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Le besoin de soins axés sur le patient l’emporte parfois sur les possibilités d’apprentissage des étudiants

  
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Une étudiante s’inspire d’une récente hospitalisation pour réfléchir aux pratiques d’apprentissage courantes

Par Natasia Varieur
22 août 2022
Gracieuseté de Natasia Varieur
Au cours de son troisième semestre à la faculté des sciences infirmières, Natasia Varieur est devenue subitement malade. « Avant mon expérience en tant que patiente, je pensais que les apprenants avaient leur place dans toutes les situations. Je pense maintenant que nous ne devons pas ajouter l’inexpérience des soignants à la grande détresse des patients », dit elle.

En tant qu’étudiante en soins infirmiers, il est naturel de vouloir saisir toutes les occasions d’acquérir des aptitudes cliniques pendant les stages pédagogiques limités. Qui ne voudrait pas tenter une nouvelle intervention pour la première fois sous l’œil attentif d’un membre du personnel infirmier chevronné? En raison de la nature intense de la faculté des sciences infirmières et du nombre considérable de compétences à maîtriser au cours d’une période relativement courte, de nombreux étudiants effectuent des interventions pour la première fois sur de « vrais » patients. Cette démarche est une excellente façon d’apprendre et, jusqu’à récemment, je ne m’étais pas arrêtée pour réfléchir à cette pratique courante.

Gracieuseté de Natasia Varieur
« J’ai choisi de parler de mon expérience à l’hôpital pour défendre les patients qui se trouvent dans des situations semblables, ainsi que les soignants qui ont le sentiment qu’ils doivent effectuer des interventions même lorsqu’ils sont mal à l’aise de le faire », déclare Natasia Varieur.

Ce n’est que lorsque j’ai passé trois semaines à l’hôpital comme patiente que j’ai réalisé qu’il y a un moment et un lieu pour apprendre et un moment et un lieu pour faire passer les besoins des patients en premier.

Hospitalisée de façon inattendue et gravement malade

J’étais à mi chemin de mon troisième semestre à la faculté des sciences infirmières lorsque je suis devenue subitement malade. Lorsque je suis entrée dans le service des urgences, il ne m’est jamais venu à l’esprit que je serais hospitalisée pendant des semaines, clouée au lit.

Pendant mon séjour à l’hôpital, j’ai subi de nombreux examens invasifs de la part de membres du personnel infirmier et de médecins, des sondes urétérales et des cathéters sus-pubiens à demeure, des biopsies sous anesthésie, d’innombrables examens, des perfusions intraveineuses et de nombreuses interventions invasives dont je n’avais entendu parler que dans mes manuels. Tout au long du processus, j’étais non seulement anxieuse, mais aussi en proie à une douleur physique extrême. J’ai fait l’expérience directe d’une patiente gravement malade, soignée par des professionnels à la fois expérimentés et inexpérimentés, et cette épreuve a changé ma perspective sur le rôle des étudiants qui interagissent avec des patients présentant des cas difficiles.

Manifestement, de nombreuses tâches ne requièrent pas d’aptitudes pratiques et peuvent être exécutées par tout clinicien sur n’importe quel patient. La plupart du temps, un étudiant en apprentissage est approprié et apte à contribuer positivement aux soins du patient. Toutefois, je crois maintenant que lorsqu’un patient est dans un état d’extrême malaise ou qu’il atteint le seuil de tolérance décrit, certaines tâches devraient être confiées aux cliniciens comptant une expérience solide.

Lors de ma récente admission, la politique de l’hôpital consistait à former son personnel en jumelant un technicien novice en prise de sang à un superviseur chevronné afin de lui prêter main-forte en cas de besoin. Plusieurs de ces équipes m’ont fait des prises de sang au cours de mon hospitalisation et, malgré ma maladie grave et mon seuil de douleur de base élevé, on a toujours demandé à l’apprenant de d’abord tenter de faire la prise de sang. Chaque fois, je savais que l’étudiant allait manquer ma veine, mais je me sentais impuissante à faire quoi que ce soit. J’ai également subi cette épreuve lors de l’insertion de mon intraveineuse, et le processus d’apprentissage a ralenti l’administration de mes médicaments, ce qui a accru ma détresse.

Avec le recul, j’ai l’impression d’avoir été soumise à une souffrance inutile pour le simple bienfait des apprenants, alors qu’en fait, les étudiants ont perdu confiance en leurs compétences à mesure qu’ils étaient témoins de ma détresse. Il était clair pour moi qu’aucun de nous ne tirait parti de cette expérience, et qu’elle avait lieu uniquement parce que c’était la politique de l’hôpital. En raison de ma maladie aiguë et de mon seuil de douleur, l’étudiante et moi même aurions aimé que l’infirmière chevronnée termine immédiatement l’intervention afin d’éviter une aggravation de mon malaise et un retard dans l’administration des liquides et des médicaments, ainsi que de la prise en charge de la douleur.

Je comprends le difficile équilibre entre le confort d’un patient et l’importance de l’apprentissage par la pratique.

En tant qu’étudiante moi même, je peux ressentir de l’empathie pour les apprenants et imaginer à quel point cette situation m’aurait mise mal à l’aise si j’avais été à leur place. Je pense que la méthode employée à l’hôpital fonctionne bien dans presque toutes les situations, mais qu’elle devrait être réévaluée dans le cas des patients gravement malades et de ceux qui ne sont pas en mesure de s’exprimer. Bien que les étudiants doivent généralement participer aux soins des patients, je ne pense pas que chaque situation soit un moment approprié pour l’apprentissage, et le niveau de détresse du patient doit être évalué.

Chaque patient a droit à des soins optimaux

Je n’avais pas conscience de la profondeur et des répercussions de mon hospitalisation sur mon état d’esprit jusqu’à ce que je prodigue des soins pour la première fois à une patiente qui ne pouvait s’exprimer verbalement dans le cadre d’un stage clinique. La patiente était atteinte du syndrome de Down et nécessitait des soins personnels le matin pour l’aider à se préparer pour la journée. C’était la première fois que je travaillais avec elle et mon partenaire étudiant et moi étions légèrement anxieux à l’idée de s’occuper de cette patiente en raison de son manque de mobilité et de son incapacité à communiquer avec nous. À mi chemin de notre intervention, la patiente a commencé à trembler et à pleurer, et comme nous n’étions pas familiers avec ses signaux non verbaux, nous avons pris la décision de demander de l’aide de notre instructrice. Toutes les trois, nous avons pu travailler de concert pour préparer la patiente pour la journée, qui semblait satisfaite à la fin de l’intervention.

Alors que je tenais la main de la patiente, j’ai commencé à avoir d’intenses rétroactions de mon séjour à l’hôpital, lorsque j’avais subi un traumatisme physique et mental, et j’ai ressenti une profonde empathie pour cette patiente. Je me suis sentie tellement soulagée que nous ayons demandé de l’aide, car j’avais appris comme patiente à l’hôpital à ne jamais supposer que l’on peut connaître le seuil de tolérance d’une personne.

Par la suite, mon instructrice nous a informés que cette patiente pleurait souvent même lorsque tout était fait correctement. J’en étais soulagée, mais les sentiments que j’ai éprouvés pendant cette expérience resteront gravés dans ma mémoire et me rappelleront que chaque patient a droit aux meilleurs soins possibles et qu’il est de mon devoir de me tenir à l’écart si je ne suis pas en mesure de les fournir. Je pense que mon séjour à l’hôpital m’a rendu plus à l’aise de demander de l’aide, et j’espère que le fait de parler de mon expérience encouragera les autres à faire de même.

Un équilibre difficile à trouver

En tant qu’étudiante en soins infirmiers, je comprends le difficile équilibre entre le confort d’un patient et l’importance de l’apprentissage par la pratique. Je sais à quel point les expériences cliniques sont essentielles pour former des infirmières et infirmiers compétents, aptes et compatissants. Les soins axés sur le client est le sceau de notre profession, et acquérir cette technique exige de la pratique. Pour cette raison, les étudiants peuvent avoir l’impression qu’ils doivent toujours prodiguer des soins dans des situations cliniques pour acquérir de l’expérience. Cet état d’esprit découle de la pression de notre profession et de la méthode d’apprentissage par la pratique, qui fonctionne bien dans la plupart des situations.

Toutefois, les étudiants en sciences infirmières peuvent se voir placer dans la situation inconfortable de tenter des interventions avec lesquelles ils ne sont pas à l’aise. Aucun de ces soignants ne veut causer de détresse à ses patients, mais ils ressentent les pressions d’un environnement au rythme rapide et des pratiques courantes en soins infirmiers. Je crois maintenant que cette méthode d’apprentissage peut être préjudiciable dans certains cas, par exemple avec des patients en grande détresse. Je crois aussi que les étudiants doivent travailler avec des clients pouvant accepter leur inexpérience et leurs erreurs potentielles et s’exprimer lorsque nécessaire.

Avant mon expérience en tant que patiente, je pensais que les apprenants avaient leur place dans toutes les situations. Ma maladie et mon séjour à l’hôpital ont modifié ma perspective. Je pense maintenant que nous ne devons pas ajouter l’inexpérience des soignants à la grande détresse des patients. Le personnel infirmier a le devoir de mettre en priorité les besoins de ses patients d’abord, notamment en faisant passer le confort et la sécurité des patients avant notre propre apprentissage.

Je suis tellement reconnaissante d’avoir bénéficié de soins d’une telle qualité pendant mon hospitalisation. L’accès à des soins de santé sûrs, gratuits et fondés sur des données probantes est un privilège que nombre de personnes dans le monde ont désespérément besoin, mais ne sont pas en mesure de recevoir. Toutefois, bien que le personnel infirmier qui se soit occupé de moi était excellent, il est toujours possible de faire mieux.

J’ai choisi de parler de mon expérience à l’hôpital pour défendre les patients qui se trouvent dans des situations semblables, ainsi que les soignants qui ont le sentiment qu’ils doivent effectuer des interventions même lorsqu’ils sont mal à l’aise de le faire. Je souhaite que les autres infirmières et infirmiers comprennent le fardeau que les étudiants et les apprenants peuvent imposer à un patient déjà fragile et qu’ils modifient leurs gestes en conséquence. Les patients ont le droit de s’exprimer lorsqu’ils atteignent leur limite personnelle, et à ce moment là, tout doit être fait pour réduire au minimum la douleur et l’anxiété. Lorsque les patients sont incapables de défendre eux mêmes leurs droits, nous devons faire tout notre possible pour lire leurs signaux non verbaux et réagir en conséquence.

Les étudiants et les membres du personnel infirmier ne doivent pas hésiter à demander de l’aide lorsqu’ils s’occupent de patients très malades qui vivent une grande détresse. Ce n’est pas un échec de se tenir à l’écart et de permettre à un autre professionnel de réaliser certaines tâches ou de demander des éclaircissements sur la façon de faire quelque chose. Les pratiques infirmières évoluent au fur et à mesure des nouvelles découvertes et recherches. Nous nous efforçons constamment de nous améliorer afin de mieux soutenir nos patients.

De mon hospitalisation découle le souhait de faire part de mon expérience du point de vue d’une patiente et étudiante. J’ai eu l’occasion unique de vivre les deux côtés de la médaille et mes perceptions et opinions sur les pratiques infirmières courantes ont évolué. En tant que membres du personnel infirmier, nous sommes en mesure d’éviter la souffrance tout simplement en évaluant nos propres capacités et en décidant si c’est le moment d’apprendre ou le moment de se tenir à l’écart.


Natasia Varieur est étudiante en sciences infirmières à l’Université de Calgary. Elle s’est maintenant rétablie et est heureuse d’avoir repris ses études.


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