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Les soins de longue durée ne sont pas « défaillants » : de l’espoir en temps de pandémie

  
https://www.canadian-nurse.com/blogs/cn-content/2021/07/12/long-term-care-is-not-broken-manager-finds-hope-at
juil. 12, 2021, Par: Lara Kutowy
management team at Carleton Lodge taking a group picture outdoors with a tree
Gracieuseté de Lara Kutowy
L’équipe de gestion du Carleton Lodge, de gauche à droite : Mary Zion, administratrice; Anna Leigh Oldford, gestionnaire de programme de l’accueil; Karen Gallagher, gestionnaire de programme des loisirs; Lara Kutowy, gestionnaire de programme des soins aux bénéficiaires; Lucia Johnson, gestionnaire de programme des soins aux bénéficiaires; Jean Michel René, gestionnaire de programme des soins personnels.

L’année dernière, les bonnes nouvelles en provenance des établissements de soins de longue durée (SLD) ont fait cruellement défaut, alors que la pandémie de COVID-19 faisait des ravages sur un système déjà poussé à ses limites. Le nombre de vies perdues dans les établissements de SLD partout au Canada a été dévastateur. Ceux d’entre nous qui travaillaient en SLD durant cette période ont connu un état constant de stress et d’inquiétude. Les nouvelles nous apportaient un flot d’information constant sur la situation des SLD au Canada. Sans arrêt, nous entendions parler d’une autre résidence anéantie par la COVID. Mais tous ces bulletins de nouvelles omettaient de mentionner l’autre côté de la médaille : celui qui rapprochait les gens et qui transformait les collègues en amis, et les amis en famille. On entendait sans cesse que le système de SLD était défaillant.

Je tiens à préciser une chose : quelle que soit votre opinion sur le système, les professionnels qui travaillent en SLD ne sont pas défaillants! Ils sont attentionnés et se sont présentés chaque jour pour s’occuper des gens les plus vulnérables de notre société, malgré le risque qu’ils couraient. C’est pourquoi cet article est consacré aux milliers de travailleurs en SLD qui ont accompli de petits gestes de bonté afin d’apporter un peu d’humanité dans la vie de nos aînés, qui ont tant perdu au cours de cette période inédite.

Le poids du monde

Tout au long de cette pandémie, les employés de notre établissement à Ottawa m’ont raconté leur constante inquiétude quant à la sécurité des bénéficiaires. Chaque sortie à l’épicerie était accompagnée d’un sentiment de doute : Et si j’étais exposé à la COVID et que je la transmettais aux bénéficiaires? Le poids de la menace était écrasant. Je me souviens d’avoir informé de jeunes étudiants en soins infirmiers que tout ce qu’ils faisaient dans la communauté avait des répercussions. Chaque fête à laquelle ils décidaient de prendre part pouvait être préjudiciable à nos bénéficiaires. Tout ce qui dérogeait à la responsabilité de protéger la vie d’une autre personne ne pouvait être toléré. L’équipe de direction du Carleton Lodge, la résidence où je travaille, a tenté de communiquer au personnel le poids stupéfiant de la responsabilité qui nous avait été confiée. Nous avons veillé à ce que le personnel reconnaisse son rôle dans la sécurité des bénéficiaires. Nous devions tous assumer une partie de ce fardeau en raison des risques associés au fait de baisser la garde.

Je suis convaincue que vous dénicheriez des témoignages semblables de vie et d’espoir dans d’autres établissements de SLD durant la pandémie.

Nous avons abordé à plusieurs reprises l’importance de la prévention et du contrôle de l’infection avec notre personnel. Nous avons évoqué la nécessité du port du masque universel à une époque où son efficacité faisait l’objet de nombreux débats. En fait, ma mère retraitée a fabriqué plus de 300 masques, distribués gratuitement à notre personnel afin de garantir leur sécurité. Le message se résumait à ceci : portez-en un dans la communauté, et protégez-nous tous! Lorsque le port du masque est devenu obligatoire dans notre établissement, nous avons joué le rôle de « police du masque ». Nous nous tenions à la porte et, avant que quiconque n’entre, nous lui expliquions comment le porter. Non seulement nous nous inquiétions du virus, mais aussi de la durée de nos réserves. Au début de la pandémie, nous ne savions pas si nous serions réapprovisionnés en équipement de protection individuelle, ni quand. Heureusement, nous en avons toujours eu assez.

Gracieuseté de Lara Kutowy
« Cet article est consacré aux milliers de travailleurs en SLD qui ont accompli de petits gestes de bonté afin d’apporter un peu d’humanité dans la vie de nos aînés, qui ont tant perdu au cours de cette période inédite », dit Lara Kutowy.

Se soutenir mutuellement

Notre capacité à nous serrer les coudes au Carleton Lodge a fait du chemin. En tant que responsables des soins de santé, nous devions nous rappeler que dans ce pessimisme ambiant, notre tâche la plus importante était de soutenir notre personnel et d’en retirer du plaisir. Dès les débuts de la pandémie, ma gestionnaire a adopté un rituel encourageant le personnel à chanter tout haut. Croyez-moi qu’il n’y a rien de plus puissant qu’un groupe de travailleurs de la santé de première ligne, masqué et gardant ses distances qui se chante Lean on Me. C’en est même devenu la norme lors des réunions du personnel au Carleton Lodge. Ce qui était au départ une pratique solennelle s’est transformé en une fête où la danse accompagne le chant. Le personnel propose des chansons pour se soutenir mutuellement. Et les bénéficiaires adorent se joindre au chœur.

Lorsque l’on ressent le poids du monde peser sur ses épaules, le soutien des autres devient indispensable. Au cours de cette période, nos systèmes de soutien habituels ont fait cruellement défaut, car tout le monde était coupé de ses proches. De plus, les seules personnes qui pouvaient vraiment comprendre ce que nous vivions au quotidien en SLD étaient nos collègues. Les personnes qui étaient de simples collègues au tout début de la pandémie sont vite devenues mes plus proches confidents, mes amis et ma famille. Personne d’autre que des collègues infirmiers, qui surmontent les épreuves avec nous chaque jour, ne peut comprendre en quoi compter des milliers de masques, de blouses et de gants et arriver chaque fois à un nombre différent peut être la chose la plus drôle au monde. Les journées de cheveux en bataille et la célébration de chaque jour férié ont ramené une certaine normalité et ont aidé l’établissement à devenir un foyer non seulement pour les bénéficiaires, mais aussi pour le personnel. En tout temps, mais surtout durant une telle pandémie, les membres du personnel heureux qu’on encourage à transmettre leur joie de vivre et à rire sont ceux qui apportent un petit « bonus » à leur travail et qui contribuent vraiment positivement à la vie des bénéficiaires.

De petits gestes qui peuvent aller loin

Un simple geste peut changer la vie des gens. L’été dernier, par exemple, une de nos bénéficiaires célébrait son anniversaire de mariage et, comme nous avions récemment rétabli les visites dans le jardin pour les familles, son conjoint, qui vit dans la communauté, avait planifié une visite. Malheureusement, Ottawa était alors en pleine canicule. Sachant que nos bénéficiaires sont très vulnérables à la chaleur, nous avons annulé de nombreuses visites extérieures avec les familles. Cette dame était naturellement contrariée de ne pouvoir être avec son conjoint le jour de leur anniversaire. L’employée du service des loisirs qui devait l’accompagner ce jour-là est arrivée des heures en avance au travail afin qu’elle et son mari puissent célébrer ensemble avant que la chaleur ne devienne intolérable. Ainsi, l’employée a fait un petit sacrifice personnel pour offrir à la bénéficiaire une certaine normalité, tout en gardant à l’esprit la sécurité de chacun.

Dans un autre cas, on avait demandé à une préposée aux bénéficiaires de s’occuper personnellement d’une nouvelle résidente qui devait s’isoler dans sa chambre pendant 14 jours. Alors que cette dame était endormie, la préposée a demandé à ses collègues de lui emmener d’autres bénéficiaires. Comme elle était aussi coiffeuse, elle en a profité pour couper et friser les cheveux de plusieurs autres résidentes et de les maquiller, tout en prenant les précautions nécessaires. Elle a ainsi redonné aux bénéficiaires le sentiment d’identité que le virus leur avait brutalement dérobé, tout en continuant à accomplir les tâches qu’on lui avait confiées.

Je suis convaincue que partout au Canada et probablement dans le reste du monde, vous dénicheriez des témoignages semblables de vie et d’espoir dans d’autres établissements de SLD durant la pandémie. L’aspect qu’omettent toutes les histoires qu’on nous a racontées est que le personnel en SLD fait de son mieux parce qu’il veut que les dernières années de nos bénéficiaires soient aussi agréables que possible. J’espère que d’autres dirigeants et membres du personnel infirmier en SLD se souviendront d’appuyer leur personnel et de favoriser l’innovation. Les améliorations que vous constaterez chez vos bénéficiaires vous étonneront. Au Carleton Lodge, bénéficiaires et personnel soignant ont entrepris ce parcours comme des personnes distinctes aux objectifs communs. Mais ce que la pandémie a créé, c’est un foyer. Un foyer, à l’unisson!


Lara Kutowy, IP, est gestionnaire de programme des soins aux bénéficiaires à Carleton Lodge, qui est gérée par la Ville d’Ottawa. Elle travaille au Carleton Lodge depuis 17 ans, d’abord comme infirmière responsable du service, puis comme gestionnaire. Lara a récemment obtenu sa désignation d’infirmière praticienne qui, espère-t-elle, lui permettra d’apporter un meilleur soutien à son milieu de SLD.

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