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Noah Doucette s’efforce de sensibiliser le public à l’importance du vaccin contre le VPH et de faire en sorte que davantage de personnes le reçoivent
Par Laura Eggertson
25 mai 2026
Gracieuseté de Noah Doucette
« Il serait équitable de rendre le vaccin contre le VPH accessible à toute la population, car cette accessibilité permettrait de réduire le recours aux soins de santé et, par conséquent, de réaliser des économies », déclare Noah Doucette.
Noah Doucette n’avait que 20 ans lorsqu’il a reçu un diagnostic du virus du papillome humain (VPH) au cours de sa deuxième année à la faculté des sciences infirmières de l’Université du Cap-Breton.
Noah Doucette, qui n’avait pas été vacciné contre le VPH, n’avait jamais entendu parler de ce virus, qui est l’infection transmissible sexuellement la plus courante dans le monde.
Il ignorait que le VPH pouvait causer le cancer chez les hommes et les femmes, notamment des cancers de la gorge, du pénis, de l’anus, du col de l’utérus, du vagin et de la vulve.
Il a aussi été surpris de découvrir que, bien que l’ensemble des provinces et territoires offraient des programmes de vaccination gratuite contre le VPH dans les écoles, ces programmes administraient les vaccins aux garçons plusieurs années après les filles.
« Pourquoi n’ai-je pas été vacciné alors que d’autres l’ont été? », s’est-il demandé.
Bien que de nombreuses personnes soient infectées par le VPH à leur insu, car elles ne présentent aucun symptôme, certaines souches du virus peuvent évoluer et provoquer un cancer.
Heureusement, cela n’a pas été le cas pour Noah Doucette, maintenant infirmier en Nouvelle-Écosse. Mais ses questions l’ont poussé à se lancer dans une carrière de chercheur afin de sensibiliser le public à l’importance du vaccin contre le VPH et de faire en sorte que davantage de personnes le reçoivent au Canada.
L’expérience vécue alimente la recherche
Maintenant doctorant à l’Université Dalhousie à Halifax, Noah Doucette puise dans son expérience vécue pour mener un projet de recherche axé sur la compréhension des obstacles qui existent pour les populations sous-vaccinées contre le VPH.
Ces populations peuvent comprendre des homosexuels, des transgenres, des personnes nouvelles arrivantes au Canada, des personnes handicapées et les gens vivant dans des communautés rurales ou éloignées sans accès à un médecin de famille ou à une infirmière ou un infirmier praticien, explique-t-il.
Faisant partie de la communauté homosexuelle, Noah Doucette accorde une importance particulière à la nécessité de renforcer les taux de vaccination et d’atténuer les effets du VPH dans cette population.
« Les hommes courent un risque élevé de contracter le VPH, car ils ne bénéficient pas de la vaccination des femmes, puisqu’ils ont des relations sexuelles avec des hommes, explique Noah Doucette. Nous observons beaucoup de cancers de l’anus, du pénis et de l’oropharynx ou de la gorge, chez les hommes. »
« C’est l’une des raisons qui me poussent à mener mes recherches. »
À la suite de sa première étude, Noah Doucette a découvert que la plupart des renseignements dont disposent les gens sur le vaccin contre le VPH portent uniquement sur son rôle dans la protection contre le cancer du col de l’utérus.
« Ce vaccin ne se limite pas au cancer du col de l’utérus chez les femmes », explique-t-il.
Le cancer de la gorge surpasse le cancer du col de l’utérus
Selon l’Agence de la santé publique du Canada, le cancer de la gorge, et non le cancer du col de l’utérus, est désormais le cancer lié au VPH le plus fréquent au pays. Noah Doucette souligne que l’augmentation du nombre d’hommes atteints d’une infection buccale au VPH est à l’origine de cette hausse.
« Nous devons faire la promotion de la vaccination contre le VPH et veiller à ce que les groupes sous-vaccinés prennent conscience qu’elle peut prévenir de nombreuses affections, notamment les cancers et les verrues génitales maintenant et plus tard dans la vie », explique Noah Doucette.
L’accent mis sur le cancer du col de l’utérus dans les messages de santé publique concernant le vaccin, ainsi que la mise en œuvre tardive des programmes de vaccination à l’intention des garçons, peut contribuer à créer des obstacles à la vaccination. Ces deux facteurs expliquent en partie pourquoi les hommes sont moins nombreux que les femmes à se faire vacciner contre le VPH, explique Noah Doucette.
« De nombreuses personnes peuvent se laisser influencer par le discours qui associe le VPH à la santé féminine », dit-il.
La stigmatisation entourant les homosexuels – un autre obstacle à la vaccination contre le VPH – pourrait empêcher les gens d’aborder ouvertement le sujet avec leur prestataire de soins de santé et ainsi d’avoir conscience de leur risque de contracter le VPH, ajoute Noah Doucette.
Une étude canadienne publiée en 2019 a révélé que 90 % des étudiants universitaires de sexe masculin âgés de 17 à 23 ans n’avaient pas été vaccinés contre le VPH, par rapport à 49 % des femmes non vaccinées.
La façon dont les programmes de vaccination ont été mis en place pourrait être l’un des facteurs contribuant à cet écart, explique Noah Doucette.
À partir de 2007, la Nouvelle-Écosse, comme la plupart des autres provinces et territoires, a proposé la vaccination contre le VPH aux filles, car des recherches avaient démontré l’efficacité du vaccin contre les verrues génitales et le cancer du col de l’utérus.
Lorsque des recherches ultérieures ont démontré l’efficacité du vaccin dans la prévention de certaines souches du VPH responsables des verrues génitales et du cancer chez les hommes, les provinces et territoires ont commencé à élargir leurs programmes pour l’offrir aux garçons d’âge scolaire. La Nouvelle-Écosse a commencé à proposer son programme de vaccination contre le VPH aux garçons en 2015, soit deux ans trop tard pour Noah Doucette.
« Lorsque j’étais étudiant, ce vaccin n’était pas offert dans le système scolaire public », explique-t-il.
Écart entre les taux de vaccination chez les garçons et chez les filles
L’écart entre les taux de vaccination contre le VPH chez les garçons et chez les filles d’âge scolaire s’amincit, mais chez les adultes de plus de 18 ans, près de deux fois plus de femmes que d’hommes (22,5 % c. 12 %) ont été vaccinées, selon l’enquête nationale sur la couverture vaccinale des adultes de 2023.
Il reste encore du travail à faire dans les autres populations où la couverture vaccinale est faible, afin de lutter contre la désinformation et d’améliorer l’accès aux vaccins contre le VPH, ainsi que d’en améliorer le financement, explique Noah Doucette.
Dans un article qu’il a publié en août 2025, Noah Doucette demande la mise en place de programmes de recherche communautaires, une plus grande sensibilisation du personnel infirmier, des médecins et d’autres prestataires de soins de santé, et des stratégies de communication moins genrées dans les campagnes de santé publique.
Selon lui, il est important de commencer par se renseigner auprès des communautés à risque quant aux éléments qui permettraient le mieux de réduire les obstacles à la vaccination.
Changer le discours pourrait aider davantage de personnes à prendre conscience de leur propre risque, ajoute-t-il.
Noah Doucette estime qu’une promotion plus équitable et plus inclusive de la vaccination contre le VPH pourrait contribuer à en améliorer l’adoption et prévoit de formuler des recommandations selon les résultats de sa recherche doctorale.
Il encourage aussi les administrations municipales, provinciales/territoriales et fédérales à s’investir davantage dans le processus d’élimination de toutes les maladies liées au VPH.
Bien qu’il soit toujours possible de se faire vacciner après avoir terminé l’école secondaire, ce ne sont pas tous les groupes d’âge qui bénéficient d’une couverture vaccinale financée par les provinces et territoires, d’où les obstacles financiers. En Nouvelle-Écosse, la vaccination intégrale pour les personnes de plus de 21 ans nécessite deux injections, au coût de plus de 200 $ chacune, explique Noah Doucette.
Comme la vaccination contre le VPH financée par l’État a été autorisée par Santé Canada pour les personnes de moins de 45 ans, il y aurait lieu d’élargir les critères d’admissibilité afin d’abolir les obstacles financiers.
« Il serait équitable de rendre le vaccin contre le VPH accessible à toute la population, car cette mesure permettrait de réduire le recours aux soins de santé et, par conséquent, de réaliser des économies », déclare Noah Doucette.
Rôles infirmiers et recherche
Lorsqu’il ne se consacre pas à sa thèse de doctorat, Noah Doucette travaille comme infirmier en médecine-chirurgie dans l’unité de transplantation rénale et hépatique de l’hôpital Victoria General de Halifax.
Bien que son travail au chevet des patients le passionne en raison de l’interaction individuelle, la recherche lui donne l’occasion d’avoir une influence tout à fait différente dans l’univers des soins de santé.
« Il est très important de reconnaître que ces deux types de soins infirmiers sont complémentaires », ajoute-t-il.
Pendant les rares heures où Noah Doucette ne travaille pas et ne mène pas de recherches, il aime passer du temps avec son partenaire, et son chat Opie, en plus de marcher ou courir, de voyager et de visiter sa famille à Cap-Breton.
Il espère continuer à œuvrer dans l’univers de la recherche lorsqu’il aura terminé son doctorat.
« C’est exigeant, mais c’est très intéressant et très valorisant. La recherche stimule continuellement ma curiosité quant à la façon de résoudre d’importants problèmes », dit-il.
La nécessité de rassembler les communautés afin de réduire les cancers liés au VPH continuera de motiver Noah Doucette dans les années à venir.
« Je sais que le problème dépasse largement le cadre des personnes qui s’identifient comme des hommes. En fin de compte, le VPH ne fait pas de discrimination, dit-il. Si nous ne travaillons pas ensemble, nous aurons du mal à maîtriser la situation. »
Laura Eggertson est journaliste indépendante à Wolfville, en Nouvelle-Écosse.
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