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Une relation thérapeutique à chérir : les joies des soins aux personnes âgées

  
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oct. 15, 2019, Par: Laura Eggertson
Jennifer Baumbusch teaching
Teckles Photography Inc.

L’histoire d’amour de Jennifer Baumbusch avec les soins infirmiers gériatriques a commencé avec ses responsabilités d’aidante auprès de sa grand-mère, Ella Austrup, qui a emménagé avec sa famille quand Mme Baumbusch avait neuf ans.

À l’époque, Mme Austrup avait 76 ans et occupait un appartement de la famille Baumbusch, à Vancouver. Tous les jours, la petite Jennifer passait quelques heures avec sa grand-mère, et regardait souvent la télévision avec elle après l’école. Quand elle avait 19 ans et faisait sa première année de baccalauréat en sciences appliquées à l’Université de la Colombie-Britannique (UBC), sa grand-mère a subi un grave accident vasculaire cérébral. Tous les membres de la famille sont devenus des aidants.

Mme Baumbusch préparait les repas de sa grand-mère, restait avec elle pendant qu’elle mangeait pour s’assurer qu’elle ne s’étouffe pas et l’aidait à prendre ses médicaments. Elle l’accompagnait à l’église et l’emmenait rendre visite à ses amies. Mais surtout, elle tenait compagnie à Mme Austrup.

« Cette expérience intergénérationnelle et le fait de m’occuper d’elle quand elle est devenue plus fragile ont été d’une grande importante pour moi, insiste Mme Baumbusch. L’impact sur ma carrière a été vraiment majeur. »

Après un stage en obstétrique, qu’elle s’attendait à adorer mais n’a pas aimé, Mme Baumbusch a compris que ce qui la passionnait, c’était de bâtir une relation avec les patients, ce qui est difficile avec des femmes venues accoucher et dont le séjour à l’hôpital est généralement court. Son stage dans l’unité de gérontologie d’un hôpital communautaire est devenu son affectation préférée. Là, elle pouvait faire réellement connaissance avec les patients.

« Beaucoup de gens n’aiment pas la gériatrie parce qu’ils trouvent ça lent, fait remarquer Mme Baumbusch. Ils évitent les relations thérapeutiques avec les personnes âgées. J’étais différente : c’est la partie qui me tenait vraiment à cœur. »

Apprendre aux étudiantes et aux étudiants à prendre soin des personnes âgées

Maintenant professeure agrégée à l’École de sciences infirmières de la UBC, Mme Baumbusch enseigne les soins aux personnes âgées dans le programme de premier cycle et dans le programme de maîtrise en leadership en santé et politiques en matière de soins aux personnes âgées. Elle transmet les connaissances qu’elle a acquises pendant ses 13 années en soins aux patients, soins cliniques et gestion dans des établissements de soins de longue durée.

Pour la majeure partie, cependant, Mme Baumbusch consacre son temps à la recherche. Elle étudie des façons d’améliorer les soins aux personnes âgées dans l’ensemble du système.

Jennifer Baumbusch speaking with students
Teckles Photography Inc.
Mme Baumbusch enseigne les soins aux personnes âgées dans le programme de premier cycle et dans le programme de maîtrise en leadership en santé et politiques en matière de soins aux personnes âgées. Elle transmet les connaissances qu’elle a acquises pendant ses 13 années en soins aux patients, soins cliniques et gestion dans des établissements de soins de longue durée.

« La raison pour laquelle j’ai continué d’aller à l’université était ma frustration de constater le manque d’effort pour améliorer les soins aux personnes âgées dans tout le système de santé, raconte Mme Baumbusch. Notre culture est très âgiste, ce qui fait que nous ne voulons pas penser au jour où nous vieillirons et deviendrons fragiles et dépendants. »

Après avoir obtenu son baccalauréat en sciences infirmières et avoir travaillé sur le terrain, Mme Baumbusch a fait un diplôme en gérontologie à l’Université Simon Fraser, puis une maîtrise à l’Université Western Ontario (maintenant l’Université Western), et ensuite son doctorat à la UBC.

En même temps qu’elle faisait ses études et travaillait, Mme Baumbusch élevait aussi avec son mari, Dean Lastoria, leur fille Ellanore. Elle passe beaucoup de temps à profiter de l’océan et des nombreuses montagnes de la C.-B. avec ses deux chiens. Et quand elle n’est pas en train de travailler ou de marcher, elle se plonge dans des énigmes policières. La lecture est pour elle une façon de se détendre quand elle ne se bat pas pour les droits des patients ou ceux d’Ellanore, qui a un handicap.

Dé-stigmatiser les soins infirmiers gériatriques

Son expérience personnelle en matière de plaidoyer est l’une des raisons pour lesquelles Mme Baumbusch est convaincue de l’importance de renforcer l’autonomie d’autres familles en leur donnant les outils nécessaires pour intervenir durant les conférences de cas et demander ce dont elles ont besoin pour les personnes âgées. Elle est aussi déterminée à combattre le stigma associé aux soins infirmiers gériatriques.

L’âgisme, omniprésent dans notre société, n’épargne pas les soins de santé et les soins infirmiers, en particulier l’affectation des ressources aux soins pour les personnes âgées, soutient-elle.

« Dans les hôpitaux, les unités les plus vieilles et les plus minables sont celles où se trouvent les personnes âgées, celles avec l’équipement le plus vieux et le plus minable aussi », déplore Mme Baumbusch. Elle veut améliorer les politiques et la répartition des ressources, ainsi que la formation des infirmières et infirmiers en gérontologie.

Toutes les infirmières et tous les infirmiers travaillent auprès de personnes âgées, car près de la moitié des patients qui se présentent à l’hôpital ont 65 ans ou plus, souligne-t-elle, et ce pourcentage ne fera qu’augmenter au cours des prochaines décennies.

« Nous avons tous besoin de ces connaissances spécialisées et il faut que nous renforcions notre capacité dans ce domaine », fait remarquer Mme Baumbusch.

L’un des changements importants qu’elle a obtenus dans la formation du personnel infirmier à la UBC est que le stage en gérontologie n’est plus le premier que font les étudiantes et les étudiants, alors qu’ils ont le moins d’expérience. Un nouveau cours en soins infirmiers aux personnes âgées est maintenant au programme, à mi-parcours, quand ils ont acquis plus de compétences.

Des collectivités sûres et chaleureuses pour les personnes âgées

Les attitudes aussi doivent évoluer, estime Mme Baumbusch. Loin de l’image des établissements de soins de longue durée comme des endroits déprimants, elle transmet à ses élèves et à ses collègues sa vision personnelle de collectivités sûres et chaleureuses de résidents et de personnel soignant. Elle insiste en outre sur le vaste champ de pratique qui est nécessaire pour le personnel infirmier, compte tenu de son autonomie dans ces établissements.

« Comme nous n’avons pas beaucoup de moyens technologiques, nous devons devenir excellents dans nos évaluations, explique-t-elle. Nous devons réunir notre équipe pour pratiquer les interventions nécessaires, maintenir les gens en aussi bonne santé que possible et leur offrir une bonne qualité de vie en fin de vie. »

Les infirmières et infirmiers ont besoin de connaissances spécialisées pour repérer les changements et fournir des soins à des corps âgés, s’occuper de problèmes médicaux complexes et être sûrs d’eux en tant que leaders, car dans un établissement de soins de longue durée, ils sont parfois les seuls professionnels réglementés sur place. Elle recommande aux étudiantes et étudiants que ce domaine intéresse de suivre des cours complémentaires ou d’obtenir la certification de l’Association des infirmières et infirmiers du Canada en gérontologie, par exemple.

« J’ai entendu il y a longtemps le slogan “technologie minimale, toucher maximal”, et c’est de ça qu’il s’agit, fait valoir Mme Baumbusch. Beaucoup de gens n’ont pas l’impression de fournir des soins infirmiers s’ils n’ont pas tout le temps les yeux rivés sur une machine et les doigts sur des boutons. »

Soigner des personnes âgées, c’est souvent les écouter raconter leur vie et les aider à composer avec leurs pertes, tant physiques qu’affectives.

« Si accompagner des gens en fin de vie vous dérange, ce domaine n’est pas pour vous, tranche-t-elle. C’est un peu une combinaison de soins de santé et de services sociaux. »


Laura Eggertson est journaliste indépendante à Wolfville, N.-É.

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