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Prêts pour accueillir à bras ouverts

  
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Le gouvernement fédéral s’est engagé à faire venir 25 000 réfugiés syriens d’ici la fin février. Les professionnels des soins de santé chargés de préparer cette vague sont prêts.

Mar 01, 2016, By: Susan Pennell-Sebekos

On estime à 19,5 millions le nombre de réfugiés dans le monde, selon le site Web d’Immigration, Réfugiés et Citoyenneté Canada. Les pays qui disposent de programmes de réinstallation accueillent chaque année quelque 100 000 réfugiés en provenance de l’étranger. De ce nombre, le Canada accueille chaque année environ un réfugié sur 10.

Du 4 novembre 2015 au 16 février 2016, près de 26 000 réfugiés syriens sont arrivés au Canada ou ont été approuvés sans toutefois avoir encore fait le voyage.

L’échelle de cette initiative de réinstallation dépasse largement les efforts antérieurs, affirme Scott Wolfe, directeur général de l’Association canadienne des centres de santé communautaire. « Par exemple, l’Ottawa Newcomer Clinic, une clinique pour nouveaux arrivants qui relève du Centre de santé communautaire de Somerset Ouest, reçoit habituellement de 30 à 40 réfugiés pris en charge par le gouvernement par mois, soit de 400 à 500 par année. Ce nombre suffit à les tenir très occupés. Mais récemment, ils ont reçu 200 nouveaux arrivants en 2 semaines, expliquait M. Wolfe en janvier. La capacité de mobilisation pose donc problème pour eux, comme pour les autres centres de santé communautaire partenaires à Ottawa, et cette situation semble fréquente ailleurs au Canada. »

Le travail de M. Wolfe lui donne une bonne vue d’ensemble des soins que fournit le personnel infirmier aux réfugiés partout au pays, et il explique que la tâche varie selon l’ampleur du rôle joué par chacun des centres de santé communautaire dans les différentes villes, du nombre de réfugiés qui viennent dans cette région et des types de soins infirmiers financés par le gouvernement provincial et les autorités régionales de santé concernés. Dans tous les cas, cependant, les soins infirmiers sont un élément crucial des programmes et des services interprofessionnels qu’offrent les centres de santé communautaire aux réfugiés à leur arrivée.

« Des infirmières et infirmiers praticiens offrent des soins médicaux sur place (en plus de prendre des clients en charge pour des soins primaires continus au centre de santé communautaire). [...] Le personnel infirmier autorisé [et auxiliaire autorisé] s’occupe de la coordination des services, de l’évaluation de l’immunisation et de séances d’information dans les sites d’hébergement temporaire et au centre de santé communautaire. »

À Regina, tous les organismes qui fournissent des services aux réfugiés ont commencé à se réunir début décembre pour se préparer à accueillir des Syriens, explique Lorna Knudson, directrice générale de la clinique communautaire de Regina (CCR).

« Ces organismes travaillent avec les réfugiés à longueur d’année, pour aider les nouveaux arrivants à s’installer, et ils sont très compétents dans ce domaine. La seule différence véritable, avec ce groupe [de Syrie] est le volume d’arrivées d’un seul coup », fait remarquer Mme Knudson.

La CCR travaille en partenariat avec la Regina Qu’Appelle Health Region et la Regina Open Door Society (RODS) pour répondre aux besoins des réfugiés en matière de soins de santé.

La région sanitaire fournit une infirmière de santé publique pour faire les premières évaluations de santé à l’arrivée et commencer la vaccination, dit-elle. Grâce à ce programme, les réfugiés reçoivent des soins de santé complets et coordonnés.

RODS est l’organisme d’établissement qui s’occupe des réfugiés pris en charge par le gouvernement à Regina. « Le personnel de RODS rencontre les nouveaux arrivants à l’aéroport et apporte tout le soutien nécessaire pour les aider à s’établir dans leur nouvelle communauté », explique Mme Knudson. Un facilitateur des soins de santé de la société coordonne les rendez-vous chez le médecin, y compris les bilans de santé à la CCR.

Dans les vignettes ci-dessous, David Bateman et Nicole Gleeson, infirmiers autorisés, et Christopher Bradley, IP, décrivent certaines de leurs activités pour soutenir les réfugiés.

Vignette d’Erding (Allemagne) :
Réunir les familles

David Bateman (left) with Syrian family sitting inside a van
David Bateman se réjouit avec une famille syrienne réunie à Erding, en Allemagne.

David Bateman fait partie de l’équipe d’intervention d’urgence de la Croix-Rouge. Avec 33 autres professionnels de la santé (dont la moitié environ étaient infirmières et infirmiers), il a passé quatre semaines, l’automne dernier, à aider quelques-uns des nombreux réfugiés qui arrivaient en Allemagne.

Le centre d’accueil d’Erding, à environ 45 minutes au sud de Munich, est une ancienne base aérienne où l’on peut loger de 1 500 à 2 000 personnes. Selon M. Bateman, 60 % des réfugiés qui s’y trouvaient étaient syriens, le reste étant afghans, iraniens ou irakiens. La grande majorité d’entre eux souhaitaient s’installer en Allemagne.

L’équipe examinait de 300 à 400 personnes par jour, avec l’aide de traducteurs bénévoles. « On voyait des maux de tête, des fièvres, des infections respiratoires, des cas de gale et de poux, des maux de gorge, des problèmes de déshydratation, des vomissements, de diarrhée et de malnutrition et, bien sûr, des problèmes psychologiques. »

Le personnel infirmier aidait aussi à réunir les familles. Il se souvient de deux petites filles qui voyageaient avec un homme d’un certain âge et qui n’avaient pas de papiers d’identité. Elles parlaient d’une femme âgée vivant quelque part en Allemagne. L’équipe de M. Bateman a entrepris de trouver un numéro de téléphone, sans guère plus de détails à son sujet. « Elle est venue au camp, mais on hésite à confier des enfants quand on n’a aucune preuve d’identité. Quand elles ont enfin vu leur grand-mère, les petites lui ont sauté dans les bras. Oh oui, nous avons pleuré en assistant aux retrouvailles! »

L’aide humanitaire n’a rien de nouveau pour M. Bateman. Depuis 2008, il est allé à trois reprises en Haïti et a aussi travaillé aux îles Salomon et au Zimbabwe. Il est reconnaissant envers ses employeurs de l’avoir laissé prendre des congés pour aller travailler pour la Croix-Rouge.

Si épuisant que soit le travail, il ne perd jamais de vue qu’il peut rentrer chez lui. « La migration humaine est un problème grandissant causé par les catastrophes naturelles, les conflits humains et l’insécurité que ressentent les gens dans leur pays. C’est un problème mondial. »

Vignette de Calgary :
Penser et travailler autrement

La clinique de santé pour réfugiés Mosaic, à Calgary, est l’une des plus grandes du pays. Le personnel s’attend à y voir doubler ou tripler le nombre de ses clients, par rapport au millier de réfugiés que reçoit la clinique chaque année en temps normal, estime Nicole Gleeson, directrice des Opérations cliniques.

« Nous avons dû réfléchir à des façons différentes d’offrir les services et recourir à des partenariats avec des médecins, des organismes communautaires de santé et de services aux immigrants et réfugiés pour faire en sorte que tout le monde ait accès aux soins nécessaires dès l’arrivée. »

« Pour gérer l’affluence, explique Mme Gleeson, on a créé deux modèles de soins : un modèle où les réfugiés sont pris en charge par notre centre de soins de santé primaire et un autre où nous facilitons leur transition immédiate vers d’autres centres. »

Le réseau de soins primaires Mosaic, qui dirige la clinique du même nom, propose des séances d’information pour les médecins et les équipes de soins de santé pour les préparer à cette transition.

« Nous commençons tout juste à voir affluer les réfugiés syriens et nous avons déjà pu observer les efforts conjugués de notre équipe de soins tout entière pour répondre aux besoins, nous confiait Mme Gleeson en janvier. Il y a eu des moments stressants, mais c’est tellement gratifiant. Nous continuons à analyser comment ça se passe chaque semaine, nous y réfléchissons et nous apportons de petites modifications susceptibles de beaucoup améliorer nos services. Nous nous lançons des défis quotidiens, à nous-mêmes et à nos collègues. »

Vignette d’Ottawa :
Tous ensemble...

Christopher Bradley est le principal fournisseur de soins au Centre de santé communautaire Pinecrest-Queensway, à Ottawa, pour plusieurs familles syriennes récemment arrivées. Il voit de nombreuses différences dans les réactions à l’arrivée soudaine de nombreux réfugiés syriens.

« D’abord, le niveau actuel de soutien offert par la communauté est incroyable. Toutes sortes de gens veulent prêter main-forte », constate-t-il. Il y a selon lui une grande sensibilisation aux réfugiés et une conscience aiguë de la crise actuelle. Évoquant l’équipe d’intervention très organisée de la ville d’Ottawa, Réfugié 613, qui coordonne le travail de divers groupes confessionnels et organisations de la société civile, il rapporte que « certains groupes doivent même refuser des bénévoles ».

M. Bradley souligne également l’engagement du gouvernement fédéral à répondre aux besoins des réfugiés syriens en matière de santé. « Fournir des soins de santé adéquats aux nouveaux arrivants est l’une des meilleures façons de s’assurer qu’ils s’intègrent bien dans la société canadienne. »

« Nous travaillons en équipe pour aider nos clients. Aucune profession ne peut y arriver toute seule », fait valoir M. Bradley, qui a accès à des services d’interprétation par téléphone ainsi qu’à des conseillers en établissement et en logement.

Paying it forward

Mado Mushimiyimana
Teckles Photography Inc.

Quand elle a quitté le Rwanda en 1998 pour venir se mettre en sécurité au Canada, Mado Mushimiyimana, qui était dans la vingtaine, était infirmière. « Je découvrais en même temps la maternité et mon nouveau pays. » Elle était isolée, n’ayant ni amis ni famille.

Elle s’est présentée à un centre de santé communautaire de Toronto où le personnel infirmier l’a aidée à s’intégrer. « Je ne me suis pas sentie jugée. On m’a mise à l’aise. » Elle se souvient en particulier d’une infirmière, Susan, qui a pris le temps de formuler simplement ses explications. « Je me souviens de la première fois que je suis allée à un cours prénatal, raconte-t-elle. L’infirmière est arrivée avec une poupée – nous riions toutes les deux –, et elle a expliqué les différentes étapes pour changer la couche d’un bébé. C’était simple mais important. »

C’est l’aide que Mme Mushimiyimana a reçue en tant que réfugiée qui l’a décidée à aider à son tour en devenant infirmière en soins communautaires. « Rencontrer les infirmières de la clinique m’a donné envie d’être comme elles. J’étais très curieuse de savoir comment on devenait infirmière au Canada, souligne-t-elle. J’ai contacté l’Ordre des infirmières et infirmiers de l’Ontario. »

Par la suite, elle a, elle aussi, travaillé avec de nouveaux arrivants, à Ottawa, au Centre de santé communautaire du Centre-ville.

Elle conseille à ses collègues infirmières et infirmiers de mettre les réfugiés à l’aise et d’essayer de se mettre à leur place. « Ne partez pas du principe qu’ils comprennent un terme médical. Essayez d’établir la communication avec eux en leur demandant s’ils comprennent ce que vous dites. Il se peut qu’ils comprennent les termes simples. »

Son conseil aux nouveaux arrivants serait d’avoir foi dans le système. « Le système m’a acceptée quand j’étais nouvelle. Toute l’aide était là, les soins de santé étaient là. Je suis très reconnaissante pour l’aide que j’ai reçue. Tous ces kilomètres que j’ai parcourus pour arriver au Canada en valaient la peine. »


Susan Pennell-Sebekos est journaliste indépendante dans la région de Niagara.

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