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Le personnel infirmier a un rôle déterminant à jouer dans la gestion efficace des antimicrobiens

  
https://www.canadian-nurse.com/blogs/cn-content/2019/11/18/nurses-are-critical-in-effective-antimicrobial-ste
nov. 18, 2019, Par: Madeleine Ashcroft
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iStock.com/vm

Messages à retenir

  • Les agents antimicrobiens sont de moins en moins efficaces pour combattre les infections, en grande partie parce qu’ils sont mal ou trop utilisés.
  • Évaluer attentivement l’utilisation des antimicrobiens et promouvoir la prudence en ce qui concerne leur usage et la durée du traitement relèvent du champ de pratique de toutes les infirmières et de tous les infirmiers.
  • Vous avez un rôle capital à remplir, celui de combattre la résistance aux antimicrobiens!

Imaginez un avenir où une infection ordinaire, une pneumonie par exemple, ne pourrait pas être traitée, simplement parce que les antibiotiques ne sont plus efficaces.

Scénario 1

Monsieur H., 87 ans, a de plus en plus de difficulté à s’occuper de ses besoins chez lui, où il vit depuis 40 ans. Il a dû être hospitalisé l’hiver dernier pour traiter une pneumonie et s’est retrouvé aux soins intensifs quand son état s’est dégradé. Il s’est suffisamment remis pour être transféré dans un établissement de soins de longue durée et de réadaptation, mais malheureusement, il est maintenant colonisé par des entérobactériacées productrices de carbapénèmases (EPC). Cet organisme étant résistant, les établissements de soins de longue durée sont très réticents à accepter Monsieur H. Comment en est-on arrivé là? Que peut faire une infirmière ou un infirmier pour prévenir une telle situation à l’avenir?

Scénario 2

Mme P., 75 ans, est atteinte de démence légère et vit seule dans la communauté. Sa famille s’inquiète, car récemment, sa capacité à prendre soin d’elle-même s’est dégradée. Ses antécédents d’infections urinaires récurrentes sont documentés, et sa fille l’a amenée voir un médecin de famille pour lui demander des antibiotiques, car elle semble plus anxieuse et agitée aujourd’hui. Dans un cas comme celui-ci, une infirmière ou un infirmier praticien a-t-il un rôle à jouer pour promouvoir une utilisation judicieuse des antibiotiques?

Quelque temps plus tard…

Mme P. a récemment été admise dans un établissement de soins de longue durée. Son comportement ayant changé, sa famille demande encore des antibiotiques pour traiter ce qu’elle croit être une infection urinaire. Une préposée aux services de soutien à la personne a noté que les urines de Mme P. étaient très foncées et sentaient fort. Que peut faire une infirmière pour aider Mme P. à recevoir les meilleurs soins possible?

Ces scénarios mettent en lumière les conséquences graves de la résistance antimicrobienne sur nos patients et nos collectivités. Le personnel infirmier est particulièrement bien placé pour défendre les droits de ses patients et favoriser des changements dans la pratique en ce qui concerne l’utilisation des agents antimicrobiens.

1. Qu’est-ce que la résistance aux antimicrobiens?
La résistance aux antimicrobiens (RAM) est la capacité d’un microorganisme (bactérie, virus, champignon ou certains parasites, par exemple) à empêcher un antimicrobien (antibiotique, antiviral, antifongique ou antiparasitaire, par ex.) d’agir contre lui. Lorsque les traitements standards perdent leur efficacité, les infections deviennent plus difficiles à traiter et risquent d’être transmises (ASPC, 2015; OMS, 2019a). L’Organisation mondiale de la Santé inclut la résistance aux antimicrobiens dans sa liste des 10 principales menaces pour la santé mondiale en 2019 (OMS, 2019b), pas seulement pour les pays en développement, mais pour nous tous. Selon une projection récente de l’Organisation de coopération et de développement économiques, d’ici 2050, les infections pharmacorésistantes entraîneront 2,4 millions de décès évitables dans les pays développés, le Canada inclus (OCDE, 2018).

2. Quelles sont les conséquences de la résistance aux antimicrobiens sur mes patients, sur ma pratique et sur moi?
Les conséquences de la résistance aux antimicrobiens ne concernent pas seulement la personne qui en reçoit, mais aussi la société dans son ensemble. Vos patients infectés avec des organismes pharmacorésistants devront être traités avec d’autres antibiotiques, qui sont parfois moins efficaces ou ont plus d’effets secondaires. De plus, un lien a été démontré entre ces infections et de mauvais résultats pour la santé, entre autres des hospitalisations plus longues, des complications et des décès (OMS, 2014).

La plupart des gens infectés par un organisme pharmacorésistant sont colonisés, ce qui signifie que l’organisme est présent dans ou sur leur corps sans causer de symptômes. Une fois colonisés, ils courent un plus grand risque de contracter une infection, avec des signes et des symptômes de maladie. Que les patients soient colonisés ou infectés, les infirmières et infirmiers devront prendre des précautions pour les soigner, entre autres, au minimum, utiliser des gants pour les soins directs, et vraisemblablement une blouse, ce qui s’ajoute à leur charge de travail. Ces précautions et la séparation des patients peuvent en outre entraîner leur stigmatisation et leur isolement social et compliquer leur mobilisation ou leur transfert dans un autre établissement mieux adapté, un établissement de soins de longue durée ou une résidence pour personnes âgées, par exemple.

Si les fournisseurs de soins de santé attrapent rarement les organismes résistants aux antimicrobiens (ORA) (Decker et coll., 2017), ils peuvent en avoir sur les mains, sur leur équipement ou sur leurs vêtements et les apporter aux patients suivants. Plus la résistance augmente, plus les antimicrobiens perdent leur efficacité, et comme on met au point moins d’agents antimicrobiens (Boucher et coll., 2009), on pourrait voir apparaître des infections impossibles à traiter. Au Canada, le gouvernement a identifié trois maladies résistantes aux antibiotiques qui sont inquiétantes : la gonorrhée, la pneumonie et la tuberculose (ASPC, 2014), et de nouveaux organismes pharmacorésistants, comme les EPC et le Candida auris, gagnent du terrain (Schwartz, 2018).

3. Qu’est-ce que la gestion des antimicrobiens?
La gestion des antimicrobiens (GAM) est l’usage prudent des antimicrobiens pour limiter les expositions non nécessaires à ces substances et améliorer les taux de guérison des infections, réduire les réactions indésirables aux médicaments, ralentir l’émergence de résistances aux antibiotiques et diminuer les coûts des soins de santé (ANA et CDC, 2017). Les programmes de gestion des antimicrobiens (PGA) font la promotion d’une utilisation de ces médicaments seulement lorsque nécessaire et de la sélection de l’agent antimicrobien qui convient, avec le dosage, le mode d’administration, la fréquence et la durée de traitement qui conviennent, pour obtenir les meilleurs résultats possibles en réduisant au minimum les réactions indésirables. Les PGA font partie des mesures hospitalières pour la sécurité des patients et sont une Pratique organisationnelle requise d’Agrément Canada (Agrément Canada, 2017). Les principes des PGA s’appliquent partout où on utilise des antimicrobiens : hôpitaux, établissements de soins de longue durée, centres de médecine communautaire, agriculture, services vétérinaires, foyers, communauté et ailleurs (OMS, 2019a).

4. Résistance aux antimicrobiens : quels rôles pour le personnel infirmier et pour vous?
Rôle de modèle : Nous jouons toutes et tous un rôle personnel dans la gestion des antimicrobiens, à commencer par le simple geste de ne pas demander d’antibiotiques pour des maladies qui sont vraisemblablement virales (rhumes et toux, par exemple) et en faisant des choix réfléchis en tant que consommateurs, comme sélectionner des aliments sans antibiotiques et éviter les produits de nettoyage antimicrobiens.

Rôle d’éducateur : Le personnel infirmier a un rôle particulier et vital à jouer dans la gestion des antimicrobiens, rôle qui n’a pas encore été pleinement reconnu ou exploité (ANA et CDC, 2017; Carter et coll., 2018; Olans, Olans et Witt, 2017). Nous sommes souvent le premier point de contact pour les patients, résidents ou clients et leur famille quand ils ont un problème de santé, et ils s’attendent à ce que nous les conseillions. Le personnel infirmier peut promouvoir la prévention, y compris la vaccination pour prévenir l’infection et le besoin d’antibiotiques qui en résulte (Bloom, Black, Salisbury et Rappuoli, 2018). Nous sommes bien placés pour expliquer la différence entre colonisation et infection et pou recommander des stratégies de prévention ou de soulagement des symptômes : l’hydratation et la mobilité, par exemple. Nous pouvons rassurer les patients en leur expliquant que les personnes dont nous prenons soin seront rigoureusement évaluées (ANA et CDC, 2017) et suivies de près et que leurs soins ne seront pas inférieurs parce que nous ne les traitons pas d’emblée aux antibiotiques. Nous pouvons éduquer les gens autour de nous quant au fait que les antibiotiques ne sont pas efficaces contre les infections virales (rhumes et grippes, par exemple) et les conseiller pour la gestion des symptômes en cas de toux ou de grippe et pour une bonne hygiène des mains afin de prévenir la propagation des infections; tout cela aidera à réduire la demande pour les antimicrobiens.

Rôle infirmier : Il existe plusieurs façons d’intégrer la gestion des antimicrobiens dans la pratique quotidienne. Les infirmières et infirmiers peuvent par exemple réduire l’emploi inutile d’antibiotiques en évitant de demander des urocultures pour des patients qui ne montrent pas de symptômes d’infections urinaires (Miller, 2016). Ils peuvent aussi servir de point d’accès pour l’utilisation sécuritaire des médicaments et la GAM dans tous les établissements. Pour tous les médicaments que nous administrons, nous sommes tenus de comprendre l’indication, l’action, la dose et la durée normales des traitements, les interactions et les effets secondaires. Nous pouvons surveiller les rapports de laboratoire du point de vue de la sensibilité (le fait que l’organisme est sensible à l’antibiotique) et participer aux décisions cliniques pour le choix d’un antibiotique à spectre étroit, prescrit par voie orale si possible et pour la période la plus courte possible (un traitement de sept jours ou moins suffit pour la plupart des infections simples) (SPO, 2018).

Rôle de promotion d’une pratique interprofessionnelle et de défense des droits des patients : Le personnel infirmier étant au centre des communications entre les patients et les familles d’un côté et le système de santé de l’autre, il doit profiter des occasions de renforcer la collaboration entre les disciplines pour favoriser l’apprentissage, la compréhension commune et le changement organisationnel en ce qui concerne la GAM (ANA et CDC, 2017). Les formateurs peuvent veiller à ce que la GAM soit intégrée à la formation en sciences infirmières (Carter et coll., 2018) et concevoir des outils pédagogiques (lignes directrices et algorithmes, par exemple) que le personnel infirmier peut facilement consulter aux points de service.

Un livre blanc publié en 2017 recommande des activités de gestion des antibiotiques sous la direction du personnel infirmier, y compris la remise en question d’une uroculture d’un point de vue médical, l’utilisation des bonnes techniques pour les urocultures et les hémocultures, la transition de l’administration par voie intraveineuse des antibiotiques à la prise par voie orale, l’obtention et l’enregistrement exacts des antécédents en matière d’allergie aux médicaments contenant de la pénicilline et l’initiation d’un arrêt des antibiotiques qui amènera l’équipe clinique à évaluer et réévaluer le traitement aux antibiotiques (ANA et CDC, 2017; Raybardhan et coll. 2017).

En résumé : « En matière d’antibiotiques, les infirmières et les infirmiers sont les premiers répondants, les pivots des communications, les coordinateurs des soins, en plus d’être ceux qui surveillent nuit et jour l’état des patients, leur sécurité et l’efficacité de leurs traitements aux antibiotiques » (Olans et coll., 2017).

Ressources pour le personnel infirmier

Voici quelques liens essentiels vers des organisations qui fournissent de l’information sur la lutte contre la résistance aux antimicrobiens et le rôle important que peuvent remplir les infirmières et les infirmiers.

Centre de contrôle des maladies de la Colombie-Britannique et Alberta Health

Choisir avec soin Canada

Chief Public Health Officer of Canada’s Spotlight Report 2019

Santé publique Ontario

Agence de la santé publique du Canada

Rapport pleins feux de l’administratrice en chef de la santé publique du Canada 2019

Références

Agence de la santé publique du Canada (ASPC). Résistance et recours aux antimicrobiens au Canada – Cadre d’action fédéral, 2014.

Agence de la santé publique du Canada (ASPC). Plan d’action fédéral sur la résistance et le recours aux antimicrobiens au Canada – Prolongement du Cadre d’action fédéral, 2015.

Agrément Canada. Pratiques organisationnelles requises – Livret 2017, 2017.

American Nurses Association et Centers for Disease Control and Prevention (ANA et CDC). Redefining the antibiotic stewardship team: Recommendations from the American Nurses Association/Centers for Disease Control and Prevention Workgroup on the role of registered nurses in hospital antibiotic stewardship practices, 2017, Silver Springs (MD), American Nurses Association.

Bloom, D. E., Black, S., Salisbury, D. et R. Rappuoli. Antimicrobial resistance and the role of vaccinesProceedings of the National Academy of Sciences of the United States of America, 115(51), 2018, p. 12868-12871.

Boucher, H. W., Talbot, G. H., Bradley, J. S., Edwards, J. E., Gilbert, D., Rice, L. B. … et J. Bartlett. Bad bugs, no drugs: No ESKAPE! An update from the Infectious Diseases Society of AmericaClinical Infectious Diseases, 48(1), 2009, p. 1-12.

Carter, E. J., Greendyke, W. G., Furuya, E. Y., Srinivasan, A., Shelley, A. N., Bothra, A., … et E. L. Larson. Exploring the nurses’ role in antibiotic stewardship: A multisite qualitative study of nurses and infection preventionistsAmerican Journal of Infection Control, 46(5), 2018, p. 492-497.

Decker, B. K., Lau, A. F., Dekker, J. P., Spalding, C. D., Sinaii, N., Conlan, S., … et T. N. Palmore. Healthcare personnel intestinal colonization with multidrug-resistant organisms, Clinical Microbiology and Infection, 24(1), 2017, p. 82.e1-82.e4. doi: 10.1016/j.cmi.2017.05.010

Miller, J. M. Poorly collected specimens may have a negative impact on your antibiotic stewardship program, Clinical Microbiology Newsletter, 38(6), 2016, p. 43-48.

Olans, R. D., Olans, R. N. et D. J. Witt. Good nursing is good antibiotic stewardshipAmerican Journal of Nursing, 117(8), p. 58-63, doi: 10.1097/01.NAJ.0000521974.76835.e0.

Organisation de coopération et développement économiques (OCDE). Stemming the superbug tide: Just a few dollars more2018, Paris, Éditions OCDE. doi: 10.1787/9789264307599-en

Organisation mondiale de la Santé (OMS). Antimicrobial resistance: Global report on surveillance2014.

Organisation mondiale de la Santé (OMS). Principaux repères – Résistance aux antibiotiques, 2019a.

Organisation mondiale de la Santé (OMS). Dix ennemis que l’OMS devra affronter cette année, 2019b.

Raybardhan S., Chung B., Ferreira D., Bitton M., Shin P., Kan T. et P. Das. Nurse prompting for prescriber-led review of antimicrobial use in the critical care unit: a quality improvement intervention with controlled interrupted time series analysis, Open Forum Infectious Diseases, 4(Suppl. 1), 2017, p. S278. doi: 10.1093/ofid/ofx163.624

Santé publique Ontario (SPO). Résumé de preuves pertinentes : Durée de l’antibiothérapie pour traiter la pneumonie dans les foyers de soins de longue durée, 2018.

Schwartz, I. S., Smith, S. W. et T. C. Dingle. Un microorganisme redoutable à nos portes : ce que les fournisseurs de soins de santé savent au sujet de Candida auris, Relevé des maladies transmissibles au Canada, Volume 44-11, 2018.


Madeleine Ashcroft, inf. aut., B. Sc. inf., M. Sc. S., CIC, est infirmière. Pendant ses 40 ans de carrière, elle a travaillé en soins intensifs, salles d’opération, services de sage-femme, soins rénaux, thérapie intraveineuse et soins communautaires et enseigné au niveau collégial avant de s’orienter vers la prévention et le contrôle des infections quelques années avant que le SRAS ne frappe Toronto. Dans ce domaine, elle a travaillé dans des hôpitaux de soins actifs, chroniques et de réadaptation, en soins de longue durée, dans des réseaux régionaux et à l’OMS, et elle est actuellement directrice, Normes et lignes directrices, et représentante du Réseau canadien des spécialités en soins infirmiers à PCI Canada et spécialiste régionale de la PCI à Santé publique Ontario.
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