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L’écothérapie en action

  
https://www.canadian-nurse.com/blogs/cn-content/2016/06/01/nature-therapy-at-work

Dans le cadre d’un programme de bien-être holistique, dans un camp de plein air, Theresa McGuire a connecté des enfants avec leur milieu naturel.

juin 01, 2016, Par: Theresa McGuire, inf. aut., DOHN, COHN(C), CRSP
Theresa McGuire with her dog and a canoe vegetable garden
Theresa McGuire fait admirer le potager du camp.

L’impact sur la santé de la déconnexion grandissante entre les gens et la nature porte un nom : le trouble déficitaire de la nature. Un lien fort avec la nature est à mon avis essentiel pour une santé optimale. Près de 70 % des Canadiens vivent maintenant dans des centres de population plus ou moins grande, où ils n’ont pas toujours accès à la nature. Or selon des études récentes, les contacts réguliers et directs avec le milieu naturel peuvent réduire les symptômes de TDAH, améliorer les capacités cognitives et la relaxation et renforcer la résistance aux facteurs de stress négatif et à la dépression.

Dans le cadre de mes études de maîtrise en gestion des ressources et de l’environnement à l’Université Dalhousie, j’ai fait un stage de trois mois dans un camp de plein air pour enfants de neuf à douze ans à Tatamagouche (N.-É.). Pendant ce stage, j’étais infirmière de camp et coordinatrice du bien-être, et j’ai mis en place un programme de bien-être fondé sur une nouvelle philosophie holistique. Le programme du camp était très structuré, mais on m’a accordé un peu de flexibilité pour combiner les soins infirmiers standards avec l’éducation écologique et l’écothérapie.

Ce stage m’a aussi donné l’occasion de mettre en pratique la recherche que j’avais faite sur la biophilie – notre amour pour le monde naturel. On m’a permis d’observer les réactions des enfants à ce modèle holistique de soins, à condition de ne pas collecter de données. J’avais le soutien de la gérante du camp, de l’étudiante infirmière assistante, des conseillers et des animateurs du programme pour mon étude d’observation.

Chacune des sept sessions au camp durait 10 jours, avec environ 128 enfants par session. J’ai remarqué en étudiant les dossiers médicaux des enfants que ceux qui provenaient de grands centres urbains avaient davantage tendance que leurs homologues des régions rurales à s’être fait prescrire des médicaments contre l’anxiété et les TDAH.

La majorité des enfants ont participé joyeusement aux activités de plein air au bord de l’océan et dans les champs et les bois – première occasion pour eux de s’essayer au kayak, à la navigation, à la nage dans l’océan, à la randonnée à vélo et au camping. Certains voyaient pour la première fois un coucher de soleil sur l’eau. J’ai été étonnée que l’absence d’appareils électroniques ou de télévision dérange aussi peu d’enfants, bien qu’on m’ait dit que c’était là leurs principales activités à la maison. Dans mes interactions quotidiennes avec les enfants, je les ai encouragés à pleinement utiliser tous leurs sens et à être conscients qu’ils regardaient, écoutaient et touchaient le milieu naturel tout autour.

J’ai aidé des enfants anxieux à se détendre en leur apprenant à fermer les yeux, à isoler les bruits de l’eau et du vent dans les arbres et à respirer à pleins poumons l’air frais pour bénéficier de ses effets thérapeutiques. J’ai encouragé ceux que la mer inquiétait à s’asseoir simplement avec moi sur la plage pour jouer tranquillement avec le sable et les cailloux, à tremper leurs pieds nus dans l’océan – et même à goûter l’eau de mer – et à observer les vagues.

J’ai montré aux enfants comment remplir le bol d’eau et les mangeoires pour les oiseaux et les écureuils devant ma clinique. Ils ont fait montre de compassion et de bienveillance et voulaient en savoir plus sur les comportements des oiseaux et autres animaux sauvages. Nous avons examiné, de près mais avec délicatesse, de grands papillons de nuit, de drôles d’araignées, des sauterelles et des coléoptères.

Voulant sensibiliser les enfants au lien entre les aliments et leur origine, je leur ai demandé de m’aider à planter et cultiver un potager dans un bateau abandonné près du drapeau du camp. Ils étaient tout excités quand est venu le moment de récolter les tomates cerises et de chercher des fraises à cueillir. Ces activités ont suscité de longues discussions et beaucoup d’intérêt pour le rôle de la nature dans d’autres domaines de la santé humaine, comme le besoin d’eau propre, d’aliments nourrissants, de repos, de lumière et d’air pur pour grandir et être en bonne santé. J’ai été surprise de voir que beaucoup des enfants atteints de TDAH arrivaient à se concentrer et à rester calmes et coopératifs pendant qu’ils comptaient et plantaient les minuscules graines. Leur motricité fine et leur attention étaient impressionnantes, qu’ils jardinent en pleine terre, dans des pots ou dans des bacs recyclés.

Pour la plupart des enfants de la ville, l’expérience d’un feu de camp, avec la lueur des étoiles pour seule lumière, était une belle découverte. Lorsque la salle à manger était bruyante, j’emmenais les enfants que le vacarme perturbait sur le patio au-dessus de l’eau, et ils se détendaient immédiatement. Au début, certains enfants avaient des maux de tête ou d’estomac ou s’ennuyaient de leur famille, comme cela est fréquent dans un camp de vacances. Leurs symptômes s’estompaient rapidement, cependant, quand nous marchions lentement dans les bois, le long du sentier menant à la clinique, en observant les arbres, l’eau et les animaux sauvages.

J’ai été contente de pouvoir utiliser ces méthodes de relaxation, plutôt que des médicaments supplémentaires, quand je remarquais chez les enfants des signes de panique et d’anxiété, de l’hyperventilation, des maux de tête et des troubles gastriques. En fait, tous les enfants qui, à un moment donné, semblaient avoir des problèmes émotionnels ou physiques ont bien répondu à une exposition directe et guidée au milieu naturel environnant. Les conseillers ont fait des commentaires sur les effets magiques de l’écothérapie.

D’après des études récentes, la peur des inconnus, des vies plus occupées qu’auparavant, avec un surplus d’activités programmées, et l’augmentation rapide des technologies et du temps passé devant des écrans expliquent le fait que les enfants sont moins exposés à la nature que la génération précédente. Pourtant les contacts réguliers avec des espaces verts, du feuillage, du bleu (étendues ou cours d’eau), ne serait-ce que par la fenêtre, sont importants pour une santé humaine optimale. De nombreuses études ont montré que des contacts rapides avec la nature, comme une marche de 20 minutes dans un parc urbain, suffisent pour réduire l’anxiété, faire baisser la tension et améliorer les fonctions cognitives.

Cette expérience positive dans le cadre du stage m’a donné envie de mener des recherches sur l’effet bénéfique que pourrait avoir l’accès régulier à des parcs, des espaces verts urbains et des jardins sur la santé mentale et physique des enfants et des adultes. Il est assez ironique de voir dans l’écothérapie un concept émergeant : Florence Nightingale avait en effet remarqué que dans les hôpitaux, les malades se tournaient vers le soleil pour se sentir mieux et guérir. C’est cette observation qui l’avait convaincue de les encourager à le faire.


Theresa McGuire, inf. aut., DOHN, COHN(C), CRSP, est infirmière en santé du travail à Santé Canada, à Halifax.

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