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Pourquoi des infirmières et infirmiers font-ils une maîtrise?

  
https://www.canadian-nurse.com/blogs/cn-content/2019/09/23/why-do-nurses-pursue-a-masters-degree
sept. 23, 2019, Par: Deborah Francis
An empty hospital hallway.
iStock.com/Bim

Messages à retenir

  • Beaucoup d’infirmières et infirmiers font une maîtrise, mais pas nécessairement en sciences infirmières. D’autres domaines, comme l’administration des affaires ou les politiques de santé, sont également pertinents pour la profession infirmière.
  • Leur expérience en première ligne influence souvent le choix de maîtrise.
  • Quelle que soit la voie choisie, l’objectif, avec la maîtrise, est l’avancement de la profession infirmière.

J’ai eu une discussion intéressante avec un collègue au sujet des infirmières et infirmiers qui ont une maîtrise. « On dirait que maintenant, tous les jeunes infirmiers et infirmières autorisés font leur maîtrise en sciences infirmières, me disait-il. S’ils visent des postes de gestion, étant donné qu’il y a un nombre fini d’infirmières et infirmiers, qu’adviendra-t-il des postes de première ligne? On a besoin de personnel de première ligne. »

Notant mentalement que j’étais moi-même « jeune avec une maîtrise », instinctivement, j’ai eu envie de répondre « Qu’est-ce qui te fait penser que nous souhaitons tous un poste de gestion? D’où vient cette idée que nous faisons une maîtrise pour échapper au chevet des patients et, surtout, pourquoi ne se pose-t-on jamais cette question pour les autres professions, la physiothérapie et l’ergothérapie, par exemple? Pourquoi dans le domaine infirmier voit-on la maîtrise quasiment comme un abandon du travail au chevet des patients ou un message aux générations suivantes que le travail auprès des patients est inférieur aux autres? » Au lieu de poser ces questions, je suis restée silencieuse, l’air incrédule, plongée dans mes pensées. J’ai réfléchi plusieurs jours à cette perception.

Voici quelques-unes des pensées qui me sont venues dans ces moments de réflexion silencieuse.

D’une certaine manière, je ne peux pas totalement rejeter le point de vue de mon collègue. Si je pouvais revenir en arrière, cependant, je lui répondrais quelque chose comme ce qui suit.

Thèmes communs

Si le choix de faire des études supérieures est très personnel, certains thèmes communs unissent les infirmières et infirmiers qui décident de faire une maîtrise. Ces derniers se divisent en deux grands groupes.

Dans le premier, il y a ceux qui pensent qu’une maîtrise leur donnerait la possibilité d’« échapper » au travail auprès des patients. Le second regroupe ceux et celles qui veulent explorer l’univers infirmier et le faire évoluer grâce à leurs compétences et réseaux de contacts nouvellement acquis.

Jusqu’à maintenant, dans ma carrière, la plupart me semblent tomber dans le second camp, et c’est encourageant. J’ai eu le privilège d’échanger avec certaines des meilleures têtes pensantes de notre profession, et elles m’ont donné envie de repousser les frontières et de ne pas accepter le statu quo. En fin de compte, ces personnes ont ravivé ma passion pour ma profession.

Avec ses multiples facettes, le travail infirmier offre diverses possibilités de mener des études supérieures. Le choix des infirmières et infirmiers est souvent déterminé par leur expérience en première ligne.

Perspective particulière

Le travail en première ligne donne au personnel infirmier une perspective particulière qui lui permet de voir pour lui-même la valeur des ressources et l’incidence qu’elles ont sur les soins aux patients. Les infirmières et infirmiers de première ligne comprennent leur rôle au sein d’une profession autoréglementée, où la formation continue est essentielle. Ils apprécient donc l’importance d’avoir une base de connaissances sur laquelle appuyer leur pratique.

Les interactions quotidiennes avec les patients aident le personnel infirmier de première ligne à apprécier la technologie et la recherche; il voit concrètement comment elles rendent les interactions plus fructueuses et satisfaisantes, tant pour les patients que pour lui. Ces expériences donnent au personnel de première ligne un point de vue utile.

Lorsque les infirmières et infirmiers décident de faire des études supérieures, leur choix est souvent orienté par la portée de ces expériences antérieures sur leur carrière.

Voies différentes

Les infirmières et infirmiers qui sont en phase avec le monde de la technologie et apprécient ses effets sur les soins aux patients optent souvent pour une maîtrise en informatique de la santé. Ceux qui s’intéressent aux choix dans l’affectation des ressources, comme le financement et le personnel, et au fonctionnement des soins de santé dans leur ensemble pourront choisir de faire une maîtrise en administration des soins infirmiers ou en administration des affaires. Ceux qui attachent de l’importance à l’enseignement et à l’avancement de la profession par de nouveaux travaux de recherche pourront décider de faire une maîtrise pour étendre leur connaissance de la recherche et de l’enseignement en tant que chercheurs, scientifiques ou formateurs. Et ceux qui aiment interagir directement avec les patients et travailler de manière plus autonome choisiront peut-être de devenir infirmières et infirmiers praticiens.

Supposer que des infirmières et infirmiers font une maîtrise dans le seul but d’obtenir un poste de gestion me semble assez réducteur, en ce sens que cela ne tient pas compte du large éventail des possibilités qui s’ouvrent à eux.

Qui plus est, considérer que les infirmières et infirmiers qui font leur maîtrise dans un domaine autre que les sciences infirmières – en administration des affaires, en éducation ou en droit, par exemple – abandonnent leur domaine a pour effet de limiter l’avancement de la profession infirmière. Souvent, quand notre profession a progressé, c’était grâce à des pionniers qui ont exploré des voies différentes et, loin d’appauvrir la voix de la profession, l’ont renforcée en fin de compte. Si Florence Nightingale s’était confinée au rôle traditionnel de l’infirmière, elle n’aurait jamais examiné la portée de l’environnement sur les soins aux patients et ne se serait jamais battue pour la profession infirmière comme elle l’a fait.

Une place autour de la table

D’un point de vue plus personnel, au contact d’une agence d’architectes qui réaménageait l’espace dans l’hôpital où je travaillais, j’ai découvert que l’une des associées avait une formation d’infirmière autorisée. Intriguée, je suis allée lui demander pourquoi elle avait choisi de travailler dans une agence d’architectes. Sa réponse m’a sidérée. Elle m’a répondu : « J’ai fait ce choix parce que je voulais changer la façon dont les espaces de soins sont conçus. Je me souviens avoir travaillé dans des espaces qui ne favorisaient pas des soins de qualité quand j’étais infirmière de première ligne, et j’ai voulu que ça change. Je pense toujours en infirmière, même si je ne suis plus en première ligne, et mon autorisation est toujours en règle. » Ces propos m’ont vraiment ouvert les yeux.

Pourquoi ai-je décidé de faire une maîtrise en sciences infirmières? Je l’ai fait avec un optimisme lucide, pas pour « décrocher un poste de gestion », mais pour être en mesure d’inspirer une génération de jeunes infirmières et infirmiers qui pourraient être déçus par cette profession, que ce soit à cause des pressions sur le secteur des soins de santé, des méthodes désuètes, du manque de soutien ou du fait qu’ils ne voyaient pas leur valeur alors que le métier est en pleine redéfinition.

De bien des façons, ce n’est pas parce que l’on choisit de faire une maîtrise que l’on abandonne la première ligne. Au contraire, cela nous permet d’être à jour et, ainsi, de demander une place autour de la table pour préserver ce rôle absolument essentiel des infirmières et infirmiers de première ligne, un rôle qui sera toujours – et c’est très bien ainsi – la pierre angulaire des soins infirmiers.


Deborah Francis est consultante en pratique infirmière à Unity Health à Toronto. Sa passion pour les systèmes de santé, la pratique professionnelle en soins infirmiers et le leadership lui vient de son expérience d’infirmière autorisée et du mentorat qu’elle a reçu de chefs de file inspirants de la profession.

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