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Guérir le personnel infirmier durant la pandémie : réintégrer l’art de soigner dans la profession que nous aimons

  
https://www.canadian-nurse.com/blogs/cn-content/2022/05/02/healing-nurses-amid-the-pandemic-bringing-the-art

Nous sommes tous des leaders capables de créer un milieu de travail sûr et agréable

Par Dianne Martin
May 2, 2022
istockphoto.com/portfolio/CentralITAlliance
Durant toute la pandémie, le personnel infirmier a constamment surmonté les épreuves de notre profession à titre de science. Nous en avons appris davantage sur la pathologie, sur l’immunité et sur la prévention et le contrôle des infections que nous ne l’aurions jamais cru nécessaire dans nos vies professionnelles.

C’était jour d’exposé en 6e année, lorsque tour à tour nous devions nous produire devant l’école et nos parents. Le choix d’un sujet intéressant était la cerise sur le gâteau, car c’était l’une des rares libertés scolaires qui nous étaient accordées à cet âge. J’étais fascinée par ma mère, une infirmière en soins primaires aux vastes connaissances que l’on adorait dans le village parce qu’elle consacrait toujours du temps à tout le monde. Elle était aussi tout à fait inspirante et, en l’occurrence, elle m’a motivée à faire mon exposé sur Florence Nightingale.

Gracieuseté de Dianne Martin
« Les infirmiers et infirmières peuvent réparer l’univers qu’ils aimaient en reconnaissant les efforts des autres, en veillant l’un sur l’autre et en s’assurant que tout le monde va bien », affirme Dianne Martin.

Je me souviens bien de mon introduction trop enthousiaste : « Un poème de Percy Bysshe Shelley, un tableau de Jan Vermeer et même un but du joueur de hockey Paul Henderson [on était après tout en 1973]. Toutes ces réalisations nécessitaient du talent. Florence Nightingale avait elle aussi du talent, mais le sien était de soigner les autres ». Ainsi débutait mon exposé. Mais ce qui s’est ensuite passé, je ne l’avais pas vu venir.

Après les exposés, mon enseignante s’est adressée à l’auditoire et a qualifié d’orateurs les élèves de la journée. Elle a expliqué que les élèves choisissaient des sujets plus modernes et intéressants qu’à son époque, lorsqu’on se contentait de thèmes moins actuels ou moins aventureux, comme Florence Nightingale ou le système planétaire. Je me souviens d’avoir cligné des yeux, confuse, essayant d’absorber la nouvelle que mon sujet manquait de modernité ou de pertinence.

À la fois un art et une science

Les années ayant passé, il m’est beaucoup plus facile d’interpréter ce moment lorsque je réfléchis à la profession infirmière. Je ne le savais pas à l’époque, mais je venais d’identifier les soins infirmiers comme étant à la fois un art et une science. Je n’avais pas non plus réalisé à l’époque que ce dont j’étais témoin, c’était combien les infirmières et infirmiers devraient eux mêmes plaider sans relâche afin de recevoir la reconnaissance, le respect et le soutien nécessaires pour s’investir dans la science et l’art que sont les soins infirmiers au quotidien.

Ces deux dernières années ont mis l’art et la science des soins infirmiers à rude épreuve. Durant toute la pandémie, le personnel infirmier a constamment surmonté les épreuves de notre profession à titre de science. Nous en avons appris davantage sur la pathologie, sur l’immunité et sur la prévention et le contrôle des infections que nous ne l’aurions jamais cru nécessaire dans nos vies professionnelles. Dans tous les secteurs, on nous a demandé de sortir de notre zone de confort sur le plan des connaissances et de la pratique et de jouer un rôle clé dans la bataille pour traiter et prévenir la COVID 19, sauvant ainsi d’innombrables vies. Mais l’épreuve de la pandémie a été épuisante, traumatisante et démoralisante pour beaucoup d’entre nous.

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Le bilan de la pandémie

Au milieu de la pandémie, un sondage réalisé par la Registered Practical Nurses Association of Ontario (Association des infirmières et infirmiers auxiliaires autorisés de l’Ontario) a révélé que 34 % des infirmières et infirmiers auxiliaires autorisés de l’Ontario envisageaient d’abandonner la profession. Nous avons appris que les ravages de la COVID au sein du personnel infirmier ont été dévastateurs, et nous devons maintenant tourner nos cœurs et nos esprits vers l’art des soins infirmiers, en particulier la guérison du personnel infirmier, afin de retrouver l’amour de notre profession et la joie qu’elle nous procurait. Un des principaux problèmes est que l’épuisement professionnel pèse aussi sur les dirigeants dont nous dépendons lorsque le personnel de première ligne a besoin de soutien.

L’épreuve de la pandémie a été épuisante, traumatisante et démoralisante pour beaucoup d’entre nous.

Au cours de la première année de la pandémie, l’expression « nous sommes tous dans le même bateau » a encouragé beaucoup de gens et nous a unis dans un but commun. Mais à l’aube de la troisième année, nos équipes se sont effritées et la cohésion s’est fissurée, car de nombreux infirmiers et infirmières sont partis chercher du réconfort dans d’autres fonctions ou ont tourné le dos à la profession en raison de l’anxiété, de la détresse mentale et de l’épuisement professionnel qui l’accompagnent. D’autres ont succombé à la colère ou se sont désengagés, et l’ambiance agréable et la solidarité qui régnaient dans nos milieux de travail se sont érodées. L’art des soins infirmiers (la disposition intuitive et profonde à nous occuper de nos patients et à nous entraider) a été mis en veilleuse dans nos efforts collectifs pour survivre aux charges de travail lourdes et constantes, aux changements imprévus et à la pression d’être témoins de tant de souffrance. En conséquence, la joie et la cohésion de l’équipe se sont émoussées en milieu de travail, et le personnel est en mal de les retrouver.

Le leadership doit « cultiver le cœur »

Selon Encouraging the Heart: A Leader’s Guide to Rewarding and Recognizing Others (2003), de Kouzes et Posner, les dirigeants doivent reconnaître leur équipe pour un travail bien fait et lui exprimer sa confiance en ses capacités. Les auteurs soutiennent que plus on cultive le cœur du personnel, plus celui-ci s’investit dans son rôle et ses responsabilités. Dans le domaine infirmier, en cultivant le cœur, on peut raviver la parcelle d’art que comporte la profession. Ce qui est plus important encore, c’est qu’en cultivant le cœur au jour le jour, les infirmières et infirmiers au point de service peuvent aider à reconstruire l’environnement solidaire qui manque à tant d’entre nous.

Les infirmiers et infirmières peuvent réparer l’univers qu’ils aimaient en reconnaissant les efforts des autres, en veillant l’un sur l’autre et en s’assurant que tout le monde va bien. Ce peut être aussi simple que de veiller à ce qu’un ou une collègue ait quelque chose à se mettre sous la dent ou de réconforter un membre de l’équipe par notre présence, peu importe ce qu’il affronte chaque jour. Lorsque des collègues font face au même traumatisme quotidiennement, il est important de leur demander : « Est-ce que tu vas bien? » et de se rassurer mutuellement : « Nous allons nous en sortir ensemble », « Nous pouvons y arriver » et « Je ne te laisserai pas tomber aujourd’hui, et je sais que tu feras de même pour moi ».

Ainsi, nous nous rappelons qui nous sommes et pourquoi nous avons choisi initialement la profession infirmière. Par-dessus tout, nous pouvons créer un environnement dans lequel nous nous sentons en sécurité et écoutés par les personnes qui collaborent le plus avec nous dans nos importants efforts collectifs pour fournir des soins. En outre, nous nous rendrons compte que nous sommes tous des leaders et que nous pouvons apporter des changements qui feront de la profession infirmière une carrière que nous pourrons aimer à nouveau, une carrière qui nous permettra de nous réaliser pleinement en recevant le soutien dont nous avons besoin pour avoir une influence sur la vie des autres, une motivation généralisée dans les soins infirmiers.

Les véritables dirigeants au bout de cette pandémie seront ceux qui, dans des rôles de leadership formels et non formels, s’entraident chaque jour et ramènent le sourire et la joie dans nos milieux de travail infirmier, quels qu’ils soient.

Avec des habitudes de leadership fondées sur un sens profond de l’attention aux autres, de la vulnérabilité, de l’honnêteté, de l’espoir et du respect, le processus de guérison peut débuter. Une telle guérison peut déboucher sur une passion renouvelée pour cette grande profession qui est la nôtre, tandis que nous nous la réapproprions, à juste titre, en tant que carrière valorisante et digne d’intérêt, à laquelle on peut aspirer à tout âge.

Référence

Kouzes, J. M. et Posner, B. Z. Encouraging the heart: A leader’s guide to rewarding and recognizing others, San Francisco : John Wiley & Sons, 2003.


Dianne Martin, IAA, IA., M.A., FACSI, est directrice générale de la Registered Practical Nurses Association of Ontario. Elle détient deux titres de compétence en Ontario, comme infirmière auxiliaire autorisée et comme infirmière autorisée.


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