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« J’ai réalisé que la question n’était pas de savoir si j’étais prête pour des études doctorales, mais si j’étais prête à cesser de chercher des excuses. »
Par Eunice K. Assem-Erhaze
14 septembre 2026
istockphoto.com/andresr
Nombre d’infirmières et d’infirmiers du Canada font face à ce même exercice d’équilibre, jonglant entre leurs responsabilités professionnelles et leurs aspirations universitaires. C’est un témoignage de la résilience et du dévouement qui définissent notre profession.
Ayant grandi dans une famille de la classe ouvrière à Accra, au Ghana, je n’aurais jamais imaginé un jour que je ferais des études de doctorat en sciences infirmières au Canada. Le parcours a été long et sinueux, sur divers continents et dans différentes cultures, façonné par la tension entre tradition et aspiration.
Gracieuseté de Eunice K. Assem-Erhaze
« L’obtention d’un doctorat n’est pas la fin du parcours. Elle marque le début d’une nouvelle ère en matière de leadership et de service », déclare Eunice K. Assem-Erhaze.
Voici mon histoire qui, à bien des égards, témoigne du parcours de nombre d’infirmières et d’infirmiers au Canada qui concilient évolution personnelle et perfectionnement professionnel. Je vous relate mon histoire dans l’espoir qu’elle trouve écho auprès d’autres membres du personnel infirmier du Canada qui pourraient se sentir interpellé par un parcours semblable.
Le début de mon parcours
En tant que jeune fille au Ghana, mes ambitions scolaires se heurtaient souvent aux attentes sociales. Le message adressé aux femmes était clair : le mariage et la maternité passaient avant tout, et l’éducation, si tant qu’on s’y lançait, était secondaire. Pourtant, ma mère, malgré sa scolarité formelle limitée, a soutenu mon désir d’apprendre. Elle m’a donné l’espace nécessaire pour rêver.
Même si j’excellais à l’école, j’avais souvent l’impression de ne pas être à ma place, ni parmi mes camarades de classe privilégiées ni parmi les jeunes du quartier qui considéraient l’éducation comme un luxe. Je vivais dans un espace liminal que nombre d’infirmières ou d’infirmiers qui ont immigré au Canada reconnaîtront peut-être, où l’environnement social ne correspond pas tout à fait à la motivation intérieure. Pourtant, quelque chose en moi me murmurait : « Tu es destinée à plus grand ».
Mon parcours en soins infirmiers a commencé en Irlande, où j’ai obtenu mon premier diplôme. Je me souviens très bien de ces débuts marqués par les cours magistraux, les stages en milieu hospitalier et les soirées tardives passées à la bibliothèque. C’était non seulement une formation professionnelle, mais c’était aussi un éveil personnel. J’ai eu un moment décisif lorsqu’une de mes professeures, qui en était à sa dernière année d’enseignement, m’a encouragée à envisager des études de doctorat. À l’époque, j’avais l’impression qu’elle s’adressait à quelqu’un d’autre. Je m’en sortais à peine, cumulant plusieurs emplois, m’adaptant à un système étranger et portant le poids des attentes. L’idée d’un doctorat me semblait à la fois lointaine et irréelle.
Un nouveau départ au Canada
À mon arrivée au Canada, je me suis plongée dans le monde clinique des soins infirmiers périopératoires. Pendant plus de 20 ans, j’ai trouvé ma vocation au bloc opératoire, accompagnant les patients dans certains de leurs moments les plus vulnérables. Finalement, j’ai commencé à enseigner des cours cliniques et j’ai terminé des études supérieures en soins infirmiers et en enseignement.
Mais quelque chose me taraudait. Plus j’enseignais, plus je réalisais que je voulais comprendre les soins infirmiers à un niveau plus profond. Je ne voulais pas seulement transmettre des connaissances, je voulais y contribuer. Je considérais mon double rôle d’infirmière enseignante comme une force. J’ai maintenu un équilibre entre le milieu universitaire et la pratique clinique, travaillant souvent à temps plein tout en faisant des études à temps partiel.
Nombre d’infirmières et d’infirmiers du Canada font face à ce même exercice d’équilibre, jonglant entre leurs responsabilités professionnelles et leurs aspirations universitaires. C’est un témoignage de la résilience et du dévouement qui définissent notre profession.
Répondre à l’appel
Comme bien des infirmières et infirmiers canadiens qui jonglent entre leurs responsabilités professionnelles, familiales et communautaires, j’ai repoussé mon ambition de faire un doctorat. Je me suis dit que j’avais besoin de plus d’expérience, de plus de stabilité et de plus de certitude. Mais cet appel a toujours résonné en moi. Ce n’est qu’au plus fort de la pandémie de COVID-19 que je me suis lancée.
Dans un contexte d’incertitude mondiale, j’ai décidé de poursuivre ce qui m’avait longtemps semblé être un rêve impossible. Je me suis inscrite à un programme de doctorat avec un mélange de peur, d’espoir et de détermination. L’isolement imposé par les confinements a créé un espace propice à l’introspection et je me suis retrouvée à réfléchir profondément à ma raison d’être. J’ai réalisé que la question n’était pas de savoir si j’étais prête pour des études doctorales, mais si j’étais prête à cesser de chercher des excuses.
À chaque cours que je terminais, je me sentais plus en harmonie avec cet appel. Les cours ont remis en question mes préjugés, élargi mon champ de réflexion et renforcé mon sentiment de prendre la bonne décision. J’ai commencé à entrer en contact avec des universitaires canadiennes qui mènent un travail transformateur en sciences infirmières, dont bon nombre sont aussi des femmes de couleur, des immigrantes et des universitaires de première génération. Leurs histoires m’ont inspirée.
Épreuves, transformations et seuils
Les études doctorales sont exigeantes, non seulement sur le plan intellectuel, mais aussi sur les plans émotionnels et spirituels. J’ai été confrontée à des questions d’identité. Suis-je toujours infirmière si je ne suis pas au chevet des patients? Puis-je être à la fois soignante et chercheuse? Ce sont là des réflexions courantes chez les infirmières et chercheuses au Canada. Les soins infirmiers sont ancrés dans l’action, la présence et l’empathie, alors que le milieu universitaire peut souvent sembler abstrait.
J’ai pourtant appris que la recherche fondée sur l’expérience vécue est puissante. Mon expérience clinique passée n’est pas un détour; c’est le fondement sur lequel je construis mon identité d’érudite. J’ai commencé à tendre vers la recherche par méthodes mixtes, reconnaissant comment la réflexion critique et les connaissances fondées sur la pratique peuvent susciter un changement favorable. Des érudits tels que Jack Freire et Paulo Mezirow ont profondément influencé ma façon de penser. Leurs travaux ont confirmé que la formation ne consiste pas seulement à acquérir des connaissances, mais qu’il s’agit aussi de transformation.
Au fur et à mesure que j’avançais dans mes études, j’ai éprouvé des moments de doute. La rédaction d’articles, la maîtrise de l’éthique de la recherche et la justification de ma méthodologie m’ont toutes poussée hors de ma zone de confort. Cependant, j’ai fini par comprendre que cet inconfort fait naturellement partie du processus d’évolution. Le parcours doctoral n’est pas une ligne droite. C’est une spirale, et nous revenons aux mêmes questions avec une compréhension approfondie à chaque fois.
Mentors et sens
Tout au long de mon parcours, le mentorat a été une véritable bouée de sauvetage. Dans les milieux universitaires et de la santé au Canada, les réseaux de soutien peuvent être d’une grande utilité. J’ai eu la chance de rencontrer des professeures, des collègues et des camarades d’études qui m’ont soutenue, m’ont poussée à me dépasser et ont cru en moi.
Pour les infirmières et infirmiers envisageant de faire des études supérieures, je leur conseille de chercher des mentors. Ces personnes n’ont pas besoin de vous ressembler ni d’avoir le même parcours que vous, mais doivent croire en votre potentiel. Et le moment venu, devenez ce mentor pour quelqu’un d’autre. Les infirmières et infirmiers en chef canadiens sont souvent de puissants exemples de la façon de concilier recherche et pratique. J’ai puisé de la force dans leurs histoires, dans la façon dont elles ont surmonté l’adversité, persévéré face aux épreuves et utilisé leur voix pour militer en faveur du changement. Leurs parcours me rappellent que notre travail, bien que personnel, contribue à un mouvement collectif.
Le mentorat m’a également aidée à affiner la façon de m’exprimer. Grâce à l’évaluation par les pairs, aux commentaires du corps professoral et à d’innombrables révisions, j’ai pris davantage confiance en ma capacité à rédiger et à réfléchir comme une érudite. C’est une chose de savoir que l’on a quelque chose à dire, mais c’en est une autre d’apprendre à bien le dire. C’est là que réside le pouvoir du mentorat en milieu universitaire.
Le pouvoir de la réflexion
Les soins infirmiers nous enseignent à être des praticiennes et praticiens faisant preuve de réflexion. J’ai fini par comprendre que cette compétence est aussi ce qui fait de nous des chercheuses d’influence. Mon projet de recherche est profondément personnel, ancré dans mon expérience vécue en tant que femme noire, immigrante et professionnelle issue de la classe ouvrière.
J’explore les enjeux qui touchent l’équité, l’enseignement et l’inclusion parce qu’ils font partie de mon identité. Dans le domaine des soins infirmiers au Canada, nous parlons souvent de mettre tout notre être au service de la pratique. Je m’investis en plus maintenant totalement dans la recherche. Je ne suis pas seulement une étudiante dans un programme; je suis la somme de chaque patiente et patient dont j’ai pris soin, de chaque défi que j’ai relevé et de chaque mentor qui a vu en moi ce que je ne voyais pas encore moi-même.
La réflexion ne consiste pas seulement à se tourner vers le passé, mais aussi vers l’avenir. Il s’agit d’imaginer l’infirmière que je veux devenir et de travailler à la réalisation de cette vision avec intention. Au fur et à mesure que je progresse dans mon doctorat, je reste déterminée à produire des recherches percutantes, accessibles et ancrées dans les valeurs infirmières.
Mon doctorat marque un nouveau départ
Aujourd’hui, en plein milieu de mes études doctorales, je continue de me poser des questions sur mon identité. Puis-je être à la fois infirmière, enseignante et chercheuse? La réponse est oui. Le système de santé canadien a besoin que nous soyons tout cela, et bien plus encore.
À mesure que j’évolue dans ce rôle, je me sens de plus en plus apte à redonner aux étudiantes et étudiants, aux patientes et patients et à une profession qui m’a tant apportée. Je souhaite contribuer à repenser la formation en soins infirmiers pour qu’elle soit plus inclusive, plus solidaire et qu’elle fasse état davantage de la diversité de notre population.
L’obtention de mon doctorat n’est pas la fin du parcours. Elle marque le début d’une nouvelle ère en matière de leadership et de service. Je n’en fais pas une affaire personnelle, car ce parcours touche toutes les infirmières qui se sont déjà senties invisibles, sous-estimées ou qui ont des doutes. Il s’agit de montrer que nous avons toutes notre place en ce qui concerne le leadership, la mission professorale et l’influence.
Conclusion
Cet article a pour but de vous faire part de mon parcours, non pas parce que j’ai toutes les réponses, mais parce que j’ai osé poser les questions. Si vous envisagez de faire un doctorat, sachez qu’il n’est pas question de statut ou de titres. Il s’agit de trouver sa voix, de façonner son avenir et de repenser sa pratique. C’est un processus de réalisation de soi. Et c’est un parcours qui vaut la peine d’être entrepris.
Remerciements
Je tiens à exprimer ma sincère gratitude à Wanda Chernomas et à Nicole Harder pour leur mentorat et leurs conseils avisés tout au long de mon parcours doctoral. Leurs encouragements ont contribué à façonner mon parcours en tant qu’infirmière, enseignante et nouvelle chercheuse.
Eunice K. Assem-Erhaze, inf. aut., B. Sc. inf., M. Nurs., M. Éd., FFNMRCSI, CSP(C), CCSNE, CCNE, CCCI, travaille à l’hôpital régional de Yorkton, en Saskatchewan, comme infirmière autorisée et est doctorante en sciences infirmières à l’Université du Manitoba.
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