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Atténuer l’usure de compassion chez le personnel infirmier durant et après la pandémie de COVID 19

  
https://www.canadian-nurse.com/blogs/cn-content/2022/09/26/mitigating-compassion-fatigue-covid-19

Un hôpital trouve la bonne combinaison d’initiatives pour mobiliser son personnel infirmier

Par Parveena Mann, Kendra L. Rieger et Barbara Astle
26 septembre 2022
istockphoto.com/portfolio/IvanZastavetskyi
Pour assurer la santé et le bien être des infirmières et infirmiers qui fournissent des soins directs durant cette pandémie mondiale, ou de ceux qui doivent faire face à ses séquelles, comme le traitement des soins retardés, il est essentiel de connaître l’usure de compassion et les stratégies fondées sur des données probantes pour atténuer ses effets néfastes.

Messages à retenir

  • L’usure de compassion est un état psychologique souvent ignoré, mais très répandu, chez le personnel infirmier. Elle se caractérise par l’épuisement mental, physique et émotionnel résultant de la prise en charge de personnes souffrant d’un traumatisme ou d’une souffrance.
  • Selon les chercheurs, plusieurs stratégies fondées sur des données probantes peuvent être utilisées pour réduire les conséquences de l’usure de compassion, notamment des stratégies positives d’autogestion des soins, des compétences en gestion du stress, des activités de pleine conscience et de méditation, ainsi que la formation et la sensibilisation à la santé mentale.
  • Il est crucial que les infirmières et infirmiers soient en mesure de reconnaître les symptômes de l’usure de compassion qu’ils peuvent ressentir et d’avoir recours à des stratégies particulières fondées sur des données probantes pour en atténuer les effets et favoriser leur résilience.

Il est essentiel de comprendre l’usure de compassion, compte tenu de tout ce que les infirmières et infirmiers cliniques peuvent traverser durant une pandémie mondiale. L’Organisation mondiale de la Santé (OMS) a déclaré que 2020 serait l’année internationale des sages‑femmes et du personnel infirmier, pourtant personne n’aurait pu prévoir ce que cette année nous réserverait.

En mars 2020, l’OMS (2020) a déclaré que le nouveau virus COVID‑19 était une pandémie mondiale, menant à de brusques changements dans la façon dont le personnel infirmier fournit des soins. En tant qu’infirmières et infirmiers travaillant durant la pandémie, nous pouvons nous souvenir d’avoir ressenti un stress et une peur alors que nous en apprenions chaque jour davantage sur ce virus.

Le personnel infirmier et les autres travailleurs en soins directs devaient relever des défis liés à la possibilité de contracter et de propager le virus sans le savoir, à des problèmes liés à l’équipement de protection individuelle (ÉPI) inadéquat, à des changements fréquents de politiques et d’interventions et à l’isolement de la famille et des amis.

Dans un récent sondage, Statistique Canada a indiqué que 70 % des travailleurs de la santé ont perçu une baisse ou une détérioration de leur état mental durant la pandémie de COVID‑19. Alors qu’il est évident que le personnel infirmier est plus vulnérable, maintenant plus que jamais, à la manifestation de divers troubles psychologiques, on rapporte que ces problèmes sont souvent négligés, sous‑déclarés ou non reconnus en milieu de travail (Kelly, 2020).

Pour assurer la santé et le bien‑être des infirmières et infirmiers qui fournissent des soins directs durant cette pandémie mondiale, ou de ceux qui doivent faire face à ses séquelles, comme le traitement des soins retardés, il est essentiel de connaître l’usure de compassion et les stratégies fondées sur des données probantes pour atténuer ses effets néfastes.

Qu’est‑ce que l’usure de compassion?

On rapporte que les infirmières et infirmiers courent un risque beaucoup plus élevé de développer des troubles psychologiques, comme l’usure de compassion, en raison de la nature empathique et interprofessionnelle de la pratique infirmière (Kelly, 2020).

Le terme « usure de compassion » est apparu il y a trente ans et faisait référence à une conséquence du stress lié au travail chez le personnel infirmier et les autres professionnels du domaine paramédical (Xie et coll., 2020). Ce terme a toutefois été redéfini et est souvent désigné comme le « coût de la prise en charge des autres ou de leur douleur émotionnelle, résultant du désir de soulager la souffrance d’autrui » (Ruiz‑Fernandez et coll., 2020, p. 4322).

Il est essentiel de comprendre l’usure de compassion.

Plus précisément, l’usure de compassion est définie comme étant la « perte aiguë d’énergie émotionnelle et physique de soi et envers le travail, en plus d’une capacité entravée de fournir des soins empreints de compassion aux patients qui souffrent » [traduction libre] (Sullivan et coll., 2019, p. 338).

L’usure de compassion a des effets néfastes sur le bien‑être physique, mental, spirituel et émotionnel des infirmières et infirmiers et influence la qualité des soins que reçoivent les patients. La plupart des infirmières et infirmiers trouvent probablement déconcertant le fait que « le haut risque [d’usure de compassion] varie de 28,57 % à 44,8 % chez les infirmières et infirmiers psychiatriques », faisant écho à sa forte prévalence au sein de la profession infirmière (cité par Xie et coll., 2020, p. 1).

Les infirmières et infirmiers qui risquent le plus de souffrir d’usure de compassion sont ceux qui ont vécu des épisodes avec des patients qui ont souffert de traumatismes dans le passé, qui ont des limites émotionnelles floues avec les patients, qui n’ont pas de soutien adéquat de la part de la direction, qui ont des stratégies d’autogestion des soins limitées et qui comptent moins de cinq ans d’expérience de pratique clinique (Berger et coll., 2015; Ruiz-Fernandez et coll., 2020).

Il est clair que l’usure de compassion est répandue chez le personnel infirmier et peut avoir des effets néfastes sur la pratique, mais elle ne fait pas souvent l’objet de discussion ni n’est reconnue.

Stratégies fondées sur des données probantes pour atténuer les effets d’usure de compassion

S’il est impératif pour les infirmières et infirmiers de comprendre le concept d’usure de compassion et de pouvoir en distinguer les symptômes courants, il est encore plus vital pour eux de comprendre les diverses stratégies fondées sur des données probantes qu’ils peuvent utiliser pour en réduire l’occurrence et les séquelles.

Les infirmières et infirmiers doivent être en mesure d’agir et de combattre avec diligence les effets de l’usure de compassion. Cependant, pour que des changements à long terme et durables se produisent, il faut un changement systématique sur les plans micro, méso et macro.

Les problèmes structurels fondamentaux, comme le financement des soins de santé, les ratios adéquats d’infirmières ou infirmiers par rapport au nombre de patients, les milieux de travail sûrs et le financement supplémentaire pour la formation en soins infirmiers, doivent être résolus pour que le taux d’usure de compassion chez le personnel infirmier diminue, plutôt que de se contenter de combattre ses effets. Ce n’est qu’à cette condition que le personnel infirmier pourra travailler dans un milieu de travail vraiment sain et, par conséquent, être moins susceptible d’éprouver l’usure de compassion. Les chercheurs ont aussi dégagé diverses stratégies fondées sur des données probantes que les infirmières et infirmiers peuvent utiliser dans leur vie quotidienne pour réduire les répercussions de l’usure de compassion et favoriser leur propre résilience. Ces stratégies fondées sur des données probantes sont les suivantes :

  • Mettre en pratique des stratégies positives d’autogestion des soins et des aptitudes d’adaptation. Il peut s’agir de se prêter régulièrement à des passe‑temps et à des activités salutaires, comme l’exercice, le yoga, la tenue d’un journal, les arts et l’artisanat. Il est aussi impératif de maintenir un système de soutien sain et de privilégier l’équilibre entre la vie professionnelle et la vie personnelle (Berger et coll., 2015; Finley et Sheppard, 2017; Flarity et coll., 2016). En outre, il est important de participer à diverses possibilités pédagogiques précisément liées au maintien de sa propre santé mentale et de son bien‑être (Flarity et coll., 2016; Sullivan et coll., 2019). Il peut s’agir de s’inscrire à des séminaires et à des ateliers visant à favoriser la santé mentale du personnel infirmier en lui offrant une formation sur divers sujets et en proposant des techniques de gestion du stress.
  • Participer à des activités de méditation et de pleine conscience. Des chercheurs ont constaté que certaines interventions de pleine conscience augmentaient les taux de satisfaction en matière de compassion et réduisaient les pointages d’usure de compassion (Delaney, 2018; Duarte et Pinto-Gouveia, 2016). Ces conclusions indiquent que la pratique d’activités de pleine conscience peut être considérablement salutaire pour la santé et le bien‑être globaux du personnel infirmier. Les activités de pleine conscience peuvent prendre la forme de quelques minutes de respiration profonde à la pratique intentionnelle de la pleine conscience pendant une activité, comme le lavage de mains. Quelle que soit l’activité de pleine conscience, il est important de demeurer dans le moment présent et de se concentrer uniquement sur les sensations physiques de l’activité à laquelle on se livre. Ce n’est qu’ainsi que l’on peut pratiquer la véritable pleine conscience.

En plus des stratégies que les infirmières et infirmiers peuvent employer, les chercheurs ont également identifié des mesures particulières que les gestionnaires peuvent utiliser pour soutenir davantage le bien‑être du personnel infirmier et, en fin de compte, atténuer les effets de l’usure de compassion. Ces stratégies fondées sur des données probantes sont les suivantes :

  • Offrir des possibilités de formation axées sur des stratégies permettant de faire face aux réalités de la pratique infirmière et de la gestion du stress. Plusieurs chercheurs ont constaté que les ateliers pédagogiques sur l’usure de compassion étaient salutaires pour le personnel infirmier, car ils améliorent leur satisfaction quant à la compassion, augmentaient leurs connaissances et leur sensibilisation à cet état et amélioraient leur compréhension des stratégies fondées sur des données probantes qui finissaient par améliorer leurs pointages d’épuisement au fil du temps (Flarity et coll., 2016; Sullivan et coll., 2019). Il est recommandé que des ateliers pédagogiques visant précisément à accroître la sensibilisation à l’usure de compassion soient systématiquement intégrés au milieu de travail, non seulement pour le personnel existant, mais aussi pour les infirmières et infirmiers nouvellement diplômés pendant leur orientation.
  • Faire en sorte que les ressources existantes et les mesures de soutien liées au bien‑être et à la santé mentale des infirmières et infirmiers soient à leur disposition et facilement accessibles. À cet effet, on peut leur faire connaître les services de counseling existants et en faire la promotion, les avantages sociaux à l’intention des employés et les coordonnées des divers services de soutien. Comme nous l’avons mentionné précédemment, malgré le fait que l’usure de compassion soit très répandue dans la profession infirmière, elle est souvent négligée et non reconnue en milieu de travail. Par conséquent, en faisant connaître les ressources de soutien existantes au personnel, on entame la conversation en vue de promouvoir la santé mentale du personnel infirmier (Kelly, 2020).
L’usure de compassion peut avoir des répercussions importantes sur la santé physique, émotionnelle et spirituelle du personnel infirmier.

Répercussions et conclusion

Le personnel infirmier est souvent confronté aux expériences traumatisantes passées de leurs patients, à des épisodes pénibles ou violents avec des patients, et à des charges de travail de plus en plus lourdes, ce qui peut les rendre vulnérables à l’usure de compassion et susceptibles d’en souffrir. Au cours des deux dernières années, les infirmières et infirmiers ont dû faire face à de nouvelles épreuves en raison de la pandémie mondiale, ce qui les a placés dans des situations exceptionnelles où ils étaient confrontés à des « décisions éthiques et morales de grande portée », les rendant encore plus vulnérables et susceptibles d’éprouver de la détresse psychologique (Ruiz-Fernandez et coll., 2020, p. 4322).

Compte tenu des facteurs de stress supplémentaires auxquels les infirmières et infirmiers sont maintenant confrontés, il est impératif qu’ils comprennent avec précision le concept d’usure de compassion, qu’ils soient en mesure d’identifier les signes précoces de cet état, ainsi que d’agir et d’avoir recours à des stratégies fondées sur des données probantes pour réduire ses graves répercussions. Si nous n’agissons pas, nous mettrons la vie du personnel infirmier ainsi que celle des patients en péril.

Selon la littérature récente, l’usure de compassion peut avoir des répercussions importantes sur la santé physique, émotionnelle et spirituelle du personnel infirmier et, par conséquent des séquelles sur la pratique infirmière, les patients et le public en général. Par exemple, il a été signalé que l’usure de compassion peut entraîner une hausse des taux d’épuisement professionnel chez les infirmières et infirmiers, un taux de rotation élevé du personnel et une diminution de la productivité en milieu clinique (Berger et coll., 2015).

En plus des répercussions directes de l’usure de compassion sur le personnel infirmier, elle peut aussi entraîner « des soins déficients aux patients, de l’insensibilité et de l’indifférence envers les patients et les collègues, des erreurs médicales, de piètres issues pour les patients et une faible satisfaction chez les patients », mettant clairement en évidence les répercussions graves de l’usure de compassion sur le bien‑être général du personnel infirmier, la qualité des soins aux patients et les coûts pour l’organisation [traduction libre] (Berger et coll., 2015, p. 12).

Les chercheurs ont découvert que la mise en œuvre de stratégies fondées sur des données probantes, qu’il s’agisse de pratiquer une activité de pleine conscience ou d’assister à un atelier pédagogique sur les interventions d’autogestion des soins, aide les infirmières et infirmiers à réduire leur état de détresse psychologique, ainsi qu’à augmenter leurs pointages de satisfaction en matière de compassion (Delaney, 2018; Sullivan et coll., 2019). Des stratégies à niveaux multiples qui ciblent les préoccupations personnelles, interpersonnelles et structurelles sont nécessaires.

Bien que les stratégies personnelles, telles que celles énumérées ci‑dessus, soient cruciales, il est aussi important que les gestionnaires fassent en sorte que l’environnement de travail soit positif et favorable et que la santé et le bien‑être de leur personnel soient au premier plan.

La mise en pratique de ces stratégies fondées sur des données probantes serait extrêmement salutaire pour le personnel infirmier, mais elle permettrait aussi d’améliorer la qualité des soins offerts aux patients, de réduire le taux global d’attrition du personnel infirmier et de créer un milieu de travail plus favorable.

Une étude récente a révélé que la recrudescence des symptômes affectant la santé mentale du personnel infirmier durant la pandémie de COVID‑19 peut avoir des incidences considérables sur la qualité des soins offerts aux patients, indiquant la nécessité de formuler de nouvelles politiques sur les soins de santé visant à prévenir, détecter et traiter les troubles de santé mentale au sein de la profession (Havaei et coll., 2022). Ces conclusions soulignent davantage l’effet positif que la prise en charge des troubles de santé mentale, tels que l’usure de compassion, peut avoir sur la qualité des soins que les patients reçoivent et sur la sécurité générale du public.

Références

Berger, J., Polivka, B., Smoot, E.A. et Owens, H. « Compassion fatigue in pediatric nurses », Journal of Pediatric Nursing, 30(6), 2015, p. 11–17. doi:10.1016/j.pedn.2015.02.005

Delaney, M.C. « Caring for the caregivers: Evaluation of the effect of an eight-week pilot mindful self-compassion (MSC) training program on nurses’ compassion fatigue and resilience », PloS One, 13(11), 2018. doi:10.1371/journal.pone.0207261

Duarte, J. et Pinto‑Gouveia, J. « Effectiveness of a mindfulness-based intervention on oncology nurses’ burnout and compassion fatigue symptoms: A non-randomized study », International Journal of Nursing Studies, 64,2016, p. 98–107. doi:10.1016/j.ijnurstu.2016.10.002

Finley, B.A. et Sheppard, K.G. « Compassion fatigue: Exploring early-career oncology nurses’ experiences », Clinical Journal of Oncology Nursing, 21(3), 2017, p. E61–E66. doi:10.1188/17.CJON.E61-E66

Flarity, K., Nash, K., Jones, W. et Steinbruner, D. « Intervening to improve compassion fatigue resiliency in forensic nurses », Advanced Emergency Nursing Journal, 38(2), 2016, p. 147–156. doi:10.1097/TME.0000000000000101

Havaei, F., Tang, X., Smith, P., Boamah, S.A. et Frankfurter, C. « The association between mental health symptoms and quality and safety of patient care before and during COVID-19 among Canadian nurses », Healthcare, 10(2), 2022, p. 314. doi: 10.3390/healthcare10020314

Kelly, L. « Burnout, compassion fatigue, and secondary trauma in nurses: Recognizing the occupational phenomenon and personal consequences of caregiving », Critical Care Nurse, 43(1), 2020, p. 73‑80. doi:10.1097/CNQ.0000000000000293

Organisation mondiale de la Santé. (2020). Allocution liminaire du Directeur général de l’OMS lors du point de presse sur la COVID‑19, 11 mars 2020. Organisation mondiale de la Santé. https://www.who.int/fr/director-general/speeches/detail/who-director-general-s-opening-remarks-at-the-media-briefing-on-covid-19---11-march-2020

Ruiz-Fernandez, M.D., Ramos‑Pichardo, J.D., Ibanez‑Masero, O., Cabrera‑Troya, J., Carmona‑Rega, M.I. et Ortega‑Galan, A.M. « Compassion fatigue, burnout, compassion satisfaction and perceived stress in healthcare professionals during the COVID-19 health crisis in Spain », Journal of Clinical Nursing, 29, 2020, p. 4321–4330. doi:10.1111/jocn.15469

Sullivan, C.E., King, A.R., Holdiness, J., Durrell, J., Roberts, K.K., Spencer, C., Roberts, J. . . . Mandrell, B.N. « Reducing compassion fatigue in inpatient pediatric oncology nurses », Oncology Nursing Forum, 46(3), 2019, p. 338–347. doi:10.1188/19.ONF.338-347

Xie, W., Wang, J., Okoli, C.T.C., He, H., Feng, F., Zhuang, L., Tang, P., . . . Jin, M. « Prevalence and factors of compassion fatigue among Chinese psychiatric nurses: A cross-sectional study », Medicine, 99(29), 2020, e21083. doi:10.1097/MD.0000000000021083


Parveena Mann, inf. aux. aut., M. Sc. inf., est infirmière de chevet à l’hôpital Surrey Memorial.
Kendra L. Rieger, inf. aut., Ph.D., est professeure agrégée à l’Université Trinity Western et est chercheuse à Michael Smith Health Research BC.
Barbara Astle, inf. aut., Ph.D., est professeure et directrice du programme de maîtrise en sciences infirmières à l’Université Trinity Western.
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