais y retourner, Leisha Vandermey et Tonya Roy « sont revenues plusieurs fois et continuent d’investir leur temps et leur énergie dans la communauté » déclare Leisha Vandermey.
Le temps et l’énergie qu’elles ont consacrés pour mieux approvisionner la région en eau potable a porté ses fruits en contribuant à réduire les taux de malaria, explique Tonya Roy ̶ un lien que les étudiantes et étudiants qui sont revenus plus d’une fois peuvent clairement constater.
Megan Palmer, aujourd’hui infirmière autorisée travaillant à la salle d’opération de l’hôpital Lions Gate de Vancouver, faisait partie de la première cohorte étudiante du Douglas College à avoir participé au stage pratique au Ghana en 2023. Elle y est retournée deux fois depuis.
Elle a constaté des améliorations et a été attirée par sa passion pour la communauté, l’accueil chaleureux réservé aux étudiantes et étudiants et l’influence sur ses compétences, dit-elle.
« Ce stage aide vraiment à bonifier nos connaissances sur la santé et à créer des liens avec les gens », ajoute Megan Palmer à propos de son expérience au Ghana.
Bien que la faculté des sciences infirmières nous enseigne à tenter de mieux connaître nos patients, s’intégrer à la communauté de Frankadua permet d’assimiler cette leçon de façon plus holistique, indique Megan Palmer.
« La plus grande leçon que j’en ai tirée est de ne pas traiter l’état, mais de traiter les patientes et patients. Il faut connaître leur histoire et quelles sont les ressources à leur disposition, et travailler à partir de là pour qu’elles et ils puissent mieux s’en remettre », dit-elle.
Par exemple, Megan Palmer a appris de Tonya Roy et Leisha Vandermey que bon nombre de leurs patientes et patients utilisaient du miel local pour traiter leurs plaies, plutôt que des antibiotiques topiques qu’elles et ils n’avaient pas. Megan Palmer a pu constater par elle-même l’efficacité du miel dans le traitement d’une blessure à la jambe causée par une infection bactérienne chez une femme, dont la blessure a diminué d’un tiers après une utilisation prolongée du miel.
« J’ai d’abord pensé que c’était une idée saugrenue », avoue Megan Palmer. Mais des études démontrent que le miel est bénéfique et qu’il est facilement accessible. » Elle dit que cette expérience lui a fait comprendre l’importance d’être ouverte à la médecine traditionnelle plutôt que de la rejeter en raison de ses valeurs occidentales.
Aujourd’hui, Megan Palmer et deux autres anciennes étudiantes en soins infirmiers du Douglas College, aussi diplômées, espèrent retourner à Frankadua pour mener un programme de vaccination contre la malaria, dans l’espoir d’éradiquer cette maladie de la région.
Telle est la passion que suscite le stage pratique au Ghana, et Tonya Roy et Leisha Vandermey ne pourraient en être plus fières.
Pour Leisha Vandermey, infirmière praticienne qui s’est récemment retirée de la pratique clinique pendant son traitement contre le cancer du sein, le projet au Ghana est sa bouée de sauvetage.
Gracieuseté de Tonya Roy et Leisha Vandermey
À partir de la gauche, Hayley Miller, Emily Grimaldi et Megan Palmer espèrent retourner à Frankadua pour mener un programme de vaccination contre la malaria, dans l’espoir d’éradiquer cette maladie de la région.
Transformer les étudiantes et étudiants
« La possibilité d’exercer la profession infirmière dans un endroit où les soins de santé et les besoins fondamentaux font cruellement défaut fait en sorte qu’il est très facile d’aimer les gens et de les aider à trouver des solutions, admet Leisha Vandermey. J’adore résoudre des problèmes. J’adore enseigner aux étudiantes et étudiants et les voir s’épanouir alors qu’elles et ils ont des moments d’illumination. Cela me donne la passion nécessaire pour continuer. »
Voir la transformation de leurs étudiantes et étudiants, associée à la joie quotidienne dont font preuve les membres de la communauté ghanéenne, alimente aussi la passion de Tonya Roy.
« Il n’y a rien de plus satisfaisant que de constater la transformation de nos étudiantes et étudiants en seulement trois semaines », observe Tonya Roy.
En plus de la satisfaction que Tonya Roy et Leisha Vandermey éprouvent en tant qu’enseignantes lors de leurs séjours au Ghana, le type de soins infirmiers qu’elles offrent à la clinique leur permet aussi d’y trouver leur compte, reconnaît Tonya Roy, car elles peuvent prendre des décisions plus rapidement en matière de traitement et travaillent de façon plus autonome qu’au Canada.
En 2026, les membres de la communauté ont témoigné leur gratitude envers Leisha Vandermey et Tonya Roy en les nommant « reines de l’amélioration communautaire » à Frankadua. Au cours d’une cérémonie joyeuse et musicale de trois heures et demie, elles ont reçu de nouveaux surnoms en langue éwé. Les Sages ont surnommé Tonya Roy, Mama (Reine) Dunenyo, et Leisha Vandermey, Mama (Reine) Dumekor.
« Nous commençons seulement à comprendre ce que signifie l’honneur d’être surnommées « reines », mais cela fait partie de ce que nous aimons dans notre travail, admet Leisha Vandermey. Nous apprenons et évoluons constamment aux côtés de nos étudiantes et étudiants. »
Entre leurs voyages au Ghana, Leisha Vandermey et Tonya Roy passent du temps avec leurs maris et leurs enfants, et toutes deux aiment faire de la randonnée et du vélo.
Josh Vandermey, l’un des deux fils de Leisha Vandermey, et Jaxson Roy, le fils de Tonya Roy, se sont rendus deux fois au Ghana pour faire du bénévolat à leurs côtés, « nous leur avons ainsi transmis notre passion », souligne Leisha Vandermey.
Les infirmières espèrent transmettre cette passion à encore plus d’étudiantes et d’étudiants lorsqu’elles organiseront leur prochain stage pratique, probablement en République dominicaine.
Elles n’ont pas l’intention de ralentir le rythme.
« Si nous pouvions reproduire ces expériences à plusieurs endroits différents, nous serions très heureuses de le faire pour le reste de notre vie », déclare Tonya Roy.
Laura Eggertson est journaliste indépendante à Wolfville, en Nouvelle-Écosse.
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