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Être à la hauteur : le parcours et la perspective d’un infirmier formé à l’étranger durant la pandémie de COVID-19

  
https://www.canadian-nurse.com/blogs/cn-content/2022/10/11/ien-journey-perspective-during-covid

Récit inspirant d’un infirmier sur ses déceptions et les occasions à saisir

Par Carlo Mikhail L. Magno
11 octobre 2022
Gracieuseté de Carlo Mikhail L. Magno
Carlo Mikhail L. Magno a quitté les Philippines pour s’installer à Toronto en 2012. À l’époque, on lui a dit qu’il n’avait pas satisfait aux exigences en matière de compétences pour exercer comme infirmier autorisé (IA). « J’étais anéanti, mais aussi déterminé à pratiquer comme infirmier dans une fonction quelconque au Canada ». Il prévoit maintenant d'obtenir sa désignation d’infirmier autorisé à nouveau.
Note de la rédaction : Dans un article Questions et réponses en deux parties commençant la semaine prochaine, Carlo Mikhail L. Magno examinera comment les IFÉ pourraient faire partie de la solution à la pénurie de personnel infirmier au Canada.

La pandémie de COVID-19 a indubitablement changé un tas de choses — de la façon apparemment banale dont nous achetons nos repas et nos aliments, à la manière dont nous voyageons et nous nous réunissons. Plus important encore, pour le personnel infirmier, la COVID-19 a semé des défis sans précédent dans le monde entier.

Je suis un infirmier formé à l’étranger (IFÉ), né aux Philippines, et j’ai obtenu mon diplôme en 2012. J’écris cet article dans le but de pouvoir, dans un premier temps, inspirer mes collègues IFÉ, puis de décrire mon parcours professionnel de façon à ce que l’ensemble des infirmiers et infirmières puissent en tirer quelque chose. J’espère que ce dernier chapitre de ma carrière d’infirmier sera fructueux, non seulement pour mon perfectionnement personnel, mais aussi pour la santé et la sécurité des mes futurs clients, et le bien-être de mes collègues infirmiers.


La semaine prochaine : Questions et réponses (1ère partie) : Les IFÉ comme partie de la solution à la pénurie infirmière au Canada


La COVID-19 a multiplié les difficultés, mais a aussi permis de créer des occasions

Le personnel infirmier était déjà confronté à des risques de sécurité même avant la pandémie. Nous sommes souvent exposés à des fluides corporels, à des maladies ou à un accès de violence de la part d’un client éprouvant des troubles psychiatriques.

La COVID-19 n’a pas seulement amplifié ces facteurs au cours des deux dernières années, mais elle a aussi mis au jour de nouveaux problèmes : les infirmières et infirmiers chevronnés et expérimentés quittent la pratique, laissant le personnel infirmier novice dans le besoin de plus de soutien et d’orientation, deux éléments qui ont engendré de la frustration envers les charges de travail accrues.

Nous avons également été confrontés à des risques inattendus, comme les protestations et le harcèlement des « opposants à la vaccination » qui ont envahi les hôpitaux et autres établissements de soins de santé. Cette situation n’a pas été facile et nous sommes encore loin de voir un allègement significatif de ces fardeaux.

Pourtant, en tant que membres du personnel infirmier, nous devions trouver un moyen de surmonter la situation. Entre autres rôles, les infirmières et infirmiers sont des chefs de file, des innovateurs et des enseignants.

C’est au plus fort de la pandémie de COVID-19 que j’ai eu l’occasion d’exercer ces trois rôles dans une capacité élargie.

« Pas à la hauteur des normes canadiennes »

J’ai quitté les Philippines pour m’installer à Toronto en 2012, et j’ai eu la malchance de poser ma candidature à un moment où l’Ordre des infirmières et infirmiers de l’Ontario (OIIO) avait modifié une partie de son processus de demande et d’évaluation à plusieurs reprises après que j’ai soumis mes documents pour la première fois.

On m’a dit que je n’avais pas satisfait aux exigences en matière de compétences pour exercer comme infirmier autorisé (IA). J’étais anéanti, mais aussi déterminé à pratiquer comme infirmier dans une fonction quelconque au Canada.

J’ai fait ma demande pour devenir infirmier auxiliaire autorisé (IAA). Cette demande a aussi été refusée, mais après avoir porté ma demande en appel, j’ai été autorisé à passer l’examen d’autorisation pour devenir infirmier auxiliaire au Canada (EAIAC). J’ai réussi l’examen et j’ai ensuite rempli d’autres conditions.

En 2014, j’ai pu enfin pratiquer comme infirmier auxiliaire autorisé en Ontario. Il n’y avait pas beaucoup de possibilités pour moi, et il était difficile d’être admis dans des milieux de pratique comme les hôpitaux.

Malgré tout, j’étais déterminé à devenir la meilleure version de moi-même en tant qu’infirmier. Je savais que je devais commencer quelque part. Alors, en dépit du salaire peu concurrentiel, j’ai accepté avec plaisir un emploi d’infirmier dans le cabinet d’un médecin de famille. J’y ai puisé tout ce que je pouvais afin d’acquérir de l’expérience au Canada.

Après un peu plus d’un an, j’ai eu l’occasion de travailler dans un établissement de soins de longue durée. J’ai gardé les deux emplois afin de pouvoir diversifier mes compétences.

Le fait de travailler à la fois dans un cabinet médical et dans un établissement de soins m’a permis de me familiariser avec le traitement de cas aigus de différents groupes démographiques, ainsi que de cas chroniques, notamment chez les patients en gériatrie. Malgré tout, j’ai souvent éprouvé un sentiment de nostalgie chaque fois que j’entendais dire que les nouveaux diplômés internationaux avaient moins d’obstacles à surmonter pour obtenir leur statut d’infirmière ou d’infirmier autorisé au Canada.

Me faire dire que « je n’étais pas à la hauteur des normes canadiennes » résonnait dans ma tête chaque fois que j’enseignais ou encadrais une infirmière ou un infirmier nouvellement embauché qui n’était même pas au courant des procédures d’évaluation de base, ni en mesure d’identifier certains facteurs pouvant faire passer les signes vitaux au-delà des limites normales.

J’ai continué à postuler dans des hôpitaux au cours des années suivantes, dans l’espoir que mon expérience variée indiquerait enfin aux employeurs ce que je pouvais offrir. On a continué à refuser ou à ignorer mes candidatures.

Des problèmes personnels, familiaux et financiers m’ont empêché de poursuivre ma carrière. Comme l’ancienneté était l’un des facteurs pour faire progresser ma carrière, j’ai fini par quitter l’établissement de soins de longue durée en 2018. Cependant, j’ai pu décrocher un emploi dans un centre de médecine familiale, où j’ai continué à élargir mes compétences et mes connaissances.

J’ai préconisé le dépistage de patients avant que cette étape ne devienne systématique durant la pandémie.

Pendant un certain temps, j’étais décidé à accepter que je ne progresse jamais au-delà du statut d’infirmier auxiliaire, et que je puisse très bien rester dans un cabinet médical jusqu’à ma retraite.

Une pandémie change toute la donne

En 2020, la COVID-19 a bouleversé les fondements du sentiment de normalité de la société. J’ai dû prendre les choses en main et convaincre les médecins et le gestionnaire de la clinique avec lesquels je travaillais de prendre la situation au sérieux.

Adhérant aux pratiques exemplaires, j’ai préconisé le dépistage de patients avant que cette étape ne devienne systématique durant la pandémie. J’ai participé à la modification des infrastructures, en installant des affiches et des barrières, et j’ai réduit le nombre de sièges dans la salle d’attente pour favoriser la distanciation sociale.

J’ai sensibilisé nos réceptionnistes et nos patients à la prévention des infections, et je les ai encouragés à se laver les mains régulièrement et à nettoyer leur espace de travail. Alors que d’autres cliniques ont complètement fermé leurs portes, j’ai incité nos médecins à envisager de faire des évaluations par téléphone chaque fois que c’était possible.

Je me souviens avoir enfilé des gants, une blouse, un masque, un filet à cheveux et des lunettes de protection à l’entrée de notre clinique. Je devais parfois subir des insultes et des moqueries, mais je devais m’affirmer tout en aidant les patients dans la mesure du possible. J’ai pris sur moi de rester à jour et de mettre en œuvre les nouvelles pratiques exemplaires dans la mesure du possible.

Tout ce cirque a duré quelques mois, jusqu’à ce que, début août, une simple question me fasse vaciller. L’établissement de soins où j’avais déjà travaillé m’a demandé si je souhaiterais revenir en tant qu’infirmier gestionnaire. Je me suis assis, abasourdi et dépassé.

Jusqu’à ce moment-là, je croyais que c’était presque un miracle pour un IAA ayant étudié à l’étranger de se voir offrir un tel rôle. Bien que j’aie entendu parler et rencontré des IAA qui occupaient des postes de direction, ils avaient généralement obtenu leur diplôme au Canada ou comptaient des dizaines d’années d’expérience à leur actif.

Je n’ai pas l’intention de parler au nom de tous les autres IFÉ. Après tout, nous avons eu des parcours différents, des antécédents différents et vécu des situations différentes. Toutefois, selon mon parcours personnel, toutes les années de déception et de frustration de m’être fait dire que je n’étais pas assez bon m’ont amené à penser ainsi.

J’étais anxieux et effrayé, bien sûr, car à cette époque, les médias avaient déjà été inondés d’information sur les établissements de soins de longue durée confrontés à des problèmes de personnel et à des épidémies non contrôlées. Il fallait attendre des mois pour avoir accès à des tests de masse, et la possibilité d’un vaccin était encore incertaine. Cependant, je savais au fond de moi que ma réponse à cette nouvelle occasion serait toujours un « OUI » retentissant.

La possibilité d’utiliser mes connaissances, mes compétences et mon expérience en tant qu’infirmier pour aider les résidents et le personnel des centres de soins de longue durée était quelque chose que je savais pouvoir faire et que j’avais le devoir de faire. Je ne pense pas l’avoir su à l’époque, mais le fait d’être proactif en milieu clinique et d’apprendre à être plus patient avec les clients frustrés et vocaux étaient une excellente préparation au nouveau parcours que j’allais entreprendre. Enfin, j’avais devant moi une étape importante, soit une occasion de m’épanouir en tant qu’infirmier.

Mener par l’exemple

Alors qu’il s’agissait d’un contrat temporaire, assumer le rôle d’infirmier gestionnaire a été une expérience à la fois très enrichissante et de grande humilité.

L’enseignement a toujours été ma passion et j’ai toujours perçu comme une occasion, plutôt qu’un fardeau, le fait de contribuer au perfectionnement des infirmières et infirmiers novices et de faire ressortir le meilleur d’eux-mêmes afin qu’ils puissent fournir de meilleurs soins aux clients.

C’était aussi une période importante pour soutenir les étudiants en soins infirmiers et les nouveaux diplômés. En raison des restrictions liées à la pandémie, beaucoup d’entre eux n’ont pas eu la chance de travailler dans un véritable environnement clinique avant leur dernier semestre. Alors que la situation était hors de leur contrôle, ils ont eu très peu l’occasion de pratiquer et d’offrir des soins au chevet des malades. Cette situation a également accru la frustration de leurs aînés et de leurs précepteurs, qui étaient déjà aux prises avec une charge de travail accrue.

J’étais maintenant en mesure d’aider à combler le fossé entre le personnel infirmier actuel et la prochaine génération, et je n’allais pas laisser passer cette chance. J’ai également eu l’occasion d’être l’un des premiers infirmiers de notre pays, et de notre établissement, à être vacciné. L’expression « mener par l’exemple » prend tout son sens ici.

À l’instar de la clinique, la résidence de soins de longue durée devait innover pour se conformer aux nouvelles directives, notamment en définissant le processus de dépistage, d’évaluation et de visite, tout en travaillant avec l’infrastructure existante.

Dans l’ensemble, mon rôle s’est avéré difficile, mais il m’a permis d’évoluer. Petit à petit, j’ai pris confiance en mes capacités. Après les mots d’encouragement de mes supérieurs, du personnel et des clients, j’ai décidé qu’il était temps pour moi de tenter à nouveau ma chance pour devenir infirmier autorisé.

Mon contrat a pris fin en mai 2022 et, pour des raisons personnelles, j’ai déménagé au Nouveau-Brunswick. Je suis maintenant porteur de l’inspiration nouvellement trouvée que je peux en faire plus, et que j’ai le devoir d’en faire plus.

Le combat contre la COVID-19 n’est pas encore terminé. Aujourd’hui plus que jamais, à un moment où de nombreux membres de la profession sont sur le point d’abandonner, je dois être à la hauteur.


Carlo Mikhail L. Magno, IAA, est un infirmier formé à l’étranger, né aux Philippines, qui a travaillé en soins primaires et en soins de longue durée à Toronto de 2014 à 2022.
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