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Surmonter les obstacles à l’accessibilité, un soutien communautaire à la fois

  
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Des ISP et des intervenants en santé communautaire font équipe pour améliorer les taux de dépistage du cancer dans des quartiers à faible revenu et pour trouver des façons d’aider concrètement les résidents

avr. 07, 2016, Par: Diane Peart, inf. aut., B. Sc.inf. , Denise Crabb

Il n’est pas simple de s’y retrouver dans le système de santé. Pour y arriver, il faut des compétences et des connaissances que beaucoup de gens à faible revenu n’ont pas. Par conséquent, il leur arrive de ne pas demander ou de ne pas obtenir les soins de santé dont ils ont besoin.

Quatre services de santé publique du Sud de l’Ontario ont eu une idée pour améliorer les taux de dépistage du cancer parmi les populations à faible revenu ou difficiles à atteindre. Un financement sur deux ans apporté par l’Agence de la santé publique du Canada leur a permis d’élaborer un projet pour donner à des gens, dans leur communauté, accès au dépistage et à de l’information (Creating Access to Screening and Training in the Living Environment, CASTLE). Le personnel infirmier en santé publique, ou promoteurs de la santé, était jumelé avec des intervenants en santé communautaire (ISC) embauchés pour ce projet, lancé en 2012. Ces travailleurs d’approche, vivant eux-mêmes dans des quartiers à faible revenu, comprenaient les difficultés qui y sont associées, les ayant souvent connues eux-mêmes.

À Brantford, qui relève de la Brant County Health Unit, l’ISP avait établi des relations constructives avec les partenaires communautaires. Elle a formé et conseillé l’ISC en s’appuyant sur son jugement et sur sa connaissance du contexte de la santé publique. Le principal atout de l’ISC était de savoir comment interagir avec les gens de sa communauté afin de les informer et de les encourager.

L’aide pratique apportée à Denis et à Danièle*, sa compagne, illustre la créativité de l’équipe. Denis et Danièle vivaient d’un petit chèque de la Commission de la sécurité professionnelle et de l’assurance contre les accidents du travail et allaient souvent aux dîners communautaires organisés par l’église du quartier. L’ISC a commencé à s’y rendre deux fois par semaine pour tisser de bonnes relations avec les gens du quartier, dans le but de les aider à améliorer leur santé et leur bien-être. Au bout de trois mois, elle a fait un petit exposé sur le dépistage des cancers du sein, du col de l’utérus et du côlon à l’un des repas, après quoi elle a répondu aux questions et distribué des prix de présence.

Danièle a contacté l’ISC pour lui parler de ses inquiétudes au sujet du dépistage et a éventuellement décidé de passer une mammographie. Danièle n’a ni le téléphone ni l’argent nécessaire pour appeler d’une cabine afin de prendre rendez-vous avec le Programme ontarien de dépistage du cancer du sein. Si l’ISC n’avait pas pris le rendez-vous pour elle, Danièle n’aurait sans doute pas donné suite. Le premier rendez-vous disponible étant sept semaines plus tard, l’équipe a régulièrement rencontré Danièle pour entretenir sa motivation.

Danièle devait se rendre au rendez-vous à pied. Pour ne pas risquer que le mauvais temps ne la bloque, l’équipe a mis en place un plan B. L’ISC a accompagné une Danièle fort anxieuse à son rendez-vous et, quand elle a deviné que Danièle ne savait peut-être pas lire, elle lui a proposé de remplir les formulaires à sa place.

Danièle a demandé à l’ISC d’aider Denis à remplacer sa carte auprès du Régime d’assurance-maladie de l’Ontario (RAMO). Tous ses papiers d’identité avaient été volés, et Denis ne pouvait pas obtenir une nouvelle carte : il n’avait pas de certificat de naissance et on lui demandait 35 $ pour le refaire. Quand Denis est tombé gravement malade et a dû aller aux urgences, aucun spécialiste n’a accepté de le voir puisqu’il n’avait pas de carte d’assurance-santé. On l’a renvoyé chez lui avec une ordonnance pour des médicaments qu’il n’avait pas les moyens d’acheter. L’ISC est arrivée à trouver un groupe paroissial qui a bien voulu payer ces médicaments.

L’ISC a appelé les bureaux du RAMO pour se renseigner sur les démarches à suivre pour remplacer la carte de Denis. La préposée, désagréable, lui a laissé entendre qu’il aurait dû le faire immédiatement et que l’ISC « était trop gentille » de s’en occuper à sa place. L’ISP a aidé l’ISC à tirer des enseignements de cet échange et lui a fait observer qu’elle se débrouillait très bien dans ces situations difficiles.

Où trouverait-on les 35 $? L’équipe a réfléchi à ce que Denis faisait bien. Il ramasse des bouteilles de bière vides pour emmener Danièle manger de temps en temps. Avec l’aide d’amis du quartier, ils ont récolté assez de bouteilles pour couvrir les frais. Comme Denis n’avait pas de carte de crédit, l’ISC a acheté une carte prépayée pour le montant requis et l’a aidé à demander une nouvelle carte du RAMO en ligne, en se servant d’un ordinateur de la bibliothèque.

L’hôpital a pu contacter l’ISC pour qu’elle aide à trouver Denis. Un des médecins était prêt à le soigner. L’ISC a annoncé la bonne nouvelle à Denis et Danièle à un petit-déjeuner de l’église. Il lui a demandé de l’accompagner pour qu’elle puisse entendre toute l’information et l’aider à la comprendre.

De nouveaux problèmes de santé ont ramené Denis aux urgences. Il ne pouvait plus uriner et avait besoin d’une sonde à demeure. Comme il n’avait pas toujours pas de carte d’assurance-santé, l’urologue et les services de soins à domicile ne voulaient pas le voir. Denis s’est occupé lui-même de sa sonde assez longtemps.

Un spécialiste a fini par accepter de voir Denis, mais comment l’amener au rendez-vous? La Société canadienne du cancer demande trois jours de préavis pour ce type de demande. L’ISP et l’ISC étaient déterminées à ce que Denis se présente à son rendez-vous le surlendemain. Elles ont contacté une organisation locale qui leur a fait un don de 150 $ pour payer l’aller et le retour en taxi.

Il s’est avéré que Denis avait une grosse masse cancéreuse dans la poitrine et aurait besoin de nombreux traitements. La Société canadienne du cancer voulait bien assurer gratuitement son transport pour ces rendez-vous, mais avait besoin d’un numéro de téléphone. L’ISC est devenue la personne ressource pour joindre Denis.

Deux mois plus tard, le certificat de naissance n’était toujours pas arrivé. L’ISP et l’ISC ont contacté le député de Denis pour lui demander son aide et mettre fin à cette attente. L’équipe du député a appelé Service Ontario et appris qu’il fallait une lettre de quelqu’un se portant garant. L’ISC a trouvé un garant par l’entremise d’une église que fréquentait Denis, elle a préparé le formulaire et elle l’a envoyé par télécopieur.

Denis a finalement reçu son certificat de naissance, et avec l’ISC, il a fait la queue au bureau de Service Ontario pour obtenir sa carte d’assurance-santé. On les a renvoyés vers un centre offrant tous les services, à plusieurs miles de là. Entre-temps, Denis était devenu très malade, et il n’avait ni l’argent ni la force physique pour entreprendre ce déplacement. L’ISP a rencontré la gestionnaire pour lui expliquer la situation, et celle-ci a pris les mesures nécessaires. Après avoir surmonté une multitude d’obstacles, Denis a reçu sa carte du RAMO.

Il pouvait désormais être suivi par l’urologue. L’ISP a également appelé la directrice des services de soins à domicile, et une aide a été mise en place pour qu’il reçoive des soins associés à sa sonde et à la gestion de la douleur, ainsi qu’un soutien en travail social.

Sans l’aide de l’équipe, Denis n’aurait pas pu obtenir sa carte d’assurance-santé. Sans carte, il n’aurait pas reçu les soins dont il avait besoin et auxquels il avait droit. En fait, il est même permis d’imaginer qu’il serait mort. Denis et Danièle ont énormément apprécié le soutien reçu de l’équipe. Denis peut à présent s’y retrouver seul dans le système de santé, et Danièle est reconnaissante d’avoir pu fêter « un anniversaire de plus avec Denis ».

Bien que le financement du projet CASTLE ait pris fin en 2014, la Brant Country Health Unit a créé un poste permanent pour l’ISC. Elle continue de collaborer étroitement avec l’ISP pour améliorer la santé et le bien-être à Brantford. L’ISC a appris l’importance de tenir compte de tous les aspects de la vie d’une personne – ses forces personnelles, son cercle d’amis, les endroits qu’elle fréquente – pour trouver les soutiens nécessaires.

*Les noms ont été changés


Diane Peart, inf. aut., B. Sc.inf., était infirmière de santé publique pour la Brant County Health Unit à Brantford (Ont.) avant de prendre sa retraite cette année.
Denise Crabb est intervenante en santé communautaire pour la Brant County Health Unit.

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