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Les réactions négatives n’empêcheront pas Birgit Umaigba de plaider en faveur d’une plus grande équité et d’une plus grande diversité dans les soins de santé

  
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Elle est déterminée à faire en sorte que le Canada recueille et publie des données sur la race dans le domaine des soins de santé

Par Laura Eggertson
8 avril 2024
Ian Patterson
« J’ai toujours eu de l’admiration pour ce que faisait le personnel infirmier, explique Birgit Umaigba. J’aime le fait de pouvoir entrer dans la chambre d’une patiente ou d’un patient et d’en changer l’environnement, de la rendre propre, de lui donner de la lumière et de la vie pendant les 12 heures de mon quart de travail. C’est une grande source de satisfaction pour moi. »

Dans une culture hiérarchique des soins de santé qui attend du personnel infirmier de suivre les ordres et de soutenir le statu quo, Birgit Umaigba se distingue par son militantisme sans concession.

Cette infirmière autorisée d’origine nigériane s’est attiré la faveur de plus de 70 000 personnes sur Twitter, maintenant X, au début de la pandémie de COVID-19, lorsqu’elle a souligné le manque d’équipement de protection individuelle et plaidé en faveur de congés de maladie rémunérés pour le personnel infirmier et les autres travailleuses et travailleurs du secteur de la santé.

Elle a été récompensée pour son leadership, notamment par le Prix Doris Anderson décerné par le magazine Châtelaine en 2022 pour « avoir fait entendre la voix du personnel infirmier canadien en première ligne des soins en période de pandémie ».

Lorsque Birgit Umaigba a attiré l’attention, dans ses messages sur les médias sociaux, sur le nombre disproportionné de patients racialisés dans les unités de soins intensifs atteints de la COVID et qu’elle a dénoncé le racisme dans les soins de santé, ses commentaires ont suscité des réactions négatives.

Ses messages lui ont coûté des emplois, des amitiés et des possibilités de postes de direction, dit-elle.

« J’ai défendu le personnel infirmier. Je continue à le faire, explique Birgit Umaigba. Mais mes activités de plaidoyer doivent être adaptées à la population blanche pour qu’on m’aime. Pour que je sois acceptée. »

Menaces en ligne

Enseignante clinique et professeure à temps partiel au Collège Centennial, ainsi qu’infirmière pour une agence de placement de la région du Grand Toronto, Birgit Umaigba ne dévoile pas son adresse exacte ni les hôpitaux où elle travaille en raison des menaces en ligne et du racisme auxquels elle a été confrontée.

Ces menaces ne l’ont pas empêchée de plaider en faveur d’une plus grande diversité dans la pratique infirmière et dans l’ensemble des soins de santé ni d’étouffer sa détermination à mettre en évidence les liens entre le manque de diversité et les soins aux patients.

« Chaque fois que l’on me confie une patiente ou un patient noir, je fais attention au type de soins que j’offre, dit-elle. Je dis toujours aux gens : il n’y a pas d’études qui démontrent que les Blancs meurent de façon disproportionnée à cause des soins qu’ils reçoivent des Noirs. Mais il y a tellement de recherches qui montrent que les Noirs meurent à cause des soins qu’ils reçoivent des Blancs. »

La recherche sur la race est un domaine qui intéresse particulièrement Birgit Umaigba, qui a obtenu son baccalauréat en sciences infirmières à l’Université York et dans le cadre de l’ancien programme de collaboration du Collège Seneca. Elle est également titulaire d’une maîtrise en éducation de l’Université York et poursuit son doctorat à l’Université Queen’s.

Le manque de données sur la race au Canada signifie qu’il n’est pas possible d’évaluer l’incidence du racisme systémique sur la santé ou l’équité sociale, dit-elle. Elle a subi les conséquences de ce manque de données à la fois en tant qu’infirmière et en tant que patiente.

Besoin de données sur la race

« Nous ne pouvons pas faire un suivi, dit-elle. J’ai fait deux fausses couches qui, d’après mon expérience, étaient uniquement attribuables au manque de connaissances sur l’expérience des femmes noires en matière d’accouchement. Mais il n’y a pas de données permettant de savoir ce qui s’est passé, de sorte qu’il n’y aura jamais de solutions adaptées. »

« On ne peut s’attaquer à ce qu’on ne peut nommer. »

Birgit Umaigba est résolue à remédier à ce manque de données. Sa thèse de doctorat portera sur les expériences d’accouchement des femmes noires au Canada.

De nombreux établissements de santé, collèges et universités du Canada ont de « belles déclarations d’inclusion, constate Birgit Umaigba. Cependant, peu d’entre eux ont une représentation et une inclusion importantes dans leurs échelons supérieurs, y compris dans les conseils d’administration, explique-t-elle.

Bien qu’elle aime son travail d’infirmière de chevet, en particulier lorsque sa présence aide les patients noirs à se sentir plus à l’aise, Birgit Umaigba aimerait également avoir l’occasion d’assumer un rôle de direction ou de supervision au sein d’un hôpital. Mais elle ne veut pas qu’on l’embauche pour devenir un symbole.

Les membres du personnel infirmier noirs, autochtones et racialisés ne sont pas bien représentés dans les domaines spécialisés parce qu’on ne les encourage pas à poursuivre ce type d’activité, dit-elle.

« Cela se résume au type de leadership dans le domaine des soins infirmiers, qui est généralement blanc », explique Birgit Umaigba.

Actuellement, elle se sent bien soutenue par l’équipe de direction où elle travaille, selon un de ses messages.

« Je travaille avec l’une des meilleures gestionnaires de toute ma carrière. Je me sens écoutée, vue et valorisée. Elle a réussi à constituer une équipe diversifiée et continue à favoriser un environnement de travail positif où les contributions des membres du personnel sont reconnues ».

Ce soutien a joué un rôle dans sa décision récente de refuser un poste de direction en soins infirmiers où elle aurait été la seule personne noire de l’équipe.

« Ne me dites pas qu’il y a inclusion ou appartenance quand j’en suis la seule représentante ici, dit-elle. J’en avais assez d’être la seule personne noire dans une équipe. Je refuse d’être un symbole. »

S’exprimer librement

Le fait de travailler comme infirmière d’agences et d’accepter des contrats à court terme a permis à Birgit Umaigba de s’exprimer librement et de poursuivre ses activités de plaidoyer, ce qu’elle ne pouvait pas faire dans le cadre d’un emploi à temps plein à l’hôpital, dit-elle.

Même sa signature de courriel était trop controversée pour une superviseure de l’hôpital, dit Umaigba. Cette dernière lui a demandé de supprimer la description qu’elle faisait d’elle-même en tant que « défenseure de l’équité en matière de santé ».

Pourtant, Birgit Umaigba ne recule devant rien. Elle est convaincue que rien ne changera tant que le Canada ne recueillera pas ni ne publiera pas de données sur la race, en particulier dans le système de soins de santé, et tant que les membres du personnel infirmier noirs, autochtones et racialisés ne disposeront pas de moyens sûrs pour signaler la façon dont le racisme les affecte.

En attendant, elle puise son espoir auprès des infirmières et infirmiers qui s’expriment et des alliés qui les soutiennent.

L’un de ces alliés est un collègue médecin qui a récemment pris un jour de congé pour l’accompagner et la soutenir lorsqu’elle a déposé un grief concernant les soins sous-optimaux qu’elle a reçus dans les urgences des hôpitaux lors de ses fausses couches.

« J’ai reçu beaucoup de soutien, de reconnaissance et de prix, et on m’a également ouvert des portes d’une autre façon, déclare Birgit Umaigba. J’ai des collègues fantastiques qui me soutiennent et sont très patients. »

Ce soutien lui permet de tenir bon, tout comme l’amour de son mari, de sa sœur, de son neveu et de sa fille de 12 ans, avec qui elle aime voyager et jouer à des jeux de société lorsqu’elle ne travaille pas ou n’étudie pas.

Éliminer le racisme

Sa fille est l’une des raisons pour lesquelles Birgit Umaigba continue de militer en faveur d’une société plus juste et plus équitable, en particulier dans le milieu des soins de santé. Elle a récemment co-rédigé un éditorial demandant au gouvernement fédéral d’adopter la prestation canadienne pour les personnes handicapées, citant le lien entre l’invalidité chronique et l’insécurité des revenus.

« Nous pouvons mettre fin à la pauvreté des personnes handicapées et aux souffrances inutiles de tant d’entre elles », insiste Birgit Umaigba.

Birgit Umaigba souhaite que sa fille grandisse dans une société qui valorise tout le monde, qu’il s’agisse de patients ou de fournisseurs de soins de santé. Elle est animée par la même compassion et le même désir d’aider que ceux qui l’ont amenée à devenir infirmière lorsque, à l’âge de 11 ans, elle a vu une infirmière s’occuper de sa meilleure amie mourante.

« J’ai toujours eu de l’admiration pour ce que faisait le personnel infirmier, explique Birgit Umaigba. J’aime le fait de pouvoir entrer dans la chambre d’une patiente ou d’un patient et d’en changer l’environnement, de la rendre propre, de lui donner de la lumière et de la vie pendant les 12 heures de mon quart de travail. C’est une grande source de satisfaction pour moi. »

Elle sera encore plus satisfaite lorsqu’elle sera convaincue que tous les patients recevront les mêmes excellents soins et que les membres du personnel infirmier noirs, autochtones et radicalisés seront bien représentés dans tous les couloirs du pouvoir dans les établissements de soins de santé et au-delà.

« La pratique infirmière est une belle profession, si seulement nous pouvions éliminer le racisme dans son intégralité », fait remarquer Birgit Umaigba.


Laura Eggertson est journaliste indépendante à Wolfville, en Nouvelle-Écosse.

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