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De l’obtention des titres de compétences à la contribution : cheminement personnel au Canada d’une infirmière formée à l’étranger

  
https://www.canadian-nurse.com/blogs/cn-content/2026/07/13/from-credentials-to-contribution

Les infirmières et infirmiers formés à l’étranger apportent des compétences essentielles, une diversité culturelle et un engagement envers les soins de santé canadiens

Par Ancy Cletus Leena
13 juillet 2026
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istockphoto.com/Fly View Productions
Nombre d’infirmières et d’infirmiers formés à l’étranger font face à des difficultés physiques, émotionnelles et systémiques importantes lorsqu’elles et ils s’adaptent à la vie dans un nouveau pays et à une nouvelle culture.

Je suis une infirmière formée à l’étranger (IIFE) qui est arrivée au Canada en 2016 avec un diplôme de maîtrise et plusieurs années d’expérience clinique acquise en Inde. Il m’a fallu des années d’évaluations et d’examens avant de pouvoir exercer en tant qu’infirmière autorisée dans mon nouveau pays. Pendant ce temps, j’ai d’abord travaillé comme aide-soignante, puis comme infirmière auxiliaire autorisée (IAA), remplissant progressivement les conditions requises pour obtenir le permis d’exercice en tant qu’infirmière autorisée.

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Gracieuseté de Ancy Cletus Leena
« Les infirmières et infirmiers formés à l’étranger apportent des compétences essentielles, une diversité culturelle et un engagement envers les soins de santé canadiens. Pourtant, leur parcours comporte de nombreuses épreuves, signe d’un système encore en évolution pour accueillir les talents internationaux », déclare Ancy Cletus Leena.

La pénurie prévue d’infirmières et d’infirmiers au Canada a donné lieu à des initiatives de soutien (Scheffler et Arnold, 2018). Cependant, le parcours vers l’obtention du permis d’exercice reste long et complexe. Nombre d’IIFE font face à des difficultés physiques, émotionnelles et systémiques importantes lorsqu’elles et ils s’adaptent à la vie dans un nouveau pays et à une nouvelle culture. J’en ai fait l’expérience moi-même, en conciliant le travail, les études et les responsabilités familiales tout en m’orientant dans des systèmes universitaires et des procédures d’obtention du permis d’exercice qui m’étaient inconnus.

Obtention du permis d’exercice et reconnaissance des titres de compétences

Même si elles ou ils détiennent des titres de compétences de leur pays d’origine, les IIFE ne sont pas admissibles à exercer immédiatement à leur arrivée au Canada. Beaucoup acceptent des emplois dans des domaines autres que la pratique infirmière, ce qui retarde leur progression de carrière (Crea-Arsenio, Baumann et Blythe, 2023). De même, certaines et certains choisissent de ne pas se lancer dans le processus d’obtention de leur permis d’exercice.

Le processus de demande et l’évaluation des titres de compétences varient d’une province ou d’un territoire à l’autre. Dans mon cas, ce processus a commencé par une évaluation du Service national d’évaluation infirmière (SNEI), qui a duré un an. On m’a conseillé de passer l’examen du service d’évaluation communautaire de la profession infirmière, puis j’ai suivi un programme de préparation à l’emploi qui m’a permis de me qualifier pour passer l’examen NCLEX-RN.

Le programme de préparation à l’emploi m’a redonné confiance en moi et m’a préparée à la pratique canadienne; cependant, ces programmes sont coûteux et chronophages, et s’étendent souvent sur plus d’un an. Entre 2016 et 2020, seulement 38 % des IIFE en Ontario ont obtenu leur autorisation de pratiquer, par rapport à 90 % des infirmières et infirmiers formés au Canada (Crea-Arsenio et coll., 2023). Bien que de nombreux facteurs probables contribuent à cet écart, les contraintes financières et la complexité du système jouent un rôle important.

Évolution professionnelle et reconnaissance

Malgré mon diplôme de maîtrise et mon expérience clinique dans un autre pays, j’ai eu peu d’occasions d’utiliser mes compétences après avoir immigré au Canada. En attendant d’être admissible, j’ai travaillé en restauration rapide. Il m’a fallu près de cinq ans pour devenir infirmière autorisée et, pendant cette période, beaucoup de mes collègues ont quitté le Canada ou ont changé de carrière. Ces expériences font état des obstacles systémiques qui retardent la progression de carrière, effritent la confiance en soi et contribuent à l’attrition (World Education Services, 2022; Fédération canadienne des syndicats d’infirmières et infirmiers et World Education Services, 2025).

Communication et facteurs de stress liés à la vie quotidienne

En tant qu’infirmière formée à l’étranger, m’adapter aux styles de communication canadiens a été l’un de mes plus grands défis. Bien que j’aie étudié en soins infirmiers en anglais, il s’agissait de ma deuxième langue. La maîtrise de la langue seule ne suffisait pas, et j’ai dû apprendre la terminologie médicale, les abréviations et les codes implicites en milieu du travail. Au début, j’hésitais à prendre la parole pendant les leçons cliniques, mais j’ai progressivement pris confiance en moi. Naviguer dans un système de soins de santé différent et travailler dans une deuxième langue a renforcé mes compétences en communication et m’a aidée à établir des liens plus efficaces avec des patients diversifiés.

Ces défis professionnels étaient étroitement liés au stress émotionnel et au stress lié à l’immigration. Comme mes pairs nés au Canada, je jonglais entre un emploi à temps plein et mes études tout en subvenant à mes besoins financiers; mais contrairement à elles et à eux, je devais satisfaire aux exigences en matière de visa et maintenir un solde bancaire minimum. J’avais peu de temps pour me reposer et, ayant un réseau de soutien limité, ma famille me manquait. Pourtant, j’ai persévéré, sachant que ce cheminement était judicieux. Comme le soulignent Salami, Meherali et Salami (2020), lorsque les IIFE bénéficient d’une communication ciblée et d’un soutien émotionnel, elles et ils peuvent s’épanouir et apporter une contribution notable aux soins de santé canadiens.

Systèmes nationaux de soutien aux IIFE

Partout au Canada, des initiatives telles que le programme de résidence infirmière de l’Association canadienne des écoles de sciences infirmières et le programme de partenariat en matière d’expérience d’exercice infirmier sous supervision de l’Ordre des infirmières et infirmiers de l’Ontario (OIIO) soutiennent l’intégration des IIFE en leur offrant une expérience pratique qui les aide à se préparer au contexte clinique (Santé Canada, 2024). De nombreux employeurs proposent désormais des programmes de mentorat et d’intégration adaptés sur le plan culturel.

En tant qu’infirmière autorisée itinérante en Colombie-Britannique et en Alberta, j’ai pu constater à quel point les mentors aident les IIFE à prendre confiance en elles et en eux et à s’adapter à la pratique canadienne. Des gestes simples, comme l’explication de la documentation ou le soutien à l’inclusion, ont un effet durable et démontrent un engagement à accueillir et à maintenir en poste les infirmières et infirmiers formés à l’étranger.

Prochaines étapes : soutenir la réussite des IIFE

Si les défis auxquels font face les IIFE sont complexes, ils offrent aussi une occasion de transformer le système de façon positive. D’après mon expérience personnelle et celle de mes pairs, plusieurs stratégies pourraient améliorer le parcours d’intégration professionnelle et contribuer à retenir ce segment précieux de la main-d’œuvre infirmière.

  • Rationaliser les retards d’octroi des titres de compétence et d’évaluation : Des efforts nationaux coordonnés visant à réduire les retards dans les évaluations du Service national d’évaluation infirmière et des organismes de réglementation peuvent minimiser l’attrition et accélérer le processus d’intégration sur le marché du travail.
  • Élargir l’accès aux programmes de préparation à l’emploi et de pratique supervisée : Rendre plus accessibles les programmes de préparation à l’emploi à faible coût ou commandités par les employeurs, surtout hors des grands centres urbains, peut réduire le fardeau financier et les barrières géographiques.
  • Offrir un soutien ciblé pour la préparation aux études et aux examens : Offrir des cours de préparation à l’examen NCLEX gratuits ou subventionnés, des ateliers de rédaction et une orientation vers les tests à choix multiples permettrait de mieux préparer les IIFE aux normes canadiennes universitaires et d’octroi du permis d’exercice.
  • Offrir une flexibilité financière et en matière d’immigration : Les politiques qui autorisent les permis d’études à temps partiel, les frais de scolarité abordables et les permis de travail pour les conjointes et conjoints peuvent atténuer le double stress lié à l’éducation et à la survie économique.
  • Favoriser des environnements de travail inclusifs : Le mentorat au sein des unités, l’intégration adaptée sur le plan culturel et la présence de coordonnatrices ou coordonnateurs dévoués au soutien des IIFE peuvent renforcer la confiance, les liens et le maintien en poste.
  • Soutenir la santé mentale et les réseaux de pairs : Le financement de groupes de soutien dirigés par des pairs, de programmes communautaires pour les membres du personnel infirmier nouvellement arrivés au pays et l’accès à des services de counseling adaptés à la culture pourraient aider les IIFE à gérer leur stress émotionnel.

Conclusion

Les IIFE apportent des compétences essentielles, une diversité culturelle et un engagement envers les soins de santé canadiens. Pourtant, leur parcours comporte de nombreuses épreuves, signe d’un système encore en évolution pour accueillir les talents internationaux. Ayant moi-même emprunté cette voie, je sais que la résilience n’est pas seulement personnelle, mais qu’elle est façonnée par le soutien et la détermination commune. Nos perspectives multilingues et internationales enrichissent les soins aux patients. Investir dans les IIFE signifie renforcer le système de soins de santé en garantissant la diversité, la résilience et l’expertise internationale.

Références

Fédération canadienne des syndicats d’infirmières et infirmiers et World Education Services. Renforcer le chemin vers la pratique : Autonomiser les infirmières et les infirmiers formés au Canada, Février 2025. https://nursesunions.ca/wp-content/uploads/2025/02/CFNU-IEN-report-Fre-Feb05.pdf

Crea-Arsenio, M., Baumann, A. et Blythe, J. « The changing profile of the internationally educated nurse workforce: Post-pandemic implications for health human resource planning », Healthcare Management Forum, 36(6), 2023, p. 388–392. https://doi.org/10.1177/08404704231198026

Santé Canada. « Aider les infirmières et infirmiers formés à l’étranger à intégrer l’effectif en santé du Canada ». [Communiqué de presse], 14 mars 2024. https://www.canada.ca/fr/sante-canada/nouvelles/2024/03/aider-les-infirmieres-et-infirmiers-formes-a-letranger-a-integrer-leffectif-en-sante-du-canada.html

Salami, B., Meherali, S. et Salami, A. « The health of temporary foreign workers in Canada: A scoping review », Canadian Journal of Public Health, 111(4), 2020, p. 645–656. https://doi.org/10.17269/cjph.106.5182

Scheffler, R. M. et Arnold, D. R. « Projecting shortages and surpluses of doctors and nurses in the OECD: What looms ahead », Health Economics Policy and Law, 14(2), 2018, p. 274–290. https://doi.org/10.1017/S174413311700055X

World Education Services. Addressing the underutilization of internationally educated health professionals in Canada: What the data does and doesn’t tell us, Mars 2022. https://knowledge.wes.org/rs/317-CTM-316/images/canada-report-addressing-the-underutilization-of-iehps-in-canada.pdf


Ancy Cletus Leena, inf. aut., travaille dans l’unité des sciences neurologiques au Victoria General Hospital à Victoria (C.-B.), et est étudiante de maîtrise à l’Université Thompson Rivers, à Kamloops (C.-B.).

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