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Soins infirmiers aux mourants au Canada : un réveil COVID pour nous tous

  
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Quatre mesures à prendre pour acquérir de la confiance en matière de soins de fin de vie

Par Donna M. Wilson & Samantha L. Chan
Juin 27, 2022
istockphoto.com/portfolio/KatarzynaBialasiewicz
Peu de membres du personnel infirmier ont une grande expérience des soins de fin de vie. La pandémie de COVID 19 nous rappelle que la mort et le mourir sont des réalités auxquelles l’ensemble des infirmières et infirmiers doit se préparer.

Le personnel infirmier a toujours pris soin des patients mourants. Certains avanceraient même que les infirmières et infirmiers offrent davantage de soins de fin de vie que tout autre groupe, à l’exception des membres de la famille. Pourtant, la plupart des membres actuels du personnel infirmier ont acquis peu d’expérience concrète en matière de soins de fin de vie.

La pandémie de COVID 19 a changé la donne (Northcott et Wilson, 2021). Des patients de tous les âges meurent de la COVID 19, et ces décès surviennent dans les nombreux établissements où travaille le personnel infirmier.

Les infirmières et infirmiers sont aux prises, souvent pour la première fois, avec des dilemmes éthiques et pratiques entourant la mort, le mourir et les soins de fin de vie. Cet article examine les raisons pour lesquelles le personnel infirmier se sent souvent mal préparé à prendre soin des mourants, et ce que nous pouvons faire afin qu’il gagne en confiance et se sente soutenu dans ses efforts pour que les patients reçoivent les soins de fin de vie dont ils ont besoin.

Contexte

Avant que la COVID 19 ne frappe le Canada, au début de 2020, on assistait à un tournant entamé depuis plusieurs décennies en matière de désinstitutionnalisation de la mort et du mourir. La dernière étude d’envergure, réalisée à partir des données nationales sur les patients hospitalisés, a révélé que seulement 3,5 % de toutes les admissions à l’hôpital au cours de l’année 2014 2015 s’étaient soldées par un décès (Wilson, Shen et Birch, 2017). Cette étude a également montré que 43,7 % de tous les décès survenus au Canada cette année là se sont produits dans un lit d’hôpital.

Étant donné que davantage de décès ont lieu en dehors des hôpitaux, les membres du personnel infirmier en soins à domicile et en soins continus sont plus susceptibles de fournir des soins de fin de vie, soit directement, soit en tant que planificateurs et superviseurs de prestataires de soins au chevet des patients.

Il est crucial d’obtenir du soutien émotionnel, de l’encouragement et de l’aide de la part des collègues infirmiers.

Le lancement des soins palliatifs et de fin de vie partout au Canada, dans les années 1970, puis leur évolution bien accueillie ont également eu un impact sur le personnel infirmier. La responsabilité des patients en phase terminale a incombé de plus en plus souvent aux équipes de soins spécialisés, le personnel infirmier de service général ne participant plus systématiquement à la planification et à l’offre de soins de fin de vie. Pourtant, la plupart des gens ont des besoins relativement élémentaires en fin de vie, comme les soins buccaux, ou liés à l’incontinence, le retournement et le positionnement, un calme réconfort, ainsi qu’un soutien empreint de compassion pour leurs familles endeuillées.

Bien que tous les programmes d’enseignement des sciences infirmières de premier cycle au Canada abordent la fin de vie (Wilson, Goodwin et Hewitt, 2011), les infirmières et infirmiers acquièrent plus généralement des connaissances, des aptitudes et de la confiance en planifiant et en fournissant des soins de fin de vie.

Comment offrir à un plus grand nombre d’infirmières et d’infirmiers la confiance et le soutien nécessaires aux soins de fin de vie?

Même durant cette pandémie, les soins de fin de vie ne font pas partie de la réalité professionnelle de la plupart des infirmières et infirmiers, mais ceux-ci peuvent prendre quatre mesures pour se sentir mieux préparés et plus aptes, maintenant ou à l’avenir, à aider les mourants et leurs familles.

1. Accès aux renseignements nécessaires

Les infirmières et infirmiers doivent pouvoir accéder facilement à de l’information pratique en ligne et sur papier sur les soins de fin de vie. À partir de 2010, la revue infirmière canadienne, à laquelle a accès tout le personnel infirmier au Canada, a publié 17 articles sur les soins palliatifs ou de fin de vie.

Les revues professionnelles pourraient aborder de nombreux autres sujets pour renforcer les connaissances du personnel infirmier sur les soins de fin de vie. Il est particulièrement nécessaire d’offrir des articles qui normalisent la mort et le mourir, une réalité pour chacun d’entre nous. L’article informatif de Morris (2021) sur l’importance de la communication non verbale avec les patients mourants et la nécessité pour les infirmières et infirmiers de prendre soin d’eux en est une bonne illustration.

2. Soutien émotionnel

Prendre soin de patients mourants peut s’avérer difficile, puisque le personnel infirmier est aux prises avec des dilemmes en matière de soins lorsque les mesures à prendre ne sont pas claires pour aider un patient mourant ou qui pourrait mourir à un moment inconnu dans l’avenir. Par ailleurs, des sentiments de tristesse au souvenir de décès antérieurs peuvent aussi ressurgir. Il est crucial d’obtenir du soutien émotionnel, de l’encouragement et de l’aide de la part des collègues infirmiers.

3. Expérience pratique pour la relève étudiante

Les programmes de premier cycle en sciences infirmières doivent aussi veiller à ce que chaque étudiant acquière une expérience pratique des soins de fin de vie avant d’obtenir son diplôme et de se voir confier les soins aux patients. Cette expérience peut s’acquérir dans le cadre de stages cliniques et de séances de simulation. Un apprentissage dirigé pourrait garantir que chaque diplômé ait pris part aux soins de fin de vie et acquis, par conséquent, des connaissances et des compétences de base.

4. Besoin d’équipes spécialisées et de lignes directrices sur les soins

Il est également nécessaire que les équipes spécialisées en soins palliatifs et en soins de fin de vie veillent à ce que des directives cliniques en matière de soins de fin de vie indiquant clairement le moment où les patients doivent être orientés vers des soins spécialisés existent dans tous les établissements de soins. Ces équipes sont également appelées à élaborer des protocoles de base en matière de soins de fin de vie, puis à contribuer à ce que ces protocoles soient largement connus et utilisés.

Conclusion

Peu de membres du personnel infirmier ont une grande expérience des soins de fin de vie. La pandémie de COVID 19 nous rappelle que la mort et le mourir sont des réalités auxquelles l’ensemble des infirmières et infirmiers doit se préparer. Il y a plus de deux ans, l’Organisation mondiale de la Santé déclarait une pandémie mondiale. La commémoration de cet anniversaire devrait nous inciter à nous intéresser de nouveau à l’importance du personnel infirmier dans la planification et l’offre de soins de fin de vie compatissants et efficaces.

Références

Morris, B. « Mon expérience au chevet de nombreux patients mourants m’a appris l’importance de la communication non verbale », infirmière canadienne, 22 février 2021. https://www.infirmiere-canadienne.com/blogs/ic-contenu/2021/02/22/mon-experience-au-chevet-de-nombreux-patients-mour

Northcott, H. C. et Wilson, D. M. Dying and Death in Canada (4e éd.). University of Toronto Press, 2021.

Wilson, D. M., Goodwin, B. L. et Hewitt, J. A. « An examination of death education in introductory nursing programs across Canada », Nursing Research and Practice, 2011, no d’article : 907172. http://dx.doi.10.1155/2011/907172

Wilson, D. M., Shen, Y. et Birch, S. « New evidence on end-of-life hospital utilization for enhanced health policy and services planning », Journal of Palliative Medicine, 20(7), 2017, p. 752-758. http://dx.doi.org/10.1089/jpm.2016.0490


Donna M. Wilson, inf. aut., Ph. D., est professeure à la Faculté des sciences infirmières de l’Université de l’Alberta.
Samantha L. Chan, inf. aut., est étudiante à la maîtrise en sciences infirmières (en voie de devenir infirmière praticienne) à la Faculté des sciences infirmières de l’Université de l’Alberta.


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