https://www.canadian-nurse.com/blogs/cn-content/2026/03/23/health-care-workers-are-not-heroes
Nous sommes des êtres humains et nous portons en nous la souffrance. Prenez le temps de réfléchir. Reconnaissez ce qui pèse sur vous. Trouvez un moyen de vous libérer de ce poids avant qu’il ne vous brise.
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On dit que la profession infirmière est une vocation. Certaines personnes diront que c’est un art. D’autres encore disent que ce n’est qu’un travail. En réalité, c’est une combinaison de tout cela, et bien plus encore.
On entend souvent dire que « les prestataires de soins de santé font preuve de bravoure héroïque ». Mais, en réalité, ce n’est pas le cas.
Nous sommes des êtres humains.
Nous sommes des fils et des filles, des mères et des pères, des amis, des partenaires et des collègues, comme tout le monde. Nous souffrons. Nous ressentons des émotions. Nous pleurons. Nous crions. Nous nous battons. Nous rions. Et d’une façon ou d’une autre, malgré tout, nous tenons bon face à certains des moments les plus sombres que l’humanité produise.
Gracieuseté de Kent Soltys
« En fin de compte, je crois qu’il n’y a pas de meilleur mode de vie que de tenter, chaque jour, d’aider un autre être humain, que ce soit au travail, dans votre communauté, ou simplement dans votre cœur », dit Kent Soltys.
Nous nous tenons à vos côtés lorsque vous tenez la main d’un être cher. Nous travaillons sans relâche pour sauver un enfant, une mère, un père, une amie ou un ami. Nous nous rendons au travail lorsque la température est pitoyable, même lorsqu’il y a une tempête de neige du siècle. Nous nous rendons au travail même lorsque notre propre vie semble s’effondrer discrètement en arrière-plan.
Chaque fois que nous mettons les pieds à l’hôpital, nous apportons le meilleur de ce qu’il nous reste à donner. Nous sourions parfois alors que nous avons vraiment envie de pleurer. D’autres fois, nous pleurons quand nous n’avons plus la force de retenir nos larmes.
La réalité est que nous ne faisons pas preuve de bravoure héroïque. Nous sommes des êtres humains.
Nous offrons des soins en toutes circonstances, à toutes les personnes, dans toutes les situations, peu importe leur identité ou la façon dont elles se présentent à nous. J’ai vu les plus solides d’entre nous s’effondrer, et j’ai vu des personnes qui se croyaient trop faibles, se montrer à la hauteur face à un traumatisme écrasant.
On dit que la profession infirmière est une vocation. Certaines personnes diront que c’est un art. D’autres encore disent que ce n’est qu’un travail. En réalité, c’est une combinaison de tout cela, et bien plus encore.
La plupart d’entre nous qui aspirons à travailler dans ce domaine le fait parce que nous avons un profond désir d’aider. Un désir de prendre soin des personnes oubliées. De réconforter les personnes invisibles. De relever les personnes qui sont tombées. Nous faisons ce travail parce que nous voyons des lueurs d’espoir, même dans les endroits les plus sombres. Parce que nous croyons que même si le monde semble brisé, il y a encore du bon à trouver.
Cet article se veut une voix pour ces personnes, pour celles qui choisissent de rester feutrées dans l’ombre du courage. Il est dédié aux braves qui œuvrent dans l’ombre : les prestataires de soins de santé qui donnent tout ce qu’elles et ils ont pour que quelqu’un d’autre puisse recouvrer la santé.
En tant qu’ancien infirmier à l’urgence, j’ai vu bien des gens arriver dans un état de grande vulnérabilité. Les patients arrivent en morceaux, effrayés, en douleur, ou cherchant désespérément de l’aide. Il peut s’agir de cas de toxicomanie, de douleurs thoraciques, d’une chute grave, ou souffrant de quelque chose qu’ils ne peuvent même pas nommer. Certaines personnes arrivent en ambulance, d’autres se présentent non accompagnées, d’autres sont en compagnie de leur famille ou de leurs amis.
Et en tant que membres du personnel infirmier, nous réagissons.
Nous faisons des évaluations.
Nous apportons du réconfort.
Nous stabilisons l’état des patients.
Nous faisons tout en notre pouvoir pour aider.
Mais l’une des vérités les plus difficiles à accepter en soins de santé est que, parfois, même nos plus grands efforts ne suffisent pas.
Et c’est là que le poids commence à s’installer. Qu’arrive-t-il à celles et ceux d’entre nous qui donnent tout et qui perdent quand même? Qu’arrive-t-il lorsque nous mettons toute notre énergie à sauver quelqu’un, mais que c’est peine perdue? Comment se relever et recommencer? Comment continuer, chambre après chambre, quart après quart, tout en portant le poids de celles et ceux que nous n’avons pas pu sauver?
Qui est là pour aider celles et ceux qui portent secours?
Je ne pose pas ces questions pour provoquer des réactions ou semer la confusion, mais pour mettre en lumière un enjeu que nous abordons rarement : les prestataires de soins de santé ressentent le chagrin. En silence. Constamment. Souvent en solitaire.
Certaines et certains d’entre nous y font face en riant. D’autres pleurent. D’autres encore prennent une respiration, boivent un café et poursuivent leur travail. Mais où se loge ce chagrin lorsque cette pause momentanée ne suffit pas? Beaucoup d’entre nous l’enfouissent au plus profond de leurs entrailles. Mais que se passe-t-il lorsqu’il n’y a plus de place pour contenir cette tristesse?
Qu’en est-il des infirmières ou infirmiers novices qui n’ont aucune idée du poids que ce travail peut représenter? Aucun manuel ne peut les préparer à ce que l’on ressent lorsqu’on absorbe la souffrance d’une autre personne, puis qu’on s’attend à ce qu’elles et ils recommencent le lendemain.
Pour l’infirmière ou l’infirmier novice, pour la ou le prestataire comptant de nombreuses années d’expérience, pour celles et ceux qui se trouvent à mi-chemin, et pour toutes les personnes qui viendront après, voici mon conseil : prenez le temps de réfléchir. Identifiez le poids qui vous accable. Trouvez un moyen de vous en débarrasser avant qu’il ne vous gruge de l’intérieur. Que ce soit en vous confiant à quelqu’un, en explorant un endroit ou en vous adonnant à une activité que vous aimez, peu importe le moyen de vous libérer de ce fardeau, faites ce qui vous donne de la joie.
Car nous ne faisons pas preuve de bravoure héroïque. Nous sommes des êtres humains. Et c’est amplement suffisant.
Nous sommes de belles personnes, compliquées et braves qui, malgré ce que nous portons, nous nous réveillons chaque jour et y mettons tout notre cœur pour aider à soulager la douleur des autres. J’ai rédigé cet article afin de rendre hommage à ces traits. Pour mettre en lumière celles et ceux qui transmettent leur lumière aux autres au nom des soins.
En fin de compte, je crois qu’il n’y a pas de meilleur mode de vie que de tenter, chaque jour, d’aider un autre être humain, que ce soit au travail, dans votre communauté, ou simplement dans votre cœur.
À mes collègues en soins de santé :
Aimez-vous.
Aimez votre vie.
Et n’oubliez jamais que ce ne sont pas les gestes grandioses qui changent des vies. Ce sont les petits actes de gentillesse, les moments de présence et la résilience sereine qui donnent tout son sens à notre travail.
Nous ne faisons pas preuve de bravoure héroïque.
Nous sommes des êtres humains.
Nous faisons preuve de compassion. Nous sommes de bonnes personnes. Nous absorbons la souffrance des autres dans l’espoir de guérir, et nous ressentons cette souffrance, même si ça ne se voit pas de l’extérieur.
Selon moi, ce sont les raisons qui motivent les prestataires de soins de santé à se lever chaque jour, à se présenter au travail et à vivre le cœur grand ouvert dans l’espoir de guérir. Et c’est ce qui nous rend, chacune et chacun, extraordinaire.
Kent Soltys, inf. aut., B. Sc. inf., est infirmier clinicien enseignant et mentor qui travaille et vit sur l’île de Vancouver. Il est aussi un fervent défenseur du soutien et de l’autonomisation du personnel infirmier et des prestataires de soins de santé à chaque étape de leur carrière.
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