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L’heure est venue d’appuyer de ma voix le mouvement Black Lives Matter

  
https://www.canadian-nurse.com/blogs/cn-content/2020/08/24/its-time-to-use-my-voice-to-support-black-lives-ma
août 24, 2020, Par: Erin Weisbeck

(en anglais seulement)

Cet article est l’un des premiers qu’infirmière canadienne consacrera à la question du racisme – en particulier le racisme anti-Noirs – dans les soins de santé, y compris les soins infirmiers. Notre objectif est de faire entendre celles et ceux qui ont connu le racisme ou veulent le dénoncer.

Messages à retenir

  • Il faut soutenir davantage les personnes confrontées à une discrimination raciale systémique et à des agressions raciales subtiles.
  • Souvent, les personnes noires et celles qui appartiennent à une autre minorité visible se taisent, car lutter contre le racisme qu’elles rencontrent coûte cher émotionnellement, spirituellement et mentalement.
  • Les attitudes racistes ont des effets cumulatifs extrêmement douloureux sur l’esprit, la confiance, l’estime de soi et la santé d’une personne.

J’ai écrit ces réflexions parce que je veux participer au changement en Saskatchewan en sensibilisant les gens au racisme qui affecte la vie des Noirs, des Premières Nations et des minorités visibles. Infirmière noire biraciale, j’exerce en Saskatchewan. Mon parcours professionnel n’a pas été facile parce que je suis membre d’une minorité visible. Je m’exprime aujourd’hui parce que l’heure est venue d’appuyer de ma voix le mouvement Black Lives Matter.

J’ai vécu tellement d’exemples personnels de traitements injustes et dépourvus de compassion et de gentillesse pendant mes études et ma carrière infirmières que je pourrais écrire une encyclopédie sur la question. L’exemple le plus récent? C’était dans le coin-repas d’un des endroits où je travaille. Une collègue blanche a fait un commentaire hâtif sur le fait que, oui, il existe un racisme envers les personnes noires « ailleurs », mais qu’elle ne pensait pas « que le racisme anti-Noirs existe en Saskatchewan ». Son ignorance m’a choquée. Normalement, je me serais tue face à ce genre de commentaire, car je n’aime pas être perçue comme une « personne noire en colère et aigrie » ou, pire encore, comme « quelqu’un qui joue la carte de la race » à son avantage ou pour se protéger à tort.

Je sais que d’autres personnes noires ou de minorités visibles ne relèvent pas tous les commentaires inappropriés ou autres agressions subtiles et choisissent plutôt de balayer les problèmes sous le tapis, car lutter contre le racisme qu’elles rencontrent coûte cher émotionnellement, spirituellement et mentalement. Qui plus est, si elles s’élèvent contre le racisme systémique et le remettent en question, les personnes appartenant à une minorité visible pensent s’exposer au congédiement sous d’autres prétextes, comme le fait qu’elles ne sont pas la bonne personne pour ce milieu de travail ou qu’elles travaillent mal en équipe. D’un autre côté, on excuse parfois le traitement dur, intolérant ou dépourvu de compassion d’une personne blanche à l’égard d’une autre qui appartient à une minorité visible en disant : « il ou elle passe juste une mauvaise journée » ou « subit toutes sortes de pressions, donc laisse tomber ».

Si elles s’élèvent contre le racisme systémique et le remettent en question, les personnes appartenant à une minorité visible pensent s’exposer au congédiement.

Souvent, il est très difficile d’identifier les micro-agressions profondément toxiques, comme les regards en coin ou les rires sarcastiques au cours de réunions. Par ailleurs, il m’est arrivé d’être exclue d’activités sociales organisées par des collègues en majorité blancs.

L’heure du changement a sonné. Cette fois, lors de l’incident dans le coin repas, je me suis élevée contre le racisme. J’ai donné à ma collègue quelques petits exemples de mon expérience en tant que personne noire biraciale. Je lui ai demandé si elle avait déjà été suivie par le personnel de sécurité alors qu’elle faisait ses courses dans une pharmacie ou une épicerie, comme ça m’est arrivé. Je lui ai demandé si on l’avait déjà réaffectée parce qu’un patient ne voulait pas qu’une infirmière noire s’occupe de lui, comme ça m’est arrivé.

Je lui ai demandé s’il lui était arrivé, après une réussite importante, de ne recevoir aucune marque de reconnaissance de ses collègues, pas même une carte de félicitation. Pour ma part, j’ai contribué religieusement pendant cinq ans, au travail, au fonds social servant à acheter des cartes et des cadeaux pour marquer des événements importants dans la vie des autres employés. Pourtant, quand j’ai fini ma maîtrise et que je suis devenue infirmière praticienne, aucun de mes collègues ne m’a félicitée, pas même avec une carte d’adieu pour me souhaiter bonne chance dans mon nouveau poste comme IP. Je dois préciser que tous les milieux ne sont pas comme ça : j’ai reçu de très gentils messages de mes collègues quand j’ai quitté une autre équipe, où je travaillais à l’époque; point intéressant, la diversité raciale y était plus grande.

Je repense à mes études de premier cycle en sciences infirmières, quand on m’a dit que ma « pensée critique » laissait à désirer. J’ai entendu de nombreuses personnes appartenant à des minorités visibles se faire dire la même chose par des instructeurs. Pourtant, ce commentaire ne correspondait en rien aux mesures objectives, comme les notes obtenues aux tests, tout au long de mes études. Qui plus est, j’ai plus de 12 années de carrière en soins infirmiers, années pendant lesquelles je suis fière d’avoir donné des soins sûrs aux patients, sans incident.

Les personnes noires, des Premières Nations et d’autres minorités visibles doivent travailler davantage pour réussir parce qu’elles n’ont pas le luxe du privilège blanc.

Pour finir, j’en ai assez qu’on me demande d’où je viens parce que la couleur de ma peau donne aux gens l’idée que je viens d’ailleurs. Je suis née en Ontario en 1975, et c’est là que j’ai grandi; je vis en Saskatchewan depuis 2003. Les racines de ma famille au Canada remontent à 1904. Récemment, j’ai été réembauchée par une ancienne région sanitaire de Saskatchewan, et j’ai suivi une orientation générale le 16 mai 2020. La première chose qu’on m’a demandée quand je me suis approchée du bureau des inscriptions pour la séance était si j’avais été embauchée dans les services alimentaires. Pourquoi cette supposition? Le profilage racial doit cesser!

Ce ne sont là que quelques-unes des choses que j’ai vécues, et je sais qu’elles sont très subtiles et qu’il est difficile d’être absolument certain qu’elles soient le fait d’une discrimination raciale, mais c’est ainsi que je les ai ressenties. Néanmoins, le racisme subtil a des effets cumulatifs extrêmement douloureux sur l’esprit, la confiance, l’estime de soi et la santé d’une personne. De plus, je suis convaincue qu’il faut reconnaître que les personnes noires, des Premières Nations et d’autres minorités visibles doivent travailler davantage pour réussir parce qu’elles n’ont pas le luxe du privilège blanc.

J’amorce cette discussion parce que le racisme est l’un des enjeux centraux identifiés dans le Code de déontologie des infirmières et infirmiers autorisés de l’Association des infirmières et infirmiers du Canada et parce que c’est un déterminant important de la santé. Où, quand et comment remédiera-t-on à ces problèmes? Je sais que je ne suis pas la seule à m’en inquiéter.

Nous devons soutenir davantage les personnes confrontées à une discrimination raciale systémique et à des agressions raciales subtiles au quotidien. Ignorer et taire le racisme qui existe en Saskatchewan et à travers le monde perpétue le racisme. C’est un problème très répandu dans le monde en plus d’être majeur sur la scène locale, et je pose la question : que faisons-nous en tant que société et qu’organisation pour que les choses changent pour le mieux et pour soutenir le mouvement Black Lives Matter?


Erin Weisbeck est infirmière praticienne. Noire et biraciale, elle vit et exerce en Saskatchewan. Elle s’intéresse entre autres à la discrimination raciale dans les soins de santé, à en apprendre davantage sur le sujet, à sensibiliser les gens et à la combattre, dans l’intention de supprimer le racisme systémique et d’améliorer ainsi le quotidien des personnes noires, des Premières Nations et des minorités visibles au Canada.

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