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Qu’il soit chuchoté ou crié, le message est clair : votre présence peut être tolérée, mais vos vérités ne le sont pas.
Par Vanessa Van Bewer
29 juin 2026
istockphoto.com/Sean Anthony Eddy
Plus que jamais, les étudiantes et étudiants s’expriment et dénoncent la discrimination en salle de classe, publient sur les réseaux sociaux et signalent les expériences préjudiciables au corps enseignant. Malheureusement, beaucoup continuent d’être réprimés pour leur honnêteté, leur courage et leur refus de se taire.
Je travaille en enseignement des soins infirmiers depuis plus de 10 ans, et s’il y a une chose que j’ai apprise, c’est que nos systèmes sont doués pour dire les bonnes choses (diversité, inclusion et réconciliation), mais le sont beaucoup moins pour accomplir le travail difficile que représente le changement structurel.
Gracieuseté de Vanessa Van Bewer
« Nous avons besoin d’une véritable responsabilisation. Nous devons identifier celles et ceux qui échouent, celles et ceux qui sont exclus, et celles et ceux qui disparaissent discrètement de nos programmes. Et nous devons agir sur la base de ces données », explique Vanessa Van Bewer.
Au cours des trois dernières années, j’ai mené un projet intitulé Mapping Racial Disparities in Nursing Education (Cartographie des disparités raciales en enseignement des soins infirmiers), avec une équipe incroyable d’étudiantes et d’étudiants, de membres de la communauté et d’érudits. Ensemble, nous avons examiné comment le racisme, l’iniquité et les notions étroites du professionnalisme façonnent l’expérience étudiante dans le cadre de la formation en sciences infirmières de premier cycle. Notre étude était à participation volontaire et inclusive, auprès de 11 chercheuses et chercheurs étudiant(e)s de premier cycle et de cycle supérieur, soit Autochtones (Premières Nations et Métis), Noir(e)s (africains et internationaux), et Canadiennes et Canadiens d’origine asiatique, travaillant aux côtés de l’Aînée autochtone Leslie Spillet. Nous avons recueilli des données quantitatives à partir d’un sondage mené auprès de 280 étudiantes et étudiants et des données qualitatives à partir de cercles de partage, qui ont été animés par Moneca Sinclaire, avec 33 apprenantes et apprenants de différentes origines raciales, culturelles et linguistiques et identités de genre, ainsi que de différents niveaux de handicap. Les résultats qui en sont ressortis étaient nuancés et, parfois, profondément malaisants.
Par où commencer? La moitié du groupe prenant part à notre étude a connu au moins un échec pendant les études en sciences infirmières. Beaucoup ont vécu cet échec lors d’évaluations et de démonstrations à enjeux élevés, fondées sur les compétences. Les femmes racialisées étaient sept fois plus susceptibles d’échouer que les hommes blancs.
Nous avons constaté que la discrimination n’était pas seulement présente, mais qu’elle était systématique. Certaines des conclusions les plus nuancées provenaient de l’intersection entre l’origine ethnique, le lieu d’origine et le statut socioéconomique. Par exemple, les étudiantes et étudiants racialisés, d’origine africaine et en situation de précarité financière, subissent une discrimination exacerbée.
Il serait tentant d’assumer que les étudiantes et étudiants qui ont une « identité marginalisée » sont davantage victimes de discrimination, mais ce n’est pas toujours le cas. Les femmes dont la langue maternelle était l’anglais, par exemple, ont déclaré être davantage victimes de discrimination que les femmes pour lesquelles l’anglais était une langue seconde. Pourtant, chez les hommes, la tendance s’est inversée. Peut-être que pour les femmes, le fait d’avoir l’anglais comme langue seconde offre une sorte d’effet tampon ou de médiation qui n’existe pas pour les hommes. Il n’y a pas de conclusion claire. La réalité est que l’inégalité est tissée dans les fibres de l’enseignement infirmier d’une manière qui défie toute explication simple.
Plus que jamais, les étudiantes et étudiants s’expriment et dénoncent la discrimination en salle de classe, publient sur les réseaux sociaux et signalent les expériences préjudiciables au corps enseignant. Malheureusement, beaucoup continuent d’être réprimés pour leur honnêteté, leur courage et leur refus de se taire. Parfois, la réponse est subtile : une faible note, l’exclusion de certaines possibilités ou le fait d’être qualifié comme « manquant de professionnalisme ». À d’autres occasions, c’est loin d’être subtil. Des étudiantes et étudiants ont été poussés à l’échec et ont été sanctionnés, voire exclus. Bon nombre de ces étudiantes et étudiants s’identifient comme étant PANDC (personnes autochtones, noires et de couleur), la « diversité » même que nous prétendons accueillir dans l’enseignement des sciences infirmières. Qu’il soit chuchoté ou crié, le message est clair : votre présence peut être tolérée, mais vos vérités ne le sont pas.
Par conséquent, nombre d’étudiantes et d’étudiants apprennent à se taire et estiment que le fait d’exprimer leurs préoccupations ou de montrer leurs émotions pourrait être utilisé à leur détriment. Pour survivre, elles et ils refoulent une partie de soi et modifient leur apparence, leur accent, leur tenue vestimentaire et leur ton pour correspondre à l’image « de la bonne infirmière ou du bon infirmier » que nous continuons à gratifier.
Pourtant, nous avons aussi entendu des récits poignants de résilience et de résistance. Les étudiantes et étudiants noirs se tiennent mutuellement. Les étudiantes et étudiants autochtones puisent leur force dans le mentorat et les enseignements ancrés dans leur culture. Les étudiantes et étudiants des Philippines ont trouvé une affirmation dans leur présence collective et leur communauté. Ces histoires nous rappellent que les écoles de soins infirmiers sont en train de changer, mais pas toujours en raison de la formule institutionnelle. Souvent, ces changements découlent de façon naturelle, à mesure que les étudiantes et étudiants trouvent des moyens de prendre soin les uns des autres et de lutter contre les politiques et les pratiques néfastes du corps enseignant. Le changement est en cours, mais dans bien des cas, il est mené par les étudiantes et étudiants et non par les systèmes censés les soutenir.
Que devons-nous envisager maintenant?
Nous avons besoin d’une véritable responsabilisation. Nous devons identifier celles et ceux qui échouent, celles et ceux qui sont exclus, et celles et ceux qui disparaissent discrètement de nos programmes. Et nous devons agir sur la base de ces données. Nous devons repenser ce qui compte dans les admissions et les évaluations, surtout dans les milieux cliniques où le professionnalisme et la blanchité sont profondément liés. Et nous devons cesser de prétendre que l’équité peut être abordée par le biais seulement d’une conférence donnée par une personne invitée, d’un atelier sur la sécurité culturelle ou d’un module de formation annuel. Il s’agit d’un travail relationnel à long terme qui nous concerne tous.
La voie vers les soins infirmiers est déjà abrupte et accidentée, marquée par de longues heures, des exigences cliniques et un travail émotionnel. Le poids des attentes qui pèse sur les étudiantes et étudiants est déjà suffisamment lourd. Nous n’avons pas besoin de leur mettre davantage d’obstacles sur leur chemin. Nous devons ouvrir la voie, en supprimant le fardeau du racisme, de l’exclusion et du silence imposé, afin qu’elles et ils puissent aller de l’avant avec force, détermination et fierté.
Vanessa Van Bewer, inf. aut., Ph. D., est conteuse métisse de Red River, érudite et professeure adjointe à la faculté des sciences infirmières de l’Université du Manitoba.
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