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« Forte comme deux personnes » : En parlant la langue de ses patients, une infirmière autochtone occupe un rôle crucial dans les soins

  
https://www.canadian-nurse.com/blogs/cn-content/2022/11/14/strong-like-two-people

Le profil de Lianne Mantla-Look, infirmière qui parle la langue Tłı̨chǫ, est le premier d’une série en plusieurs partie.

Par Laura Eggertson
14 novembre 2022
Photo de Tessa Macintosh
Des membres de la famille servent souvent d’interprètes aux patients autochtones dont la langue maternelle n’est pas l’anglais et qui n’ont pas accès au personnel infirmier, aux médecins et à d’autres fournisseurs de soins de santé, explique Lianne Mantla-Look. Parfois, les membres de la famille dissimulent délibérément de l’information. Lorsqu’elle ne travaille pas comme infirmière dans sa communauté, Lianne Mantla-Look adore passer du temps avec sa fille Finnigan, âgée d’un an, et son mari Kyle.
Note de la rédaction : Dans un article Questions et réponses en quatre parties débutant la semaine prochaine, Lianne Mantla-Look fournira un aperçu candide et de première main de son expérience en tant qu’infirmière autochtone travaillant dans le Nord.

Le fait de pouvoir parler Tłı̨chǫ (prononcé tli-cho ou tlee-cho) distingue Lianne Mantla-Look des autres infirmières autochtones. Parce qu’elle est capable de parler la langue traditionnelle de son peuple tout en offrant des services de soins de santé modernes, elle dit incarner la philosophie Tłı̨chǫ qui consiste à être « forte comme deux personnes ».

Le jour où un membre de la famille d’un aîné déné gravement malade lui a dit que son équipe médicale le brancherait sur un appareil pour le soigner si son cœur s’arrêtait, Lianne Mantla-Look a réalisé le rôle essentiel qu’elle jouait en tant qu’infirmière qui parle la langue de ses patients.

L’aîné, qui ne parlait que Tłı̨chǫ, comptait sur un membre de sa famille pour interpréter les explications du médecin allochtone sur la planification préalable des soins et les directives de fin de vie.

Mais plutôt que d’expliquer les risques et les conséquences de la ventilation et de la réanimation cardio-respiratoire (RCR), le membre de la famille essayait de convaincre l’aîné de consentir à des mesures de soins globales, même si les possibilités de survie étaient minces.

Lianne Mantla-Look, qui est aussi Tłı̨chǫ, savait que l’aîné ne pouvait pas donner un consentement éclairé. Il lui manquait des renseignements essentiels.

Nulle part dans la conversation, le médecin n’a dit : « Si nous procédons à toutes ces mesures, nous sauverons votre vie et vous pourrez rentrer chez vous », se souvient Lianne Mantla-Look.

Lianne Mantla-Look s’est entretenue avec le médecin à l’écart. Elle lui a expliqué la situation et lui a conseillé de faire appel à un interprète médical.

Consentement éclairé

Avec un interprète dans la salle, le médecin a répété son explication. Ce n’est qu’alors que l’aîné a pu se faire une idée précise de son état, ce qui lui a donné assez d’information pour signer un formulaire de consentement.

Des membres de la famille servent souvent d’interprète aux patients autochtones dont la langue maternelle n’est pas l’anglais et qui n’ont pas accès au personnel infirmier, aux médecins et à d’autres fournisseurs de soins de santé, explique Lianne Mantla-Look.

Parfois, les membres de la famille dissimulent délibérément de l’information. Ils se sentent pressés ou sont réticents à transmettre de mauvaises nouvelles. Ils ne veulent pas bouleverser leur parent ou leur aîné, ou lui faire perdre espoir.

« C’est tellement contraire à l’éthique, dit Lianne Mantla-Look. Je sais qu’ils n’agissent pas par méchanceté… ils ne réalisent tout simplement pas la gravité de ce qu’ils font. »

L’expérience de Lianne Mantla-Look avec l’aîné et sa famille n’est qu’une des raisons pour lesquelles elle souhaite sensibiliser la communauté médicale à l’importance de la langue et de la culture dans le domaine des soins de santé.

« Je crains toujours qu’une grande quantité d’information se perde en cours de traduction », dit-elle.

Ayant grandi à Behchokǫ̀, la plus importante communauté des Premières Nations des Territoires du Nord-Ouest, Lianne Mantla-Look a appris l’anglais comme deuxième langue. La plupart des familles parlaient Tłı̨chǫ; et beaucoup d’entre elles, comme la sienne, dépendaient de la pêche et de la chasse traditionnelles pour survivre.


La semaine prochaine — Questions et réponses (partie 1) : Questions et réponses (partie 1) : En tant qu’infirmière autochtone, avez-vous été confrontée au racisme?


Première dans la région

Elle n’avait aucun modèle autochtone; aucune infirmière des Premières Nations ne travaillait dans la communauté, située à une heure de route au nord-ouest de Yellowknife. Cependant, lors de ses emplois d’été au centre de santé communautaire, Lianne Mantla-Look a pu constater l’importance du personnel infirmier. Cette connaissance l’a motivée à devenir la première personne Tłı̨chǫ de sa région à devenir infirmière.

Maintenant âgée de 41 ans, Lianne Mantla-Look a passé près de 20 ans à travailler en pédiatrie, en médecine générale et en soins pulmonaires dans des hôpitaux de Yellowknife et d’Edmonton, et comme infirmière en santé communautaire à Behchokǫ̀.

Souvent, elle était la seule infirmière autochtone pendant un quart de travail, ou l’une des rares, comme elle l’était pendant ses cours en soins infirmiers au Collège Aurora à Yellowknife et dans ses cours menant à l’obtention de son baccalauréat en sciences infirmières à l’Université de l’Alberta.

« Même aujourd’hui, alors qu’on parle de réconciliation, nous [les infirmières autochtones] ne sommes pas si nombreuses », explique Lianne Mantla-Look.

Elle adore être infirmière en santé communautaire, où elle peut avoir recours à ses compétences en pratique avancée et connaître les patients plus personnellement qu’en milieu hospitalier. Les patients qu’elle affectionne sont les aînés, qu’elle a pour la plupart connus dans son enfance.

Le fait de travailler avec les aînés dans leur propre langue crée un climat de confiance et permet à Lianne Mantla-Look de recueillir les antécédents des patients de manière plus approfondie et en moins de temps qu’avec un interprète, dit-elle.

Surmonter les obstacles

Le fait que Lianne Mantla-Look parle Tłı̨chǫ encourage également les patients à se confier à elle sur leurs problèmes de santé, ce qu’ils tardent à faire avec les médecins et les membres du personnel infirmier allochtones, ajoute-t-elle. Ces fournisseurs de soins de santé sont souvent de passage, et les patients hésitent à s’investir dans ces relations. Il faut parfois des mois pour qu’ils révèlent l’étendue de leurs problèmes de santé.

Avoir la langue en commun fait tomber ces barrières, comme avec l’un des premiers patients que Lianne Mantla-Look a vu lorsqu’elle est retournée à Behchokǫ̀ en 2012.

Une aînée à l’air nerveux était assise dans la salle d’attente lorsque Lianne Mantla-Look est arrivée et l’a convoquée dans la salle d’examen.

Avant que Lianne Mantla-Look ne puisse se présenter, l’aînée a demandé, dans son anglais limité, d’avoir un interprète à sa disposition.

« J’ai dit en Tłı̨chǫ : Pourquoi avez-vous besoin d’un interprète? Je peux très bien vous comprendre », se souvient Lianne Mantla-Look.

L’état de choc de l’aînée s’est transformé en rire. Lorsque Lianne Mantla-Look a prononcé les noms de ses parents et grands-parents, la forme habituelle de présentation en Tłı̨chǫ, l’aînée s’est détendue. Elle a alors pu expliquer pourquoi elle avait demandé à voir une infirmière ce jour-là.

À la fin de l’examen, l’aînée a serré la main de Lianne Mantla-Look.

L’aînée lui a dit : « Je suis si heureuse qu’une infirmière Tłı̨chǫ travaille ici » se souvient Lianne Mantla-Look, qui se targue qu'il s'agissait de son meilleur jour de travail à cet endroit.

Passer de fournisseur à patiente

Lianne Mantla-Look connaît aussi l’importance de la confiance envers les relations de soins de santé grâce à son expérience en tant que patiente. À l’âge de 34 ans, elle a reçu un diagnostic de cancer de l’estomac.

Elle attribue à la confiance qu’elle a accordée à son chirurgien, qui a insisté pour répéter les biopsies afin d’être certain du diagnostic, le fait d’avoir détecté son cancer à un stade précoce et de lui avoir sauvé la vie.

« Heureusement, mon chirurgien était extraordinaire, tout comme son équipe. Ils m’ont toujours tenue au courant et m’ont donné les chiffres réels de mes résultats de laboratoire. Ils me parlaient comme à une collègue, ce que j’ai vraiment apprécié », exprime-t-elle.

Maintenant rétablie du cancer, Lianne Mantla-Look est actuellement en congé parental. Elle aime passer du temps avec sa fille Finnigan, âgée d’un an, son mari Kyle et leurs chats Mouse et Cheese.

L’arrivée du bébé a été une heureuse surprise, car Lianne Mantla-Look et son mari Kyle craignaient qu’une grossesse ne soit impossible en raison du diagnostic de cancer et des interventions chirurgicales qui ont suivi.

« Aujourd’hui, j’en suis à près de sept ans sans cancer. Mon chirurgien m’encourage simplement à vivre ma vie et à profiter des moments avec mon bébé. »

Bien que Lianne Mantla-Look ait « détesté » être patiente, sa propre crise de santé a renforcé son empathie pour ses patients, dit-elle. Elle a canalisé ses expériences professionnelles et personnelles en siégeant à des comités de mobilisation des patients pour le territoire pour plaider davantage dans l’intérêt de ses patients.

« Je trouve que c’est un grand privilège, dit-elle. Si je peux aider les gens de ma région à naviguer dans le système de soins de santé, j’aurai alors le sentiment d’avoir fourni les meilleurs soins possibles. Si je peux simplifier le processus pour eux, je sentirai alors que j’ai bien fait mon travail. »
Laura Eggertson est journaliste indépendante à Wolfville, en Nouvelle-Écosse.
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