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Barbara Campbell estime que la nouvelle collaboration entre l’Alberta Association of Nurses et l’AIIC renforce le soutien et les ressources destinés à la profession
Par Vanessa Van Bewer
29 juin 2026
Gracieuseté de Barbara Campbell
C’est par l’entremise de votre association que vous pouvez vous faire entendre, explique Barbara Campbell, qui a pris sa retraite plus tôt cette année après 40 ans en pratique infirmière. « Je pense que les infirmières et infirmiers peuvent trouver du soutien auprès de leur association provinciale et nationale. L’union fait la force. » La prise de conscience que la défense de ses propres intérêts est essentielle à la santé et au mieux-être du personnel infirmier est le moteur qui anime le soutien apporté par Barbara Campbell au nouveau partenariat entre l’Alberta Association of Nurses (AAN) et l’Association des infirmières et infirmiers du Canada (AIIC).
Note de la rédaction : Cet article aborde le thème des traumatismes et le suicide. Si vous avez des pensées d’automutilation ou de suicide, n’hésitez pas à demander de l’aide bienveillante et sans jugement en composant le 9-8-8 : ligne d’aide en cas de crise de suicide.
La première fois que Barbara Campbell est restée silencieuse, c’était le jour où son infirmière en chef lui a annoncé qu’une amie et collègue infirmière était décédée la nuit précédente, victime de violence conjugale.
C’était le 28 juillet 1986, et Barbara Campbell venait d’obtenir son diplôme en soins infirmiers; elle n’était pas encore habituée aux traumatismes qui caractérisent souvent la profession infirmière.
Elle a absorbé la nouvelle et a repris ses fonctions dans la salle de réanimation de l’hôpital de Winnipeg où elle travaillait.
« Je n’ai pas dit un mot, se souvient-elle. Je pensais que ma responsabilité, d’abord et avant tout, était envers mon travail. »
Barbara Campbell a été particulièrement bouleversée par le meurtre de son amie Alice Jones, car la veille de sa mort, celle-ci lui avait demandé si elle pouvait venir chez elle.
Fatiguée et craignant que sa maison ne soit en désordre, Barbara Campbell a refusé.
La deuxième fois qu’elle s’est tue, c’était pendant la grève des infirmières au Manitoba en 1990-1991. Barbara Campbell, qui avait commencé à travailler dans un autre hôpital, avait été désignée comme travailleuse essentielle. Elle était tenue de rester à son poste tandis que ses collègues faisaient le piquet de grève.
Une nuit, alors qu’elle peinait à s’occuper de 31 patients, deux personnes sont décédées pendant son quart de travail.
« Je n’oublierai jamais ces deux hommes », dit-elle.
La troisième fois que Barbara Campbell n’a pas osé s’exprimer, c’était le jour où elle s’est endormie au volant, épuisée après un quart de travail de nuit en oncologie à l’hôpital Saint-Boniface pendant la grève. Elle a fait une sortie de route dans un fossé, évitant de justesse une collision frontale avec un camion de livraison de lait venant en sens inverse.
Miraculeusement indemne, Barbara Campbell est rentrée chez elle, s’est occupée de ses enfants, a dormi quelques heures, puis est partie pour son quart de travail suivant.
La quatrième fois que Barbara Campbell a caché sa douleur, c’était après avoir déménagé à Calgary et qu’elle travaillait comme infirmière en oncologie pédiatrique. Les membres de la famille d’un petit garçon dont elle s’était rapprochée pendant ses traitements lui ont demandé de les soutenir à leur domicile alors que l’enfant de quatre ans était en train de mourir.
Bien qu’elle sût qu’elle traversait une période difficile sur le plan émotionnel après le décès de cet enfant, Barbara Campbell est retournée au travail comme si de rien n’était.
Un traumatisme enfoui
Le fait d’avoir enfoui ces traumatismes accumulés a conduit Barbara Campbell à une dépendance alimentaire. Vers la fin de l’année 2010, elle se sentait sur le bord du suicide.
« Ma façon de faire face à la situation était de manger, explique-t-elle. On en sait tellement plus aujourd’hui sur les neurosciences et la dépendance au sucre, mais à l’époque où je traversais cette épreuve, je pensais que je perdais la tête. C’était le seul moyen que j’avais trouvé pour tenir le coup. »
Ce n’est qu’après avoir joint un programme de rétablissement en 12 étapes en mars 2011 que Barbara Campbell a pris conscience des effets des traumatismes qu’elle avait subis et a compris l’importance de défendre ses propres intérêts.
« Ce parcours de guérison, dit-elle, est le moment où je me suis vraiment réveillée et où j’ai commencé à parler de ce qui s’était passé dans ma jeunesse, lorsque j’étais infirmière. »
Des communautés solidaires
La prise de conscience que la défense de ses propres intérêts est essentielle à la santé et au mieux-être du personnel infirmier est le moteur qui anime le soutien apporté par Barbara Campbell au nouveau partenariat entre l’Alberta Association of Nurses (AAN) et l’Association des infirmières et infirmiers du Canada (AIIC).
En mai 2025, l’AIIC a annoncé de nouveaux modèles d’adhésion et l’AAN est devenue sa toute première organisation affiliée. Les membres de l’AAN deviendront désormais automatiquement membres de l’AIIC, ce qui leur donnera accès à des avantages tels que des occasions de perfectionnement professionnel, des efforts de plaidoyer et des communautés de pratique nationales solidaires.
Barbara Campbell, maintenant âgée de 62 ans, espère que ce nouveau partenariat entre les deux associations incitera davantage d’infirmières et d’infirmiers de l’Alberta à adhérer à ces associations. Elles placent les besoins des infirmières et infirmiers au cœur de leur mission et offrent à leurs membres un espace sûr pour nouer des contacts, apprendre et défendre leurs intérêts, dit-elle.
Barbara Campbell a été syndicaliste toute sa vie et a occupé pendant 10 ans des fonctions de direction au sein d’un syndicat, plus récemment en tant que représentante de district pour United Nurses of Alberta. Son syndicat fait de son mieux pour soutenir les membres souffrant d’épuisement professionnel et de fatigue de compassion, mais les syndicats se concentrent principalement sur la négociation collective, qui constitue leur mandat principal, précise-t-elle.
Les associations sont les mieux placées pour apporter le soutien et les ressources dont les infirmières et infirmiers ont besoin pour s’épanouir, ajoute-t-elle.
C’est par l’entremise de votre association que vous pouvez vous faire entendre, explique Barbara Campbell, qui a pris sa retraite plus tôt cette année après 40 ans en pratique infirmière. « Je pense que les infirmières et infirmiers peuvent trouver du soutien auprès de leur association provinciale et nationale. L’union fait la force. »
En analysant son propre passé tout au long de son rétablissement, Barbara Campbell a fini par comprendre son comportement dans le contexte d’un milieu de travail et d’une culture professionnelle qui dévalorisaient les besoins individuels des membres du personnel infirmier.
Par conséquent, nombre d’infirmières et d’infirmiers se sentent épuisés, à bout de forces et incapables de s’exprimer dans leur propre intérêt, explique-t-elle. Elles ou ils peuvent avoir du mal à fixer des limites et s’en sentent par la suite coupables, ajoute-t-elle.
« Pourquoi nous sentons-nous si inaptes à faire entendre notre propre voix alors que nous sommes capables de le faire pour défendre les intérêts des autres? », demande-t-elle.
« Nous défendons les intérêts de nos patients, nous défendons nos intérêts dans le cadre de la recherche, nous défendons la santé et la sécurité, et nous sommes des personnes très éloquentes et professionnelles. Mais quand il s’agit de nous-mêmes, nous y perdons au change. »
Selon Barbara Campbell, une partie du problème réside dans le manque de formation, pendant les études en soins infirmiers, sur la façon de faire part de ses préoccupations à la haute direction et aux collègues, et sur la façon de s’exprimer pour soi-même.
« Il faut apprendre à s’exprimer et à défendre nos propres intérêts », dit-elle.
Se tourner vers les associations
Même si chaque infirmière ou infirmier doit défendre ses propres intérêts, souligne Barbara Campbell, les associations peuvent cerner les problèmes communs et proposer des solutions.
« Je ne pense pas que les associations puissent résoudre les problèmes individuels, mais je pense qu’elles ont la responsabilité de reconnaître les thèmes récurrents, de trouver et de proposer des formations et des avantages à leurs membres, afin qu’elles et ils se sentent reconnus et puissent ensuite agir par elles-mêmes et eux-mêmes pour sortir de leur impasse » dit-elle.
« J’espère que les infirmières et infirmières feront vraiment appel à leurs associations, tant provinciales que nationales, car je suis convaincue que c’est là qu’elles et ils trouveront le soutien voulu. »
Barbara Campbell reconnaît qu’il existe aujourd’hui davantage de ressources pour les infirmières et infirmiers ayant subi un traumatisme par rapport à ses débuts dans la profession. Elle a par exemple animé un cours en ligne sur la pleine conscience à l’intention des membres du personnel infirmier au plus fort de la pandémie de COVID-19.
Mais trop souvent, les programmes de soutien disponible en milieu de travail ne tiennent pas compte des réalités des quarts de travail en pratique infirmière ni du rythme, ce qui empêche les gens de profiter des ateliers organisés pendant le dîner ou des séances de comptes rendus qui peuvent avoir lieu hors de leurs heures de travail.
Dans son cas, ce n’est que lorsqu’une collègue lui a fait part de ses propres difficultés liées à l’alimentation et aux régimes yoyo que Barbara Campbell a trouvé la force d’assister à une réunion et de reconnaître sa dépendance.
La pensée de ses enfants l’a empêchée de passer à l’acte malgré les pensées suicidaires, et alors qu’elle s’engageait sur la voie du rétablissement, ses pratiques de yoga, de méditation et l’accompagnement personnalisé l’ont convaincue de l’importance d’intégrer le mieux-être dans sa vie quotidienne.
Se « donner pour mission » de résoudre les problèmes
Barbara Campbell commence chaque matin par allumer une bougie, écrire dans son journal et prier. Elle s’efforce d’aller marcher tous les jours, apprend à jouer au pickleball, passe du temps avec ses quatre enfants et ses six petits-enfants et fait du bénévolat avec son mari Rick à leur église.
Barbara Campbell, dont la fille est également infirmière, a vu des infirmières plus jeunes et de jeunes diplômées souffrir d’insomnie et d’anxiété en raison du stress provoqué par un manque de personnel et des exigences accrues.
Au début de cette année, Barbara Campbell a pris sa retraite de son poste d’infirmière spécialisée dans les perfusions auprès de personnes atteintes de cancer et de maladies auto-immunes au South Health Campus de Calgary. Elle prévoit de consacrer sa retraite à explorer les raisons pour lesquelles les membres du personnel infirmier ont du mal à s’exprimer et à trouver des moyens de les aider à donner la priorité à leur mieux-être et à trouver de la joie en milieu de travail.
« Je me suis donné pour mission de résoudre ces problèmes, car je sais à quel point ces difficultés ont été catastrophiques dans ma vie, et qu’elles ont fini par affecter mes relations et mon mariage, » explique-t-elle.
Dans cette optique, Barbara Campbell est en voie d’élaborer un cours sur la communication efficace et prévoit de poursuivre son travail sur la pleine conscience, ainsi que d’animer des ateliers en ligne et en présentiel sur la prière contemplative, les techniques de respiration et le yoga. Ces initiatives découlent du souhait de Barbara Campbell de soutenir ses collègues à toutes les étapes de leur carrière et d’encourager des discussions ouvertes sur le bien-être dans la profession infirmière.
« J’espère aider mes collègues, dit-elle. Je suis passionnée par le mieux-être de chaque personne, mais je suis infirmière, et je me soucie donc de mes collègues, de près ou de loin. »
Laura Eggertson est journaliste indépendante à Wolfville, en Nouvelle-Écosse.
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