Blog Viewer

La réalité « dévastatrice » de ce qui se passe lorsque les patients sont contraints de se rendre dans des services d’urgence surchargés

  
https://www.canadian-nurse.com/blogs/cn-content/2023/10/23/patients-forced-into-overcrowded-emergency

Voici comment nous pouvons faire mieux et offrir les bons soins au bon endroit

Par Ashley Woytuik
23 octobre 2023
istockphoto.com/FrazaoStudio
Des soins appropriés au bon endroit et au bon moment, pour tous les patients, peuvent avoir une énorme influence en ce qui concerne les résultats pour les patients, la qualité des soins, la satisfaction du personnel infirmier à l’égard des soins qu’il fournit et la satisfaction des patients à l’égard des soins qu’ils reçoivent.

Vous êtes au mauvais endroit. Ce n’est pas de votre faute si vous vous retrouvez aux urgences. J’ai entendu cette histoire un million de fois : les cliniques sont fermées, vous n’avez pu obtenir un rendez-vous avec un fournisseur de soins primaires en trois semaines, vous avez tenté de consulter un médecin et on vous a dit de plutôt venir directement ici, vous avez appelé le fournisseur provincial de télésanté et on vous a dit de venir aux urgences immédiatement.

Maj Jose (Maj Photography)
« Nous devons repenser les systèmes de soins de santé en mettant vraiment l’accent sur les patients. Ce qui signifie que les systèmes doivent tenir compte des patients et des résultats, et non pas de ce qui est bon uniquement pour les fournisseurs de soins », déclare Ashley Woytuik.

Vous n’êtes pas le problème, et nous allons absolument vous recevoir. C’est juste que vous devrez patienter dans la salle d’attente plusieurs heures avant votre tour. Je comprends toute votre frustration. Je partage vos frustrations et j’ai quelques idées sur la façon d’améliorer la situation.

La détresse morale à laquelle les infirmières et infirmiers sont confrontés lorsqu’ils font patienter les clients dans des salles d’attente surpeuplées est vraiment dévastatrice. Les nouvelles nous le rappellent partout : en juillet 2022, un homme est mort dans la salle d’attente de l’urgence à Fredericton; en août 2021, un homme a fait un arrêt cardiaque soudain dans une salle d’attente de Winnipeg; et en décembre 2022, une mère de 37 ans est morte dans un hôpital de Nouvelle-Écosse après avoir attendu pendant plus de six heures avec des douleurs atroces. Les urgences sont devenues le soutien des soins de santé, ce qui n’est ni sûr, ni durable.

À la faculté de sciences infirmières, on apprend à mettre en pratique les huit droits de l’administration des médicaments : le bon patient, le bon médicament, la bonne dose, la bonne voie d’administration, le bon moment, la bonne documentation, la bonne raison et le droit de refuser. Nous mettons en pratique ces droits avec diligence pour chaque patient, quel que soit l’empressement ou le chaos qui règne. Les politiciens et les décideurs se doivent d’appliquer ces mêmes droits aux services d’urgence, sans délai.

Des soins appropriés au bon endroit et au bon moment, pour tous les patients, peuvent avoir une énorme influence en ce qui concerne les résultats pour les patients, la qualité des soins, la satisfaction du personnel infirmier à l’égard des soins qu’il fournit et la satisfaction des patients à l’égard des soins qu’ils reçoivent. Nous avons constaté ce revirement de situation au plus fort de la pandémie de COVID-19 : les patients effectuaient des visites virtuelles avec des médecins de soins primaires ou des infirmières ou infirmiers praticiens pour des problèmes non urgents (soins appropriés), et certaines urgences permettaient au triage d’orienter les patients vers d’autres fournisseurs de soins (bon endroit). Mais les services d’urgence doivent aussi s’occuper de patients qui se voient refuser des soins ailleurs, soit des fournisseurs de soins primaires qui refusent de recevoir une patiente souffrant d’un mal de gorge ou des cliniques de santé mentale qui ne peuvent pas recevoir un patient parce qu’il a le nez qui coule. Où allaient ces patients? Directement aux urgences.

Lorsqu’un hôpital atteint sa pleine capacité, les urgences s’occupent du débordement. Lorsque les services manquent de personnel, les patients hospitalisés attendent aux urgences. Lorsqu’un patient a besoin d’un service spécialisé ou de soins qu’un établissement en milieu rural ne peut pas offrir, il est transféré dans un établissement urbain et devient un autre patient des urgences. Lorsqu’un patient excède son niveau actuel de soins d’assistance ou devient difficile à prendre en charge dans un établissement de soins de longue durée, il se rend aux urgences et vous l’aurez deviné, il est admis et attend au service d’urgence. Chong, Haywood, Barker et Lim (2013) ont noté qu’un séjour prolongé à l’urgence se traduisait par un séjour plus long dans le service d’hospitalisation. Plus un patient reste longtemps dans un lit d’hôpital, plus les autres patients doivent attendre longtemps à l’urgence. Le problème se nourrit de lui-même.

Recommandations

Nous devons repenser les systèmes de soins de santé en mettant vraiment l’accent sur les patients. Ce qui signifie que les systèmes doivent tenir compte des patients et des résultats, et non pas de ce qui est bon uniquement pour les fournisseurs de soins.

Veiller à ce que les Patients se sentent valorisés par le système de santé

Le temps d’un patient est tout aussi important que celui du personnel infirmier ou d’un médecin. Nous obligeons les patients à se présenter des heures à l’avance pour une chirurgie, une consultation ou un rendez-vous en sachant qu’ils devront attendre parce qu’un médecin ne peut pas recevoir six ou huit personnes à la fois. L’efficacité du système est axée sur la rapidité à laquelle un médecin peut voir un patient et passer au suivant. Le système fonctionne bien à cet égard. Cependant, les problèmes logistiques qu’un patient peut avoir à surmonter – travail, garde d’enfants, déplacements – pour être présent à ce rendez-vous peuvent être énormes. Le fait d’indiquer l’heure réelle d’arrivée et de rendez-vous et de faire en sorte que les patients arrivent au bon moment pour recevoir le bon traitement témoigne du respect que l’on porte au patient.

Concevoir un modèle de prestation de services dans lequel les soins primaires sont valorisés par rapport aux soins spécialisés

La médecine familiale est grandement sous-estimée en faveur de spécialités plus idolâtrées, telles que la chirurgie, l’orthopédie et la pédiatrie. L’étendue des connaissances d’un médecin de famille est indispensable. Le gouvernement et les établissements d’enseignement doivent reconnaître et encourager ce type de pratique afin qu’elle devienne la spécialité la plus recherchée, ce qui permettrait d’augmenter le nombre de personnes s’orientant vers la médecine familiale et de former davantage de médecins en soins primaires.

Améliorer l’accès aux soins de santé virtuels

D’énormes progrès ont été réalisés lorsque la COVID-19 a frappé, ce qui était prometteur. L’infrastructure Internet doit suivre le rythme, mais avec la bonne configuration, on peut changer la donne pour les communautés isolées et les populations rurales, qui peuvent tout à coup accéder à des soins primaires sans se déplacer. Le fait que les patients doivent quitter leur communauté, pour se rendre en voiture ou en avion dans une ville, séjourner dans un hôtel ou se rendre dans une clinique pour qu’un médecin passe 10 minutes avec eux (voir la première recommandation) démontre que les patients ne sont pas la priorité du système. Les gouvernements et les administrateurs ont dû tirer parti des services virtuels durant la récente pandémie et en faire la norme courante pour la prestation de soins de santé, plutôt que de forcer les gens à aller au-devant des soins de santé.

Renforcer la sensibilisation publique

Les organisations provinciales doivent faire mieux pour encourager le public à éviter les urgences pour des affections qui ne sont pas des urgences. Les médecins de famille et les fournisseurs de soins primaires doivent enseigner aux patients à quoi s’attendre lorsqu’ils sont malades, plutôt que de les envoyer aux urgences pour une prise de sang « rapide » ou un prélèvement. Le public doit savoir que pour continuer à avoir accès à des soins de santé sûrs et de haute qualité, il doit être responsable de son utilisation judicieuse et avisée. Nous ne pouvons plus nous permettre que les urgences soient le soutien d’un système de santé défaillant.

Nous vous invitons donc à vous asseoir dans la salle d’attente. Tous nos espaces de soins sont actuellement occupés. Soyez patients avec nous. Nous jonglons avec de nombreuses priorités en ce moment. Nous  sommes terrifiés à l’idée que quelque chose de grave arrive à l’un ou l’une d’entre vous et que nous ne soyons pas à votre disposition à temps. Nous partageons vos frustrations. Nous vous promettons que nous nous occuperons de vous dès que possible.

Référence

Chong, C. P., Haywood, C., Barker, A. et Kwang Lim, W. « Is emergency department length of stay associated with inpatient mortality? » Australasian Journal on Ageing, 32(2), 2013, p. 122–124.


Ashley Woytuik, inf. aut., B. Sc. inf., est la coordonnatrice clinique du service d’urgence de l’hôpital régional de Grande Prairie. Elle est membre active du service communautaire assumant de multiples fonctions professionnelles de direction dans divers organismes.

#opinions
#santécommunautaire
#politiquessanitaires
#soinsàdomicile
#relationpersonnelinfirmier-patients
#soinsauxpatients
#expériencedespatients

0 comments
15 views

Connectez-vous pour laisser un commentaire