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Adria Brochu, ancienne infirmière dans les Forces armées canadiennes, dit que « tout est possible » pour surmonter ses handicaps visibles et invisibles
Par Laura Eggertson
27 juillet 2026
Gracieuseté de Adria Brochu
Ancienne infirmière des Forces armées canadiennes aujourd’hui à la retraite, Adria Brochu consacre désormais son temps au sport adapté, au bénévolat et au soutien des vétéranes et vétérans, tout en menant sa vie avec une maladie chronique. « J’ai une vie très bien remplie », déclare-t-elle.
Alors qu’Adria Brochu contemplait la foule venue l’encourager au pied du mont Whistler à l’occasion des Jeux Invictus, elle n’avait qu’un seul but en tête.
Gracieuseté de Adria Brochu
À la fin du mois de novembre 2025, les FAC ont reconnu l’engagement, la résilience et l’esprit d’équipe d’Adria Brochu par l’entremise de leur programme Sans limites.
Franchir la ligne d’arrivée.
C’était le 12 février 2025 et la 50e fois que cette infirmière à la retraite des Forces armées canadiennes (FAC) s’aventurait sur la neige.
S’élançant depuis la ligne de départ, Adria Brochu a slalomé avec assurance entre les drapeaux rouges et jaunes balisant le parcours de la course de fauteuil-ski de niveau intermédiaire-avancé féminin.
À l’aide de puissantes poussées de ses stabilisateurs, elle a franchi la ligne d’arrivée, faisant voler la neige poudreuse alors qu’elle dérapait pour effectuer un freinage parallèle spectaculaire et remporter une médaille d’argent.
Levant un bras en l’air en signe de triomphe, Adria Brochu arborait un large sourire.
« Ce fut un tel soulagement que ce jour soit enfin arrivé, se souvient-elle. Quand j’ai franchi cette ligne d’arrivée, ce n’était pas seulement la ligne d’arrivée de la course, c’était la ligne d’arrivée de ma vie. »
Participer aux Jeux Invictus a marqué l’aboutissement d’une vie passée à surmonter des handicaps visibles et invisibles, explique Adria Brochu.
Après avoir subi un traumatisme durant son enfance et des années de déclin de ses fonctions neurologiques, Adria Brochu a récemment reçu un diagnostic de trouble héréditaire appelé syndrome d’Ehlers-Danlos. Ce syndrome affaiblit les tissus conjonctifs et peut causer des douleurs articulaires et des symptômes neurologiques.
Adria Brochu se déplace désormais en fauteuil roulant et a besoin d’une sonde d’alimentation, ce qui nécessite une planification et une préparation minutieuses pour des déplacements comme celui à Vancouver et Whistler.
Porteuse du drapeau d’Équipe Canada
Pendant un an, Adria Brochu s’est entraînée au sein d’Équipe Canada, où elle a particulièrement apprécié d’avoir pour coéquipières les infirmières Kate Shields et Melissa Norris. Elle a participé aux épreuves de fauteuil-ski, de volley-ball et d’aviron adapté lors ce ces Jeux internationaux créés en 2014 par le prince Harry pour les vétéranes et vétérans et les militaires blessés, malades ou en situation de handicap.
Lors de la cérémonie d’ouverture, Adria Brochu a porté le drapeau d’Équipe Canada.
Adria Brochu s’était poussée jusqu’à l’épuisement et avait fait le voyage depuis son domicile à Calgary pour l’événement. Elle a surmonté des contretemps, notamment un virus qui l’a forcée à rester en retrait pendant les premiers jours des Jeux et lui a fait craindre de ne pas pouvoir skier.
Mais le matin de sa course, sous un ciel d’un bleu éclatant, elle ne ressentait aucune nervosité, seulement une poussée d’adrénaline qui l’a propulsée dans sa descente jusqu’à la ligne d’arrivée.
« Je me sentais tellement pleine d’énergie ce jour-là, j’avais l’impression de pouvoir conquérir le monde », dit-elle.
Conquérir le monde, ou du moins faire face aux conséquences des catastrophes naturelles a été un thème récurrent dans la vie et la carrière d’Adria Brochu.
En janvier 2005, l’infirmière faisait partie de l’Équipe d’intervention en cas de catastrophe des FAC que le Canada a déployée au Sri Lanka pour venir en aide aux victimes du tsunami le plus mortel de l’histoire, qui a suivi d’un séisme sous l’océan Indien.
En mission après le tsunami
Adria Brochu était responsable clinique d’une petite équipe déployée par avion à Ampara, l’une des régions les plus durement touchées de ce pays d’Asie du Sud-Est.
« On nous a déposés, mon équipe et moi, dans la zone la plus sinistrée, juste sur la plage, se souvient-elle. Quand nous avons regardé autour de nous, il n’y avait que des décombres et le chaos. »
Alors que des coups de feu retentissaient au loin, signe de troubles civils, Adria Brochu et ses six collègues ont installé leur campement sur la plage et mis en place une clinique de fortune dans un bâtiment en béton partiellement détruit, dont les piliers et les murs étaient intacts.
Là-bas, pendant deux mois, elle a pratiqué des soins infirmiers « rudimentaires », dit-elle. Elle a dû faire preuve de débrouillardise, résoudre des problèmes, s’adapter rapidement pour improviser des traitements à partir du matériel et des fournitures de base dont disposait l’équipe, et surmonter les barrières linguistiques et les différences de coutumes afin de mettre les patients à l’aise.
Adria Brochu et ses collègues ont soigné les blessures et les infections des personnes touchées par le tsunami, ainsi que celles souffrant de problèmes pulmonaires et de maladies chroniques exacerbées par la destruction des habitations, des infrastructures sanitaires et des systèmes sociaux causée par la catastrophe.
Les besoins des personnes qu’elle soignait étaient accablants, raconte Adria Brochu. Bien qu’elle ait refoulé de nombreux détails de sa mémoire, elle ne peut oublier le cadavre d’un enfant échoué sur la plage.
Le désespoir dans les yeux d’une femme âgée qui dépérissait sur le sol en ciment de l’abri de sa famille parce qu’elle avait perdu l’usage de ses jambes reste également gravé dans la mémoire de l’infirmière.
« Ce qui m’a le plus frappée, c’est à quel point les gens étaient impuissants et désespérés – l’injustice de la situation, dit-elle. Ce n’était que de la souffrance partout. »
Même si Adria Brochu se sentait impuissante à en faire assez, avant que son équipe et elle ne quittent la région, elle a pris le seul fauteuil roulant portable de leur trousse médicale et en a fait don à la femme gisant au sol.
Après qu’Adria Brochu eut installé sa patiente sur le fauteuil, les yeux de la femme se sont illuminés lorsque sa famille l’a sortie au soleil pour la première fois depuis des années.
« Ce geste a aussi permis d’alléger le fardeau de la famille de cette femme », explique-t-elle.
Un trouble de stress post-traumatique non traité
Ce geste modeste visant à améliorer la vie de sa patiente l’a réconforté. Mais son expérience au Sri Lanka, combinée à un traumatisme sexuel militaire, a engendré chez elle un trouble de stress post-traumatique (TSPT). À l’époque, elle n’avait même pas les mots pour décrire cette expérience.
En 2008, elle a obtenu une libération pour raisons médicales et a pris sa retraite des FAC avec le grade de lieutenante, quittant la BFC Petawawa pour retourner en Alberta, où elle avait grandi.
Au cours des années suivantes, Adria Brochu a tenté de reprendre sa carrière d’infirmière, mais le traumatisme et le TSPT dont elle souffrait l’ont empêché de poursuivre sur cette voie.
« J’adorais être infirmière, alors j’ai traversé une période difficile pendant de nombreuses années après cela. Je me sentais perdue », dit-elle.
Elle a également lutté contre des troubles alimentaires et des troubles liés à l’usage de substances alors qu’elle faisait face au deuil de son rôle et de sa communauté militaires.
Finalement, après des années de diagnostics erronés, Adria Brochu a commencé en 2017 à suivre une thérapie pour surmonter les traumatismes dans une clinique de thérapie du stress professionnel à Edmonton.
« J’ai appris que le TSPT est une pathologie avec laquelle je devrai vivre pour le reste de ma vie et la thérapie m’a donné les outils dont j’ai besoin pour le prendre en charge maintenant et pour continuer à y parvenir », explique-t-elle.
Aujourd’hui, à 47 ans, Adria Brochu reste positive malgré la faiblesse progressive que le syndrome d’Ehlers-Danlos inflige à ses muscles à mesure que leur collagène se dégrade. Elle met à contribution ses compétences d’infirmière pour faire du bénévolat dans le cadre d’un programme de thérapie récréative auprès d’enfants à l’Alberta Children’s Hospital, où les sports adaptés et l’artisanat sont au programme.
« Les enfants sont les meilleurs enseignants, par leur persévérance et leur résilience », déclare-t-elle.
Bénévolat auprès des vétéranes et vétérans
Elle aide aussi d’autres vétéranes et vétérans à apprendre à skier, est membre active de la section de Calgary de la Canadian Adaptive Snowsports Association, et pratique le basket-ball et le curling en fauteuil roulant.
À la fin du mois de novembre 2025, les FAC ont reconnu l’engagement, la résilience et l’esprit d’équipe d’Adria Brochu par l’entremise de leur programme Sans limites. Les FAC ont fait venir Adria Brochu à Ottawa pour lui remettre le Prix de l’invincible lors d’une cérémonie au Musée canadien de la guerre.
C’était un moment où la boucle était bouclée pour Adria, qui avait quitté les FAC en se sentant délaissée, son TSPT n’ayant pas été reconnu.
Aujourd’hui, les amitiés qu’elle a nouées grâce aux Jeux Invictus et en participant à des organisations sportives de vétéranes et de vétérans ont élargi son cercle de soutien d’une demi-douzaine de personnes à un millier, dit-elle.
Elle n’a plus peur de l’avenir, même si elle ne sait pas comment sa maladie va évoluer et qu’elle connaît des jours meilleurs et d’autres moins bons.
« Mon message principal, c’est qu’en faisant preuve de résilience, tout est possible. Je suis reconnaissante de vivre de façon autonome et d’avoir une vie très active et bien remplie. Je suis privilégiée par rapport à certaines personnes. »
Laura Eggertson est journaliste indépendante à Wolfville, en Nouvelle-Écosse.
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