Blog Viewer

Le changement de discours dans les écoles de soins infirmiers pourrait constituer une étape importante vers la décolonisation du lieu de travail

  
https://www.canadian-nurse.com/blogs/cn-content/2024/02/26/changing-the-narrative-in-nursing-schools

Les croyances traditionnelles et historiques entravent la diversité dans les programmes d’études

Par Omarie Miller Hynds
26 février 2024
Gracieuseté de Omarie Miller Hynds
« Les étudiants en soins infirmiers apprennent qu’il est important d’acquérir des compétences culturelles pour répondre aux besoins des patients. Cependant, il est tout aussi important de mettre en pratique cette compétence culturelle pour répondre aux besoins de nos collègues et de nos pairs, » explique Omarie Miller Hynds.

Tout au long de mes études en soins infirmiers, la nécessité de promouvoir davantage la diversité et l’inclusion au sein de la profession est devenue de plus en plus évidente. Ce changement est nécessaire, car la culture infirmière actuelle est axée sur des croyances traditionnelles et historiques qui entravent la mise en pratique des initiatives contemporaines d’inclusion et de diversité. Cette culture coïncide avec des croyances intériorisées et des préjugés établis par le colonialisme, qui peuvent façonner négativement les modes de pensée et donner lieu à des préjugés implicites qui font leur chemin dans le système de soins de santé.

Les étudiants en soins infirmiers apprennent qu’il est important d’acquérir des compétences culturelles pour répondre aux besoins des patients. Cependant, il est tout aussi important de mettre en pratique cette compétence culturelle pour répondre aux besoins de nos collègues et de nos pairs. En appliquant ce principe à nos relations professionnelles et quotidiennes, nous sommes à même d’établir des interactions constructives, de comprendre les croyances des autres et d’apprendre de leurs expériences. Cela permettrait de décoloniser davantage la culture des soins infirmiers.

Florence Nightingale comme symbole

Dans le cadre du programme d’études actuel, peu d’efforts ont été déployés pour promouvoir une pratique infirmière diversifiée sur le plan racial. Je pense que ce manque de diversité est lié à la représentation historique de Florence Nightingale, l’icône centrale pour l’ensemble du personnel infirmier, qui a un effet d’exclusion sur les étudiants de couleur. Cette simplification de l’origine de la pratique infirmière omet les contributions historiques d’autres infirmières et infirmiers de couleur et leurs réalisations et limite les progrès de la pratique infirmière.

En tant qu’infirmière noire, je me suis sentie exclue de mes pairs parce qu’il y a peu de discussions sur les contributions des personnes autochtones, noires et de couleur (PANDC*) dans la pratique infirmière historique ou actuelle. Cette exclusion peut avoir un effet négatif sur le désir de s’investir dans des activités de plaidoyer pour lutter contre les disparités, car en tant qu’étudiants autochtones, noirs ou de couleur, nos efforts ne sont ni reconnus ni encouragés.

L’uniforme blanc traditionnel de la profession infirmière

Une expérience marquante de ma propre formation d’infirmière a été ma décision de ne pas porter l’uniforme blanc traditionnel de la profession infirmière sur mes photos d’obtention du diplôme. L’uniforme blanc est habituel pour les étudiants sortants sur leurs photos et même en pratique clinique. Cette tradition a suscité en moi un sentiment de curiosité et de malaise : curiosité quant à la signification d’un tel uniforme et malaise parce qu’il me semblait faux. Au départ, je n’étais pas certaine de la raison de ces sentiments.

En poursuivant mes recherches, j’ai découvert l’histoire de l’uniforme et de ceux et celles qu’il cherchait à inclure, sous la forte influence de Florence Nightingale. J’ai vu de nombreuses photos illustrant des infirmières en uniforme blanc; cependant, aucune de ces infirmières ne me représentait sur le plan racial.

Pour qui donc ces uniformes ont-ils été créés, et qui était autorisé à les porter? Et qu’en est-il des patients autochtones, noirs et de couleur qui ont pu recevoir de piètres soins de la part de ceux et celles qui portaient cet uniforme?

Répercussions du colonialisme sur les soins infirmiers

Bien que des efforts intentionnels aient été déployés au sein des établissements et des organismes de réglementation pour lutter contre le racisme et la discrimination, il subsiste, à ma connaissance, une lacune importante dans les discussions et la littérature concernant les répercussions du colonialisme sur les soins infirmiers et l’exclusion des infirmières et infirmiers autochtones, noirs et de couleur. Je continue également à m’interroger sur la possibilité de discuter et de reconnaître les répercussions de la race dans les anciens critères d’inclusion à la profession infirmière afin d’améliorer la culture des soins infirmiers.

Il est possible que ce sujet n’ait pas été exploré ou qu’il y ait une préférence historique quant à l’acceptation d’une vision plus étroite de la profession infirmière, qui ne démontre que la positivité. Mais aucune de ces explications ne reconnaît les défis et les obstacles créés par la culture au sein des écoles de soins infirmiers, supprimant ainsi les véritables expériences des infirmières et infirmiers autochtones, noirs ou de couleur.

J’ai finalement choisi de ne pas porter l’uniforme blanc sur mes photos de fin d’études parce qu’il n’a pas été créé pour des personnes comme moi; il ne serait donc pas honorable de le mettre en valeur. J’ai plutôt choisi de modifier le discours et de personnifier une image moderne de la pratique infirmière en portant la tenue de chirurgie, qui n’est pas imposée aux infirmières et infirmiers autochtones, noirs ou de couleur et qui est inclusive pour tout le monde.

La création d’une voie permettant aux étudiants autochtones, noirs ou de couleur de faire part de leurs expériences au sein des écoles de soins infirmiers et d’exprimer leurs besoins culturels et d’apprentissage peut contribuer à favoriser la reconnaissance de la diversité et à remodeler la culture que l’on trouve dans les écoles de soins infirmiers. Cela étant dit, la race est souvent un sujet qui met mal à l’aise les étudiants, quels que soient leurs antécédents. Cependant, ignorer ce sujet revient à taire les besoins des étudiants et ne favorise pas le changement positif. C’est pourquoi nous devons créer un environnement où les étudiants sont encouragés à faire preuve de curiosité et à découvrir les privilèges, les obstacles et les préjugés de leurs pairs dans le respect.

En fin de compte, cette démarche concertée de l’apprentissage garantit la détermination à approfondir la compréhension et l’acceptation de chacun, une compétence qui profitera au personnel infirmier dans sa pratique et dans la vie quotidienne.

Tracer la voie à suivre

  • Compte tenu de la déconnexion actuelle entre les étudiants autochtones, noirs ou de couleur et la culture infirmière, il est important de mettre en œuvre des activités qui encouragent tous les étudiants à faire part de leurs pratiques traditionnelles et de leur culture. Cette démarche favoriserait la compréhension et l’inclusion entre pairs et améliorerait la connaissance de soi en ce qui concerne les besoins et les préférences des patients.
  • Il serait également utile que les étudiants se livrent à une autoréflexion afin d’approfondir leur compréhension de leurs privilèges personnels, de leurs préjugés et de leurs besoins en matière de formation. Cela leur donnerait l’occasion d’éliminer les préjugés néfastes, de susciter l’empathie et d’exprimer leurs besoins, autant d’éléments qui favorisent le développement du caractère et leur réussite en tant que futurs infirmiers.
  • Les écoles de soins infirmiers doivent s’efforcer de comprendre les limites de leur programme d’études. Le meilleur moyen d’y parvenir est de réaliser des sondages anonymes qui donnent aux étudiants l’occasion de relater leurs expériences et les obstacles à l’apprentissage qu’ils perçoivent.
  • Toutefois, les étudiants autochtones, noirs ou de couleur ne portent pas la responsabilité de sensibiliser les autres sur des questions raciales bien connues. Chacun et chacune d’entre nous ne connaît que ses propres préférences et expériences; ce serait un lourd fardeau pour les étudiants autochtones, noirs ou de couleur de penser qu’ils doivent sensibiliser les autres.

Bref, le besoin de diversification de la culture infirmière est une préoccupation actuelle qui nécessite des efforts actifs pour assurer un changement positif et démanteler les perspectives colonisatrices. L’engagement en faveur d’un tel changement peut favoriser la reconnaissance des infirmières et infirmiers autochtones noirs ou de couleur dans la pratique infirmière historique et actuelle. On pourra ainsi faire découvrir les disparités courantes au sein de la profession infirmière et leurs conséquences sur les étudiants autochtones, noirs ou de couleur.

*L’expression « personnes autochtones, noires ou de couleur » (PANDC) est utilisée dans le présent article pour représenter et reconnaître les différences entre l’expérience vécue des personnes non blanches et les personnes blanches. Cette expression ne cherche en aucun cas à catégoriser l’identité unique d’une personne, mais plutôt à souligner les différences entre les expériences.


Omarie Miller Hynds, inf. aut., vient d’obtenir son diplôme avec distinction du programme de soins infirmiers de Red Deer Polytechnic en collaboration avec l’Université de l’Alberta. Elle est née et a grandi à Roatán, au Honduras, et est déménagée au Canada en 2014 en tant qu’étudiante internationale. Elle travaille actuellement en soins de courte durée.

#opinions
#formation
#autochtones
#santéetbien-êtredupersonnelinfirmier
#étudesinfirmières
#expériencedespatients

0 comments
11 views

Connectez-vous pour laisser un commentaire