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La pratique infirmière en région nordique : le plus beau de la culture inuite

  
https://www.canadian-nurse.com/blogs/cn-content/2021/08/19/northern-nursing-practice-reflects-best-most-beaut
août 19, 2021, Par: Stephanie Gilbert
Canadian Nurse True North Series Stephanie Gilbert
Avec l’aimable autorisation de Stephanie Gilbert
« En tant qu’Inuite, j’ai senti qu’il était important d’offrir des soins compétents sur le plan culturel aux autres habitants du Nord. Il est normal que les soins infirmiers soient axés sur la compassion, l’empathie, l’établissement de relations et le partage des responsabilités, autant d’éléments qui recoupent les meilleurs et les plus beaux aspects de la culture inuite », déclare Stephanie Gilbert.

Note de la rédaction : Cet entretien écrit avec Stephanie Gilbert fait partie de la série Franc Nord d’infirmière canadienne, qui met l’accent sur les témoignages et la pratique infirmière dans le Nord canadien dans certaines des conditions les plus difficiles au pays.

Je m’appelle Stephanie Gilbert. Je suis infirmière autorisée titulaire d’un baccalauréat en sciences infirmières et je travaille dans les Territoires du Nord Ouest. Je suis inuite et j’ai grandi à Iqaluit, au Nunavut. Je travaille comme infirmière dans les Territoires du Nord Ouest depuis 10 ans dans des communautés telles que Fort Simpson, Wrigley, Jean Marie River, Nahanni Butte, Trout Lake, Lutsel K’e, Inuvik, Fort Smith et Yellowknife. Je suis aussi infirmière certifiée en région éloignée, et j’ai reçu une formation spéciale pour fournir des soins infirmiers en pratique avancée. J’ai surtout travaillé comme infirmière en santé communautaire, mais aussi dans le domaine des soins actifs, à l’urgence et en santé publique.

Stephanie Gilbert and friends under a sign that reads Arctic Ocean
Avec l’aimable autorisation de Stephanie Gilbert

Qu’est-ce qui vous a attiré vers la pratique infirmière en milieu nordique?

Cette profession était tout indiquée pour moi dès le départ. En tant qu’Inuite, j’ai senti qu’il était important d’offrir des soins compétents sur le plan culturel aux autres habitants du Nord. Il est normal que les soins infirmiers soient axés sur la compassion, l’empathie, l’établissement de relations et le partage des responsabilités, autant d’éléments qui recoupent les meilleurs et les plus beaux aspects de la culture inuite.

Dans la culture inuite, comprendre d’où viennent les gens passe par les relations qu’on établit avec eux et nécessite que l’on écoute leurs histoires et leurs expériences vécues. Les Inuits aiment s’appuyer sur leur identité pour mieux se connecter aux autres et comprendre leur contexte. Il s’agit de trouver un terrain d’entente entre soi et l’autre pour entretenir une relation intentionnelle et thérapeutique ensemble.

Pouvez-vous nous raconter l’expérience la plus mémorable de votre pratique?

Stephanie Gilbert wearing a mask and working at a vaccine clinic
Avec l’aimable autorisation de Stephanie Gilbert

L’accent que les Inuits mettent sur l’établissement de relations est un atout quand l’offre de soins de santé se résume à deux seuls fournisseurs pour une communauté entière, surtout pour une population autochtone. Le fait d’aborder mon rôle d’infirmière dans une perspective inuite m’a permis d’établir des liens authentiques avec les patients, quelle que soit l’expérience qu’ils vivent.

Mes expériences les plus mémorables sont liées aux moments où cette capacité à établir des liens fait de moi une meilleure infirmière. C’est particulièrement important lorsque je travaille avec des patients qui ont vécu un traumatisme générationnel ou lié aux pensionnats et qui se sont vus dépouillés de leur langue et de leur culture. Reconnaître et comprendre ce que ces événements ont signifié pour eux sur le plan individuel, ainsi que comme membre d’un groupe partageant une identité commune, nous ramènent à toujours réfléchir à la façon de les soigner et de prendre soin d’eux en évitant de répéter ces mêmes actes et atrocités qui pourraient les troubler ou leur causer un tort supplémentaire.

Je me souviens d’avoir passé plus de 16 heures seule avec un patient en pleine crise de santé mentale. La première chose que j’ai faite à l’arrivée du patient a été d’évaluer ses besoins et de lui fournir des médicaments pour qu’il soit à l’aise et capable de communiquer. Ensuite, nous avons attendu l’arrivée d’une équipe d’évacuation médicale, qui a transporté ce patient à l’établissement de santé mentale le plus près. La fatigue nous a gagnés rapidement, mais dans le contexte des soins infirmiers, nous devons faire preuve de créativité pour passer le temps efficacement. Nous avons passé la soirée et la nuit à discuter en long et en large de ce qui avait provoqué cette crise. Nous avons élaboré un plan selon lequel, à son retour dans la communauté, nous établirions des suivis réguliers, à la fois informels et officiels, de façon à pouvoir intervenir plus tôt, si nécessaire. Ainsi, nous éviterions le traumatisme d’une autre évacuation médicale et d’un autre transfert. Ce plan a fonctionné à merveille pour le reste du temps que j’ai passé dans cette communauté, et je me le remémore comme une réussite. Le manque d’installations n’est pas synonyme de manque de soins ou d’intervention dans la communauté.

On entend souvent dire que le personnel infirmier pratiquant en milieu nordique peut exploiter l’éventail complet de ses compétences. Qu’en pensez-vous?

Stephanie Gilbert
Avec l’aimable autorisation de Stephanie Gilbert

Les soins infirmiers en santé communautaire sont considérés comme étant une pratique avancée, ce qui veut dire œuvrer dans des milieux éloignés au moyen de directives cliniques et d’un registre de médicaments. On fournit les médicaments, les traitements, l’aiguillage, les évaluations, ainsi que le dépistage et les soins continus. Les communautés ne disposent d’aucune autre option.

Même si ça peut sembler un peu contre intuitif, ma spécialité est d’être une excellente généraliste. Je dois connaître un peu de tout et savoir coordonner les services et les consultations pour défendre les intérêts de mes patients. Mes évaluations pratiques sont essentielles pour permettre une intervention précoce auprès de mes patients.

Je dois me fier à mon instinct, écouter attentivement mes patients et être consciente du risque associé aux résultats de mon évaluation. Comme bon nombre de mes patients refusent de se rendre en ville pour recevoir des soins, je dois user de prudence, leur expliquer les risques qu’ils courent s’ils choisissent de demeurer dans leur communauté, et recourir aux options de traitement que nous pouvons offrir.

Je dois entretenir une relation étroite avec les chefs des communautés, les intervenants, les travailleurs sociaux, les enseignants, les aînés, la Gendarmerie royale du Canada et ainsi de suite. Mais, surtout, je dois rester proche des habitants qui ont grandi dans la communauté et qui en sont l’avenir.

Pour les professionnels qui envisagent ce type de pratique infirmière, sachez que vous devez être un atout pour la communauté et soutenir ce qu’elle juge important. Les membres de la communauté dont vous prendrez soin sont en fin de compte la voix que vous devrez écouter. Ce sont eux qui connaissent le mieux leur communauté et qui s’investissent en tout temps dans sa croissance et son développement. En tant que membre du personnel infirmier, vous devrez participer à ce renforcement des capacités. Par conséquent, le partenariat que vous nouerez avec les membres de votre communauté sera une partie importante de votre champ d’exercice en soins infirmiers.

En quoi la COVID-19 a t elle changé votre pratique?

La COVID-19 est devenue une composante énorme de ma pratique. J’ai mis sur pied une clinique d’écouvillonnage hors site, j’ai fait partie de l’équipe qui a planifié la meilleure façon d’évaluer les cas soupçonnés dans le centre de santé, j’ai travaillé à réduire les risques pour le personnel de la santé et la communauté et j’ai été de garde jour et nuit pour veiller à ce que les membres de la communauté se sentent en sécurité.

J’ai également parcouru le Nord en tant qu’infirmière en chef pour l’équipe d’intervention en immunisation contre la COVID 19 des Territoires du Nord Ouest et administré à ce titre le vaccin Moderna de façon sûre et organisée aux communautés éloignées.

J’ai travaillé comme chef de l’équipe d’intervention à la COVID 19 de la clinique de santé publique de Yellowknife lors de la première éclosion de la ville. Il s’agissait de mener de nombreuses évaluations des risques et de faire beaucoup de recherche de contacts et de gestion de cas.

Ce que je n’ai pas changé dans le cadre de ma démarche de soins, c’est la priorité accordée aux clients. Mon objectif est d’établir des liens humains significatifs pour aider les gens à traverser des périodes éprouvantes.

À quoi occupez-vous vos temps libres?

J’aime voyager avec ma famille à différents endroits, en mettant l’accent sur les expériences historiques et culturelles. Durant la pandémie, nous sommes devenus plus créatifs quant aux types d’aventures que nous pouvions vivre près de chez nous. J’aime aussi les projets manuels créatifs, comme le perlage et la couture. J’adore confectionner des cadeaux perlés pour mes amis et ma famille, et je suis en train de travailler sur une paire de chaussons pour ma cousine, qui se marie cet été.


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