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La crise du coût de la vie et la pénurie de main-d’œuvre infirmière mettent en évidence la nécessité de repenser la structure de l’apprentissage
Par Kathy Dinh
5 janvier 2026
istockphoto.com/FrazaoStudioMX
Les étudiantes et étudiants en soins infirmiers contribuent positivement aux soins de santé primaires, en aidant directement aux soins des patients dans le contexte clinique. Il n’y a donc aucune raison justifiant de ne pas les rémunérer pour leur travail.
La plupart des étudiantes et étudiants en soins infirmiers s’inquiètent de leurs finances, et plus de 25 % ont envisagé d’abandonner leurs études ou de changer de programme en raison de difficultés financières. C’est ce que révèle de toute évidence la première enquête canadienne menée auprès de 3 751 étudiantes et étudiants en soins infirmiers à la fin de l’année 2024.
Le sondage révèle aussi que la plupart des étudiantes et étudiants estimaient que les mesures actuelles de soutien financier étaient inadéquates. Plus de 40 % ont déclaré que les difficultés financières avaient une incidence négative importante sur leur santé.
Bien que les stages cliniques non rémunérés soient un problème récurrent auquel s’attaquent les différents syndicats d’infirmières et d’infirmiers, la crise actuelle du coût de la vie et la pénurie de la main-d’œuvre infirmière au Canada soulignent la nécessité impérieuse de repenser la structure de longue date de l’apprentissage de la pratique infirmière.
Dans le cadre de leur formation, les étudiantes et étudiants en soins infirmiers doivent effectuer des stages cliniques dès la première année de leur programme. Le nombre d’heures passées en stage clinique augmente chaque année, pour atteindre un minimum de deux quarts de travail clinique par semaine d’études. Malgré la diminution du nombre d’heures passées en classe et l’augmentation du temps passé à l’hôpital, les droits de scolarité, qui ne comprennent pas le coût des manuels, des certifications, des fournitures, des frais de déplacement et de stationnement (si on possède un véhicule), restent les mêmes.
Bien que les mesures de soutien financier, comme les programmes provinciaux d’aide financière pour les études, puissent couvrir les droits de scolarité, ces mesures ne sont pas suffisantes. Selon Statistique Canada, près de la moitié des Canadiennes et Canadiens craignent de ne pas pouvoir faire face à leurs dépenses quotidiennes en raison de la hausse des prix de la nourriture et du logement en 2024. Les jeunes adultes, en particulier, font état de façon disproportionnée d’un stress financier élevé, qui est en lien avec une qualité de vie moins bonne.
Pour empirer la situation, les stages cliniques en soins infirmiers ne sont pas rémunérés, contrairement à d’autres programmes, tels que les métiers, l’ingénierie ou même les sciences politiques, qui disposent de stages coopératifs, qui offrent une rémunération au moins au salaire minimum . Bien que les étudiantes et étudiants ne choisissent pas la profession infirmière pour l’argent, le fait de n’avoir aucune rémunération pour ces heures de travail clinique rend la gestion des responsabilités liées aux études et à la vie professionnelle et personnelle presque impossibles, entraînant souvent une détresse morale et de l’épuisement professionnel.
Nous ne cacherons pas le fait que le Canada est en proie à une pénurie de main-d’œuvre infirmière. Statistique Canada fait état de 28 700 postes vacants d’infirmières ou d’infirmiers autorisés, dont 56,1 % ayant été des postes vacants à long terme au quatrième trimestre de 2023. En proposant des stages cliniques rémunérés, nous pouvons améliorer le bien-être et le maintien en poste des étudiantes et étudiants en soins infirmiers, ce qui aura des effets positifs à long terme sur notre système de soins de santé. Ces effets comprennent l’atténuation de l’épuisement professionnel, l’amélioration des programmes d’enseignement en sciences infirmières et, en fin de compte, la résolution du problème du nombre croissant de postes vacants.
D’autres pays ont déjà commencé à mettre en œuvre des politiques visant à instaurer des stages cliniques rémunérés. Par exemple, le ministère de l’Éducation de l’Australie a présenté le Bill 2024, qui permet aux étudiantes en soins infirmiers et en pratique sage-femme, depuis le milieu de l’année 2025, de recevoir l’équivalent d’environ 285 $ CA par semaine pendant leurs stages cliniques obligatoires.
Les étudiantes et étudiants en soins infirmiers contribuent positivement aux soins de santé primaires, en aidant directement aux soins des patients dans le contexte clinique. Il n’y a donc aucune raison justifiant de ne pas les rémunérer pour leur travail. Il pourrait y avoir une période d’essai au cours de laquelle les étudiantes et étudiants seraient rémunérés au taux de salaire minimum fédéral de 17,75 $ par heure clinique, et des ajustements pourraient être apportés en fonction des résultats de l’essai.
Nous ne pouvons plus nous permettre d’ignorer la réalité de nombre d’étudiantes et d’étudiants en soins infirmiers qui sont poussés à sacrifier leur bien-être physique et mental en raison du manque de soutien financier. Le moment est venu pour les décideurs politiques d’agir et d’investir dans l’avenir des soins infirmiers.
Kathy (Giang) Dinh, inf. aut., travaille à l’Institut de cardiologie de l’Université d’Ottawa et a récemment obtenu son diplôme dans le cadre du programme de passerelle qu’offre l’Université d’Ottawa en collaboration avec le Collège Algonquin.
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