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Le parcours d’une infirmière, des soins infirmiers de première ligne à la rédaction à la pige sur la santé

  
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L’auteure souhaite transmettre ses connaissances pour aider les gens à rester en santé et à éviter les hôpitaux

Par Emily Durant
3 avril 2023
Gracieuseté d’Emily Durant
« Je veux aider les gens à atteindre leur meilleur état de santé en leur fournissant des données impartiales pour améliorer leurs connaissances en matière de santé et éclairer leurs décisions », déclare Emily Durant.

J’ai adoré travailler au chevet de patients d’un grand hôpital du Canada atlantique, en aidant les gens lorsqu’ils en avaient le plus besoin. Maintenant, je veux contribuer à empêcher les gens de se retrouver à l’hôpital. En étant que rédactrice pigiste, je choisis d’utiliser les connaissances et l’esprit critique que les soins infirmiers m’ont permis d’acquérir pour recueillir des renseignements auxquels les gens peuvent accéder dans l’attente de consulter un fournisseur de soins primaires ou avant d’avoir besoin de soins en milieu hospitalier. Je veux transmettre au plus grand nombre de personnes possible des connaissances scientifiques crédibles, fondées sur des données probantes et rédigées dans un langage simple, afin de les aider à comprendre leur état et à prendre de meilleures décisions en ce qui les concerne.

La beauté des soins infirmiers, c’est qu’il y a tellement de façons de poser des gestes concrets dans la vie des gens. Je vois toujours ce nouveau travail comme un prolongement de mon travail d’infirmière, mais d’une manière plus largement accessible aux gens, pour l’aide et la santé qu’ils souhaitent.

Effets en aval

J’ai commencé à travailler comme infirmière de première ligne en 2012 et j’ai passé une grande partie de mon temps dans l’unité de soins post-anesthésie (USPA), ou à la salle de réveil. J’y ai trouvé un foyer qui avait du sens pour moi et m’offrait un travail dans lequel j’excellais. J’aimais l’esprit d’équipe, le rythme de travail et le sentiment d’accomplissement que procuraient l’admission à l’hôpital et le congé des patients au cours d’un même quart de travail. Chaque jour, nous « retenions des noms et sauvions des vies », notre devise joviale, alors qu’on nous assignait des patients des différents services opérationnels.

Après quatre ans, j’ai constaté des tendances indéniables chez les patients que je soignais et dans les interventions dont ils avaient besoin. Par exemple, des chirurgies étaient pratiquées quotidiennement pour ce que j’ai fini par appeler les « effets en aval ». Il pouvait s’agir d’amputations découlant d’un diabète mal contrôlé, d’arthroplasties découlant d’une obésité mal contrôlée, ou d’autres cas où la chirurgie aurait pu être évitée si le patient avait bénéficié « en amont » d’une meilleure littératie en santé, d’un meilleur accès aux soins primaires, et de mesures de soutien pour prendre des décisions plus éclairées. J’ai été déçue par l’incapacité de notre système de santé à fournir des soins préventifs et frustrée par la façon dont le marketing alimentaire et le lobbyisme de l’industrie alimentaire minaient la capacité des gens à faire des choix éclairés sur ce qu’ils consomment.

Bien que je n’aie pas hésité à faire part de mes sentiments et de ces tendances inquiétantes à mes pairs, il n’y avait pas grand-chose à faire dans la salle de réveil pour renverser ces tendances. Les croyances implicites de nombreux professionnels de la santé peuvent faire obstacle aux solutions en amont, à savoir qu’il n’est pas du ressort du clinicien de première ligne de plaider en faveur de changements systémiques et qu’en dehors de l’hôpital, les patients ont la responsabilité de s’occuper de leur état de santé.

La première croyance cache le fait non avoué que le prestige et les recettes découlant des soins tertiaires, des soins pharmaceutiques et des interventions médicales, où va la majeure partie des dollars de la santé, reposent sur la prise en charge des maladies (Raphael et coll., 2019). Par ailleurs, les fournisseurs de soins primaires ne sont pas incités (c’est-à-dire remboursés) à travailler avec les gens à identifier et à éliminer les causes sociétales en amont des maladies chroniques.

La deuxième croyance fait état d’une insistance culturelle généralisée sur la responsabilité individuelle en matière de santé, alimentée par les médias et des intérêts particuliers tels que le bien-être des entreprises, les aliments prêts à consommer et les distributeurs pharmaceutiques, déclarant que la santé est facilement et également accessible à tous, car ces industries font des millions de recette en produits et services (Alvaro et coll., 2011; Raphael et coll., 2019). Même les organisations précisément conçues pour appuyer la recherche et l’application des connaissances liées aux maladies chroniques ont des conseils d’administration constitués de membres de l’industrie commerciale qui représentent ses donateurs les plus importants (Raphael et coll., 2019). Malgré les progrès dans notre compréhension des causes et des remèdes de ces états débilitants, la rémission n’est pas le mandat.

Les connaissances fournissent les moyens fondamentaux de comprendre comment être en meilleure santé si on le souhaite

Fin 2018, je me suis inscrite à la maîtrise en sciences infirmières afin de mieux comprendre les facteurs contributifs qui font que les gens passent entre les mailles du système de santé et les solutions possibles. J’ai appris que la responsabilité ne peut pas être rejetée sur un seul facteur. À l’intersection des déterminants sociaux de la santé et des inégalités en matière de santé (notamment le revenu, le statut social, l’éducation et l’alphabétisation, les environnements physiques, les comportements sains, l’accès aux services de santé, la race, la culture), des résultats négatifs en aval se manifestent fréquemment et persistent (Gouvernement du Canada, s.d.).

Le seul véritable espoir pour les problèmes difficiles comme ceux-ci semble être les connaissances, et c’est là que je constate mon rôle potentiel. En dépit de tous les facteurs sociaux et sociétaux qui pourraient nuire à la santé personnelle, les connaissances fournissent les moyens fondamentaux de comprendre comment être en meilleure santé si on le souhaite. Les connaissances ne sont pas des données, lesquelles sont des morceaux fragmentés de symboles et de caractères assemblés, ni des informations, autrement appelées données raffinées. La connaissance est une information que les gens peuvent utiliser pour prendre mieux soin d’eux-mêmes.

Un moment décisif

En 2020, le phénomène de la désinformation ou de l’information erronée en ligne sur la santé a attiré mon attention (Suarez-Lledo et Alvarez-Galvez, 2021). À ce moment-là, j’avais quitté l’USPA pour occuper un poste spécialisé en dehors des soins de première ligne et j’avais régulièrement accès à un ordinateur pour mon travail. Les articles sur la santé que je trouvais en ligne étaient d’une précision très variable. La rédaction d’articles sur la santé étant un secteur non réglementé, n’importe quel rédacteur indépendant sans formation en sciences de la santé peut créer du contenu pour des blogues sur la santé, les médias sociaux, des sites Web, des bulletins ou de la publicité en ligne. Par ailleurs, il n’est pas nécessaire d’être un humain. Les outils de rédaction fondés sur l’intelligence artificielle (IA), également connus sous le nom de rédacteurs de contenu IA, sont des fragments de logiciels qui génèrent des textes d’apparence humaine à partir des données alimentées par l’utilisateur, grâce à l’IA.

Les lecteurs occasionnels peuvent ne pas avoir l’expérience ou l’expertise nécessaire pour déterminer la validité de ce qu’ils lisent en ligne, ce qui les expose à des renseignements incorrects, voire néfastes. L’exemple le plus récent est celui de l’information relative à la COVID-19. À l’époque, en plein milieu de mes études, je rédigeais un article sur l’épidémiologie du virus et j’ai été stupéfiée par le flot de données qui arrivait quotidiennement sur Internet. En temps réel et à l’échelle mondiale, nous accumulions de l’information sur la transmissibilité, la virulence, les précautions nécessaires et les issues cliniques. Toutes ces informations ne s’alignaient pas ou étaient inexactes.

C’est à ce moment-là que la désinformation en ligne sur la santé a vraiment pris les devants au Canada. Les anecdotes, les idées contradictoires, les théories conspirationnistes, les discours alarmistes et la recherche du profit ont tous joué un rôle dans la formation des « connaissances » que les gens en retiraient. Ce phénomène a exploité le penchant de ceux qui préfèrent les informations alignées sur leurs convictions politiques ou idéologiques et qui acceptent ce qu’ils lisent sans évaluation (Forum des politiques publiques, 2021). La notion d’Internet comme source bénigne de sagesse a été sérieusement remise en question.

Si je reste persuadée que les plateformes en ligne sont utiles pour la promotion de la santé et continue de croire qu’elles constituent le moyen le plus pratique de transmettre des connaissances sur la santé aux personnes qui les recherchent, des études récentes laissent entendre que de l’information sur la santé fausse ou trompeuse peut se propager plus facilement en ligne que des connaissances scientifiques (LaValley, Kiviniemi et Gage-Bouchard, 2017). Le rapport du Forum des politiques publiques, Science and Health Misinformation in the Digital Age, recommande trois options à ce problème : contrôle de sa propagation, correction de ses effets par le déboulonnage (vérification des faits) ou la persuasion, et interventions anticipées qui permettent au public de résister à la désinformation qu’il rencontre (LaValley et coll., 2017). Je vois ici un rôle potentiel pour les soins infirmiers.

Selon un sondage de Statistique Canada mené en 2020, plus des deux tiers des Canadiens (69 %) ont utilisé Internet pour chercher de l’information sur la santé (Statistique Canada, 2021). La grande majorité de l’information obtenue provenait de sites Web commerciaux (définis comme des sites Web privés à but lucratif fournissant de l’information sur la santé pour que les utilisateurs se prêtent au commerce électronique ou exigeant des utilisateurs qu’ils s’inscrivent afin de suivre leur comportement pour revendre ces renseignements à des tiers ou pour de futures publicités ciblées). Comme l’indique l’article Where People Look for Online Health Information, « les résultats d’une recherche donnée d’information sur la santé peuvent être classés par ordre de popularité, de fréquence d’accès préalable ou de commandite commerciale, mais pas nécessairement par ordre de pertinence pour l’utilisateur ou par exactitude scientifique du contenu » [traduction libre] (LaValley et coll., 2017) . En tant que profession, nous devons reconnaître que, bien que nous soyons l’une des professions de la santé qui attire le plus la confiance, nous ne sommes pas aussi accessibles que les résultats d’une recherche sur Google. Je perçois un rôle pour les soins infirmiers ici aussi.

Agir concrètement

Dix ans après le début de ma carrière d’infirmière, la prochaine étape de mon parcours consiste à me reconvertir dans la rédaction indépendante d’articles portant sur la santé. C’est un choix judicieux pour moi, car je veux aider les gens à devenir les promoteurs de leur propre santé en leur fournissant des connaissances impartiales pour améliorer leurs connaissances en matière de santé et éclairer leurs décisions. Si les gens posent leurs questions sur la santé en ligne, je veillerai à ce que le contenu que je produis soit correct sur le plan factuel, fondé sur des données probantes et accessible aux lecteurs, quel que soit leur niveau d’apprentissage.

Je veux continuer à faire des recherches et à me tenir au courant des pratiques de soins les plus récentes, à me familiariser avec plus de sujets liés aux soins infirmiers que je ne le ferais dans un domaine de soins cloisonné, et à soutenir les organisations ou les entreprises qui ont une incidence positive sur les Canadiens. Mon savoir-faire en tant qu’infirmière autorisée compétente me permet de comprendre de l’information médicale complexe et de la rendre accessible au public. La nature du travail me permet d’organiser mon temps de rédaction en fonction de ce que je peux accepter sur le plan mental un jour donné, et le fait de travailler moins longtemps sur mes pieds m’aide à gérer mon propre état de santé chronique.

Il y a des inconvénients, bien sûr. Il ne s’agit pas d’un plan pour « devenir riche rapidement », ni même d’un emploi sûr. Je n’ai pas de congés de maladie, de vacances, ni de quote-parts de mon assurance-maladie. Les collègues, l’interaction avec les patients et les familles et les montées d’adrénaline me manquent. Mais surtout, la satisfaction d’être présente et de fournir des soins efficaces et professionnels aux personnes vulnérables lorsqu’elles en ont besoin et de voir les résultats de mon travail me manque. Mais il n’y a déjà plus assez de lits ou de membres du personnel infirmier pour faire face aux vagues déferlantes de patients nécessitant nos connaissances et notre passion. La rédaction sur la santé est l’une des nombreuses options que nous pouvons tenter pour trouver des solutions en amont. Parmi les autres voies possibles, citons la défense des intérêts, les groupes de sensibilisation, l’amélioration de l’application des connaissances dans le contexte des soins primaires et toute autre manière de poser des gestes concrets.

Mon parcours est une voie parmi d’autres dans cette profession. La profession infirmière est une carrière unique qui a besoin de gens exceptionnels. Chaque infirmière ou infirmier, dans chaque unité, a la capacité d'améliorer des vies.

Références

Alvaro, C., Jackson, L. A., Kirk, S., McHugh, T. L., Hughes, J., Chircop, A. et Lyons, R. F. « Moving Canadian governmental policies beyond a focus on individual lifestyle: Some insights from complexity and critical theories », Health Promotion International, 26(1), 2011, p. 91–99. doi:10.1093/heapro/daq052

Gouvernement du Canada. Déterminants sociaux de la santé et inégalités en santé. Tiré de https://www.canada.ca/fr/sante-publique/services/promotion-sante/sante-population/est-determine-sante.html

LaValley, S. A., Kiviniemi, M. T. et Gage-Bouchard, E. A. « Where people look for online health information », Health Information and Libraries Journal, 34(2), 2017, p. 146–155. doi:10.1111/hir.12143

Forum des politiques publiques. Science and health misinformation in the digital age, 21 juillet 2021. Tiré de https://ppforum.ca/publications/science-and-health-misinformation-in-the-digital-age/

Raphael, D., Chaufan, C., Bryant, T., Bakhsh, M., Bindra, J., Puran, A. et Saliba, D. « The cultural hegemony of chronic disease association discourse in Canada », Social Theory & Health, 17(2), 2019, p. 172–191. doi:10.1057/s41285-018-0072-7

Statistique Canada. (2021). Canadian Internet Use Survey, 2020. Tiré de https://www150.statcan.gc.ca/n1/daily-quotidien/210622/dq210622b-fra.htm

Suarez-Lledo, V. et Alvarez-Galvez, J. « Prevalence of health misinformation on social media: Systematic review », Journal of Medical Internet Research, 23(1), 2021, e17187. doi:10.2196/17187


Emily Durant, inf. aut., M. Nurs., est la coordonnatrice provinciale de la transfusion pour la Régie de la santé de la Nouvelle-Écosse. En plus d’élaborer des ressources pédagogiques pour les étudiants en sciences infirmières, elle rédige du contenu sur la santé pour son entreprise de pige (www.frontline2freelance.com), ou bien elle s’adonne à la randonnée dans la région d’Halifax.

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