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Ce que constate le personnel infirmier en santé mentale : consommation de cannabis et augmentation des tendances suicidaires chez les jeunes adultes

  
https://www.canadian-nurse.com/blogs/cn-content/2026/10/13/cannabis-use-and-increased-suicidality

Facteurs à envisager dans la pratique à la lumière du lien établi entre la consommation de drogues et une piètre santé mentale

Par Eh Sue Kaw
13 octobre 2026
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istockphoto.com/önder kanbur
Selon des données récentes issues d’études sur la population et de revues systématiques, une consommation fréquente de cannabis, surtout à un jeune âge, est associée à des résultats indésirables pour la santé mentale, notamment la dépression, l’anxiété, des idées suicidaires, des tentatives de suicide et le début précoce d’une psychose.

Partout au Canada, les infirmières et infirmiers en santé mentale sont confrontés à une tendance clinique préoccupante : un nombre croissant de jeunes adultes ayant envisagé le suicide, entretenant des idées suicidaires ou ayant des besoins psychiatriques complexes. Certains de ces cas s’accompagnent d’une consommation de substances concomitante, le plus souvent du cannabis, utilisé soit à des fins récréatives, soit comme stratégie d’adaptation. Bien que les données nationales continuent d’évoluer, les recherches émergentes et les observations cliniques laissent entendre que cette tendance mérite une attention particulière au sein de la pratique infirmière et en ce qui concerne les efforts de prévention du suicide (Edalati et coll., 2024; Cheek et coll., 2025).

En tant qu’infirmier autorisé travaillant dans une unité de santé mentale et de toxicomanie en milieu hospitalier, je suis fréquemment confronté à cette tendance dans ma pratique clinique. Dans une unité au service d’une communauté d’environ 75 000 personnes, l’association entre la consommation de cannabis et les tendances suicidaires chez les jeunes adultes est de plus en plus manifeste. Nombre de patients âgés de 18 à 40 ans présentent des idées suicidaires chroniques, des hospitalisations répétées et une consommation de substances concomitantes. Un thème récurrent est l’usage du cannabis comme principale stratégie d’adaptation. Bien que ces observations soient issues de la pratique, elles concordent avec la littérature émergente mettant en évidence la relation complexe entre la consommation de substances, la santé mentale et le risque de suicide (Edalati et coll., 2024; Matheson et coll., 2025).

Consommation de cannabis et santé mentale : ce que les données indiquent

Le cannabis figure parmi les substances psychoactives les plus consommées au monde. Au Canada, son accessibilité et son acceptation sociale se sont accrues depuis la légalisation en 2018. Alors que la légalisation visait à réduire les méfaits liés aux marchés illicites, des données récentes sous-entendent l’existence de risques sur la santé mentale pour certaines populations, surtout chez les jeunes (Bennett, 2025; gouvernement du Canada, 2025).

Des recherches ont établi des liens entre la consommation de cannabis et les troubles de santé mentale, comme l’anxiété et la dépression (Wadsworth et coll., 2019). La dépression, surtout lorsqu’elle est accompagnée d’idées suicidaires, est un facteur majeur de mortalité liée au suicide (Halladay et coll., 2020). La littérature plus générale sur la consommation de substances indique que les troubles liés à la consommation de substances sont associés à un risque accru de suicide et à une plus grande probabilité de passer des pensées suicidaires à un comportement suicidaire (Edalati et coll., 2024). Bien que ces résultats ne soient pas particuliers au cannabis, ils fournissent un contexte important pour comprendre les mécanismes potentiels reliant la consommation de substances et les tendances suicidaires.

Selon des données récentes issues d’études sur la population et de revues systématiques, une consommation fréquente de cannabis, surtout à un jeune âge, est associée à des résultats indésirables pour la santé mentale, notamment la dépression, l’anxiété, des idées suicidaires, des tentatives de suicide et le début précoce d’une psychose (Nosko et coll., 2025; Sanz-Pérez et coll., 2026). Toutefois, la majorité de ces données proviennent d’études observationnelles et transversales, limitant la capacité à établir un lien de causalité. Les résultats des études longitudinales restent variables, et le sens de la relation est probablement influencé par des troubles de santé mentale préexistants et d’autres facteurs de confusion (Matheson et coll., 2025).

Le risque semble plus élevé chez les personnes dont la consommation est plus fréquente, dont la durée de consommation est plus longue et qui sont exposées à des produits à base de cannabis plus puissants (Soboka et coll., 2024). Certaines études font également état de différences liées au sexe dans la relation entre la consommation de cannabis et les tendances suicidaires, bien que les résultats restent mitigés et ne soient pas encore bien compris (Halladay et coll., 2019).

Dans l’ensemble, les données actuelles corroborent l’existence d’un lien entre la consommation de cannabis et des résultats indésirables pour la santé mentale; cependant, la nature et le sens de cette relation restent complexes et ne peuvent être interprétés comme déterminants (Matheson et coll., 2025; Sanz-Pérez et coll., 2026).

Le cannabis comme stratégie d’adaptation en pratique clinique

Dans les contextes hospitaliers de santé mentale, la consommation de cannabis est rarement décrite comme étant purement récréative. De nombreuses personnes déclarent consommer du cannabis pour prendre en charge leur anxiété, une humeur dépressive, leur insomnie, leurs symptômes liés à un traumatisme ou leur détresse émotionnelle. Kourgiantakis et coll. (2025) ont constaté que certains jeunes adultes ayant fait une tentative de suicide décrivaient l’usage du cannabis soit comme une stratégie d’adaptation, soit comme faisant partie de leurs habitudes quotidiennes.

Bien que certaines personnes fassent état d’un soulagement à court terme de leurs symptômes, le recours au cannabis comme stratégie d’adaptation primaire peut renforcer les mécanismes d’adaptation par évitement et peut être associé à une aggravation des symptômes d’anxiété et de dépression au fil du temps (gouvernement of Canada, 2025). Ces liens ne sont pas uniformes et peuvent varier en fonction des profils cliniques individuels et du contexte social.

Dans la pratique, de nombreux jeunes adultes présentant des idées suicidaires font également état d’antécédents de traumatisme, de troubles de l’humeur ou d’anxiété, d’isolement social et de facteurs de stress structurels, tels que la précarité du logement, les difficultés financières, des problèmes liés à l’identité et le manque d’appartenance. L’usage de cannabis amplifie souvent ces vulnérabilités plutôt que de permettre d’en traiter les causes sous-jacentes (Edalati et coll., 2024). Ces facteurs soulignent l’importance d’une évaluation globale et tenant compte des traumatismes dans la pratique infirmière.

Cannabis, psychose et risque de suicide

Un autre aspect important à prendre en compte est le lien entre la consommation de cannabis et un premier épisode de psychose. Des données laissent entendre que les premières utilisations du cannabis (p. ex. à l’adolescence) et l’usage fréquent de cannabis sont associés à un risque accru de psychose chez certaines personnes (Nosko et coll., 2025; Spinazzola et coll., 2025). Les troubles psychotiques sont, à leur tour, associés à un risque accru de suicide, en particulier au cours des premiers stades de la maladie et à des périodes de détresse intense (Myhre et coll., 2025).

Toutefois, ce ne sont pas toutes les personnes consommant du cannabis qui développeront nécessairement une psychose ou des tendances suicidaires. Le risque individuel est déterminé par toute une gamme de facteurs biologiques, psychologiques et sociaux et les données actuelles ne permettent pas d’établir un lien de causalité direct.

L’importance de la perspective infirmière

Les membres du personnel infirmier sont souvent les premiers professionnels de la santé à observer des tendances cliniques émergentes avant même qu’elles ne prennent forme pleinement dans les données à l’échelle de la population. Les infirmières et infirmiers en soins directs qui œuvrent auprès de personnes confrontées à la consommation de substances, à la maladie mentale et à des tendances suicidaires sont particulièrement bien placés pour reconnaître comment des changements sociaux et politiques plus vastes, comme la légalisation du cannabis, peuvent interagir avec les comportements d’adaptation et les résultats cliniques en santé mentale. Ces connaissances issues de la pratique font pendant aux recherches existantes et contribuent à une compréhension plus globale des besoins des patients, favorisant ainsi des soins fondés sur des données probantes et axés sur les patients.

Incidences pour la pratique infirmière

La pratique infirmière joue un rôle central pour cerner le point où la consommation de cannabis et les tendances suicidaires s’entrecroisent et intervenir. Les lignes directrices sur les pratiques exemplaires actuelles au Canada en matière de santé mentale et de soins infirmiers appuient des démarches globales et axées sur les patients pour ce qui est de l’évaluation et de l’intervention (Association des infirmières et infirmiers autorisés de l’Ontario, 2017).

Voici les principales interventions infirmières recommandées :

  • évaluations détaillées de l’usage du cannabis, notamment en ce qui concerne la fréquence, la puissance, la durée et les raisons de la consommation;
  • exploration de la consommation de substances dans le contexte de l’adaptation, des symptômes de santé mentale et des déterminants sociaux de la santé;
  • prestation d’une formation factuelle sur les risques pour la santé mentale associés à la consommation de cannabis (gouvernement of Canada, 2025);
  • soutien à l’adoption d’autres stratégies d’adaptation, notamment des démarches psychosociales et tenant compte des traumatismes;
  • intervention précoce et accès facilité aux services de santé mentale et de traitement des dépendances;
  • évaluations approfondies du risque de suicide au moyen de démarches structurées et axées sur les patients;
  • intégration d’outils de dépistage pour les personnes présentant à la fois une consommation de substances et un risque suicidaire.

Bien que les recherches mettant en jeu les observations infirmières et les connaissances issues de la pratique sur la consommation de cannabis et les tendances suicidaires soient restreintes, ces recommandations s’appuient sur la pratique clinique, les lignes directrices nationales et les données interdisciplinaires.

Conclusion

La consommation de cannabis ne peut être identifiée comme une cause d’idées suicidaires ou de tentatives de suicide. Cependant, d’après les données actuelles, combinées aux observations infirmières, une consommation fréquente ou précoce de cannabis pourrait être associée à une augmentation des tendances suicidaires chez certains jeunes, surtout chez les jeunes présentant des troubles de santé sous-jacente et des vulnérabilités sociales (Sanz-Pérez et coll., 2026; Myhre et coll., 2025).

Tout en reconnaissant clairement les limites des données existantes, il est essentiel de prendre en compte ce lien dans le cadre de l’évaluation infirmière, de la sensibilisation des patients et des efforts de prévention du suicide dans la prestation de soins de santé mentale.

Références

Association des infirmières et infirmiers autorisés de l’Ontario. Assessment and care of adults at risk for suicidal ideation and behaviour (2e éd.), 2017.
https://rnao.ca/bpg/guidelines/assessment-and-care-adults-risk-suicidal-ideation-and-behaviour

Bennett, J. St. Joe’s researchers explore changes in cannabis use since legalization. Mental Health & Addiction, 2025.
https://research.stjoes.ca/communications/news/~1953-St-Joe-s-Researchers-Explore-Changes-in-Cannabis-Use-Since-Legalization

Cheek, S. M., Grove, J. L., Barnes, S. E. et Goldston, D. B. « Alcohol and cannabis use trends among adolescents with and without a history of suicidal thoughts and behavior: 1991–2023 », Journal of Adolescent Health, 77(2), 2025, p. 300–307. https://doi.org/10.1016/j.jadohealth.2025.04.020

Edalati, H., Bate, E., Rewari, N., Seymour, L. et Bauer, J. (2024). Recoupements entre l’usage de substances et le suicide : Données probantes et points à retenir, Centre canadien sur les dépendances et l’usage de substances. https://www.ccsa.ca/sites/default/files/2024-03/Recoupements-entre-lusage-de-substances-et-le-suicide-donnes-probantes-et-points-a-retenir.pdf

Gouvernement of Canada. Le cannabis et la santé mentale, 2025
https://www.canada.ca/fr/sante-canada/services/drogues-medicaments/cannabis/effets-sante/sante-mental.html

Halladay, J. E., Boyle, M. H., Munn, C. et Georgiades, K. « Sex differences in the association between cannabis use and suicidal ideation and attempts, depression, and psychological distress among Canadians », The Canadian Journal of Psychiatry, 2019, 64(5). https://doi.org/10.1177/0706743718804542

Halladay, J. E., Munn, C., Boyle, M., Jack, S. M. et Georgiades, K. « Temporal changes in the cross-sectional associations between cannabis use, suicidal ideation, and depression in a nationally representative sample of Canadian adults », The Canadian Journal of Psychiatry, 2020, 65(2), 115–123. https://doi.org/10.1177/0706743719854071

Kourgiantakis, T., Cooper, D., Craig, S., Lee, E., Jones, J., Lau, C. K. Y., Tousignant, R., Singer, J., Johnstone, M. et Zaheer, J. « Suicide among youth and young adults in Canada: Bereaved parents’ perspectives on systems of care », International Journal of Mental Health Systems, 2025, 19(26). https://doi.org/10.1186/s13033-025-00680-y

Matheson, J., MacKillop, J., Sloan, M. E., Sanches, M., Saini, H., Haines-Saah, R., Hassan, A., Buckley, L., Porath, A., Hendershot, C. S. et Le Foll, B. « Associations between cannabis use and mental health in patients accessing treatment for substance use disorders: An exploratory cross-sectional study », Substance Use & Misuse, 2025. https://doi.org/10.1080/10826084.2025.2519419

Myhre, M. Ø., Rognli, E. B., Walby, F. A., Bramness, J. G. et Mehlum, L. « The annual trend of suicide rates in patients with cannabis use disorder: A national registry study », Social Psychiatry and Psychiatric Epidemiology, 2025. https://doi.org/10.1007/s00127-024-02781-4

Nosko, L., Crocker, C. E. et Tibbo, P. G. « Cannabis use in adolescence and young adulthood and its effects on brain structure and function: A scoping review », Frontiers in Psychiatry, 2025, p. 16. https://doi.org/10.3389/fpsyt.2025.1644105

Sanz-Pérez, A., Serrano, D. R., Fraguas-Sánchez, A. I., Pardo, M. C., Ruiz Sánchez de León, J. M., Estupiñá, F. J., Pérez, T. et González-Burgos, E. « Growing concerns: A systematic review and meta-analysis of cannabis use and mental health risks in youth », Addictive Behaviors, 172, 2026, p. 108528. https://doi.org/10.1016/j.addbeh.2025.108528

Soboka, M., Stewart, S. H., Tibbo, P. et Wang, J. « Substance use and risk of suicide among adults who sought mental health and addiction specialty services through a centralised intake process in Nova Scotia: A cross-sectional study », BMJ Open, 14(10), 2024. https://doi.org/10.1136/bmjopen-2024-086487

Spinazzola, E., Degen, H., Austin-Zimmerman, I., Trotta, G., Chesney, E., Li, Z., Alameda, L., Leung, B. M., Lang, Y., Quattrone, A., Castrignano, E., Wolff, K., Murray, R., Freeman, T. P. et Di Forti, M. « Are reasons for first using cannabis associated with subsequent cannabis consumption (standard THC units) and psychopathology? » BMJ Mental Health, 28(1), 2025. https://doi.org/10.1136/bmjment-2025-301810

Wadsworth, E., Leos-Toro, C. et Hammond, D. « Mental health and medical cannabis use among youth and young adults in Canada », Substance Use & Misuse, 55(4), 2019, p. 582–589. https://doi.org/10.1080/10826084.2019.1691594


Eh Sue Kaw, inf. aut., travaille à l’unité de santé mentale et de toxicomanie à l’Hôpital de Sault-Sainte-Marie, en Ontario. Ses domaines d’intérêts cliniques portent sur la prévention du suicide, la consommation de substances et la sensibilisation en santé mentale dispensée par le personnel infirmier.

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