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« La qualité des soins doit être ancrée dans la culture, selon moi. »

  
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Rani Srivastava est l’une des principales défenseures du développement de la compétence culturelle.

Par Laura Eggertson
11 juillet 2022
Gracieuseté de Rani Srivastava
Comme l’explique Rani Srivastava dans son ouvrage, The Healthcare Professional’s Guide to Clinical Cultural Competence, faire preuve de compétence sur le plan culturel nécessite de comprendre ses propres préjugés culturels. Il faut donc se renseigner sur les croyances et pratiques culturelles d’un patient ou d’un client, surtout en matière de santé et de maladie.

Avant même d’avoir les mots pour la décrire, Rani Srivastava savait que la compétence culturelle était importante si elle voulait fournir d’excellents soins de santé à ses patients.

« Je le savais en raison de mon identité, pas parce que je l’avais appris à l’école », explique Rani Srivastava, professeure agrégée et doyenne de la faculté des sciences infirmières à l’Université Thompson Rivers à Kamloops, en Colombie Britannique.

La culture et la façon dont elle influe sur les philosophies des gens en matière de bien être et de santé n’étaient pas au programme lorsque Rani Srivastava a obtenu son diplôme de la faculté des sciences infirmières de l’Université Dalhousie en 1981.

Plus de 40 ans plus tard, elle s’assure que les étudiants sous sa supervision acquièrent des compétences culturelles, autant par son exemple que par son enseignement.

« Selon moi, la qualité des soins doit être ancrée dans la culture, car comment peut-on fournir des soins axés sur le patient sans comprendre qui est cette personne? »

Agir comme modèle

Comprendre qui est Rani Srivastava, c’est reconnaître son importance en tant que modèle et mentor pour les autres membres du personnel infirmier.

Hindoue d’Asie du Sud, Rani Srivastava est titulaire d’un doctorat et compte des décennies d’expérience à titre d’infirmière en chef. Avant d’entrer à la faculté de l’Université Thompson Rivers, elle a été chef adjointe des soins infirmiers, puis vice-présidente et chef des soins infirmiers et de la pratique professionnelle au Centre de toxicomanie et de santé mentale de Toronto.

Elle a enseigné les soins infirmiers à l’Université Memorial, à l’Université de Toronto et à l’Université York et est l’auteure de l’ouvrage The Healthcare Professional’s Guide to Clinical Cultural Competence. Ce manuel consolide ses connaissances et ses recherches approfondies sur l’importance d’une pratique appropriée lors d’interactions avec des patients d’une culture différente.

Elle est épouse et mère, et elle aime lire, marcher et cuisiner pour sa famille.

Elle est aussi mentore, déterminée à exposer et faire éclater les barrières qui entravent le parcours du personnel infirmier et des patients marginalisés dans le système de soins de santé.

En tant qu’immigrante (sa famille est partie de l’Inde pour s’établir à Halifax alors qu’elle avait 13 ans, après un séjour de deux ans aux États Unis), Rani Srivastava a été directement victime de racisme et de discrimination.

Elle se voit comme l’une des femmes racisées qui occupent trop rarement des postes de direction dans le milieu universitaire au Canada.

Toutes ces expériences aiguisent la perspective qu’elle apporte au chapitre de la compétence culturelle, du mentorat et de l’équité, pour lesquels elle milite.

« Continuer à faire pression »

En 2017, l’Association des infirmières et infirmiers du Canada l’a nommée parmi les 150 infirmières et infirmiers défenseurs et chefs de file qui œuvrent à l’avancement de la démarche axée sur les patients en vue de soins de santé de haute qualité.

Son poste actuel est un privilège qu’elle ne tient pas pour acquis. « Je vois bien qui manque à l’appel », souligne Rani Srivastava, en faisant référence au manque de femmes de couleur, surtout les femmes noires, dans des postes de direction. Elle estime qu’il est de sa responsabilité de « continuer à faire pression » pour changer la situation.

Une des valeurs qu’elle défend est le renforcement de la formation institutionnelle que reçoivent les praticiens en soins de santé en matière de compétence culturelle. Elle veut élargir la discussion sur les raisons pour lesquelles cette expertise est importante.

« Comment fournir des soins axés sur le patient sans comprendre qui est cette personne? »

Comme l’explique Rani Srivastava dans son ouvrage, faire preuve de compétence sur le plan culturel nécessite de comprendre ses propres préjugés culturels. Il faut donc se renseigner sur les croyances et pratiques culturelles d’un patient ou d’un client, surtout en matière de santé et de maladie.

Pour faire preuve de compétence culturelle, il faut également comprendre le rôle que jouent l’équité, le pouvoir et la race dans les résultats cliniques.

L’importance d’écouter, de comprendre et d’intégrer les différentes valeurs et traditions fait partie de ce que Rani Srivastava a saisi non seulement comme infirmière, mais aussi comme patiente.

Une pratique « primitive »

Au début de sa carrière, lorsqu’elle était enceinte de sa fille Ratika, Rani Srivastava a expliqué à ses collègues infirmiers que de nombreuses cultures ont des rituels et des croyances visant à protéger les mères et les bébés en portant des pierres particulières ou en participant à des cérémonies.

Ses collègues ont répondu non seulement avec scepticisme, mais aussi avec rejet.

« Rani, tu crois vraiment là-dedans? Ça semble si primitif », se souvient elle. « Et je me suis demandé pourquoi c’était si primitif. »

Lorsque les praticiens en soins de santé ne reconnaissent pas les croyances de leurs patients ou les rejettent, ils peuvent ouvrir la voie à la non observance du traitement, explique Rani Srivastava.

Par exemple, une diététiste a prescrit à un de ses patients souffrant de problèmes rénaux un régime qui n’était pas conforme au végétarisme et au jeûne qu’il adoptait pour atteindre son objectif spirituel de devenir un meilleur hindou.

Reconnaître les croyances

Ce n’est qu’au prix de longues négociations avec la diététiste que Rani Srivastava a pu obtenir un régime modifié pour le patient.

« C’est la façon dont nous travaillons avec les gens pour reconnaître leurs croyances [c’est important], explique-t elle. Si nous ne les reconnaissons même pas… la confiance s’effrite puis disparaît. »

La confiance est aussi une composante vitale du mentorat, affirme Rani Srivastava. C’est Jean Trimnell, infirmière en chef à l’ancien Hôpital Wellesley à Toronto lorsque Rani Srivastava y était infirmière clinicienne spécialisée en néphrologie, qui l’a encouragée à donner suite à son intérêt pour la compétence culturelle en tant que programme de recherche potentiel et domaine de spécialité.

Rani Srivastava transmet aux autres membres du personnel infirmier la confiance que lui a témoignée Jean Trimnell. Elle observe ce qui les intéresse, valide ces intérêts et leur demande ce qu’elle peut faire pour les aider.

Ce mentorat est particulièrement important pour les infirmières et infirmiers issus de communautés marginalisées et racisées, qui n’ont peut être pas les modèles dont ils ont besoin, dit elle.

Il est valorisant pour Rani Srivastava d’entendre les étudiants en soins infirmiers lui confier ce que signifie pour eux de la voir occuper des postes de direction.

Elle se souvient d’une étudiante à qui le fait de la voir occuper la fonction doyenne donnait l’ambition de pouvoir accéder un jour à ce poste.

Au cours des deux dernières années, depuis qu’elle a commencé à travailler comme doyenne, Rani Srivastava a coprésidé le groupe de travail de lutte contre le racisme de l’université. Elle est à l’écoute de l’expérience des étudiants et des collègues racisés à l’université, leur offre du soutien et recrute des membres du corps professoral issus de la diversité, non seulement sur le plan de l’ethnicité, mais aussi du genre.

Mais surtout, elle crée un espace pour tenir des conversations courageuses à l’université et dans la communauté au sens large, afin de sortir le racisme de l’ombre.

Mettre le racisme au grand jour

« Si nous ne mettons pas au grand jour le racisme et les obstacles à l’équité, nous ne les comprendrons pas et nous ne saurons pas comment y faire face, affirme-t elle. Les sortir de l’ombre rend la situation malaisante, mais nous donne maintenant les moyens d’y faire face. »

À mesure qu’elle avançait dans sa carrière, Rani Srivastava, comme d’autres dirigeants racisés, a dû faire face à la perception qu’elle obtenait ses postes de direction en raison de la couleur de sa peau, et non de ses compétences.

Parfois, des collègues l’ont traitée avec condescendance, ont remis en question son autorité ou son savoir faire et laissé entendre qu’elle avait besoin d’aide supplémentaire « parce qu’elle ne comprenait peut être pas bien un enjeu ».

Nous devons mettre ce type de racisme au grand jour, dit elle.

Elle ne se préoccupe plus des critiques selon lesquelles elle n’est pas digne de son poste.

« Les choses que j’accomplis parlent d’elles-mêmes, tranche-t elle. Au nombre de fois où je n’ai même pas franchi le pas de la porte à cause de la couleur de ma peau et de mon nom… Si ma peau brune et mon nom sont maintenant perçus comme positifs pour “diversifier une équipeˮ, je ne vais pas m’en excuser. Je ne passerais toujours pas la première étape si je n’avais pas les qualifications et l’expérience requises. »

Elle encourage d’autres infirmières et infirmiers et les étudiants à adopter une attitude semblable.

Son plus grand conseil? Acceptez le fait que tout le monde ne sera pas à l’aise avec vous.

« Ne vous dépréciez pas, conseille t elle. C’est bien d’être humble, mais si vous péchez par excès, les gens s’attarderont à vos faiblesses et ne reconnaîtront pas vos points forts. Vous devez apprendre à faire valoir vos forces. »


Laura Eggertson est journaliste indépendante à Wolfville, en Nouvelle-Écosse.


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