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« L’enfant était il en sûreté? » Une infirmière de Calgary réfléchit à sa carrière auprès des familles

  
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nov. 01, 2021, Par: Laura Eggertson
child sitting in a hallway upset with his head down
istockphoto.com/portfolio/kieferpix
Donna Warren souhaiterait que l’école enseigne les compétences parentales et les relations saines aux adolescents et aux jeunes adultes. « Pour reconnaître une relation problématique et savoir quand chercher de l’aide, il faut savoir à quoi ressemble une telle relation », explique t elle.

Le jour où une enfant battue, une fillette de six ans, est arrivée à l’urgence de l’hôpital pour enfants de l’Alberta, l’infirmière clinicienne Donna Warren a commencé une carrière de 25 ans dans le domaine des services aux enfants maltraités.

La petite était meurtrie de la tête aux pieds. Elle avait été battue par le petit ami de sa mère, qui cherchait ainsi à la « discipliner ».

« Elle était couverte de marques noir et bleu », se souvient Donna Warren.

La tâche immédiate de Donna Warren consistait à établir un plan de traitement pour la fillette. Mais en parlant aux policiers et aux travailleurs sociaux, elle était consciente que la mère de l’enfant avait elle aussi besoin d’aide et d’attention.

Donna Warren
Courtesy of Donna Warren
Donna Warren’s ability to understand factors behind child abuse and to empathize with the entire family made her stick with a field many find too distressing to enter. Now 68 and retired, it is her experience in child abuse services that she finds most rewarding.

Parce que la mère n’avait pas su protéger son enfant de son petit ami, elle était aussi jugée responsable des blessures de sa fille.

« Si une personne fait du mal à votre enfant, cette personne doit partir », dit Donna Warren.

Mais elle comprenait aussi ce qui avait poussé la mère à vouloir s’allier à un partenaire pour partager ses responsabilités parentales.

« Je pouvais comprendre qu’elle n’avait pas d’autres soignants, qu’elle était seule et qu’elle avait besoin de sortir. Je pouvais vraiment compatir avec eux tous. C’est cette famille qui m’a vraiment motivée et sensibilisée à la maltraitance des enfants. »

Les services sociaux sont plus tard venus chercher sa jeune patiente pour la placer dans un foyer d’accueil.

Traitement des traumatismes

C’était en 1992. Donna Warren avait déjà travaillé près de 20 ans aux soins intensifs et aux urgences. Elle avait été témoin de tous les types de traumatisme.

Lorsqu’un poste à temps partiel s’est ouvert au service de protection de l’enfance, elle s’est sentie appelée à changer de spécialité. Elle a postulé et obtenu le poste, qui est éventuellement devenu un poste à temps plein.

Pour être à la hauteur de ses nouvelles fonctions, elle a lu tout ce qu’elle pouvait trouver sur les causes, la prévention et le traitement de la maltraitance, des traumatismes et de la dépendance.

« Les gens ne comprennent pas plusieurs facteurs sous-jacents liés à la maltraitance des enfants », fait elle remarquer.

« La plupart des gens ne veulent pas faire du mal aux enfants intentionnellement », ajoute-t elle.

La pauvreté est l’un des principaux facteurs sous jacents, tout comme les traumatismes intergénérationnels. Le manque de soutien de la famille élargie en est un autre.

« Les antécédents de maltraitance, les troubles de santé mentale, tout ça est relié au problème. Il se perpétue à partir de là. »

La capacité de Donna Warren à comprendre ces facteurs et à éprouver de l’empathie pour toute la famille lui a permis de rester dans un domaine que d’autres évitent, le trouvant trop pénible. Aujourd’hui âgée de 68 ans et retraitée, elle considère son expérience dans les services de protection de l’enfance comme la plus valorisante.

À la défense des familles

Pendant 25 ans, Donna Warren a défendu les intérêts des enfants victimes de violence et ceux de leur famille dans le cadre du programme de lutte contre la violence envers les enfants de l’hôpital pour enfants, qui a été relié au centre pour la défense des intérêts des enfants Sheldon Kennedy (maintenant le Calgary and Area Child Advocacy Centre).

Elle a assuré la liaison avec les policiers, procureurs, travailleurs sociaux, familles d’accueil, grands parents et parents biologiques et adoptifs, ainsi qu’avec des psychologues, médecins et autres membres du personnel infirmier pour établir les plans de traitement et orienter les gens vers des services communautaires. Donna Warren a pris en charge l’accueil et l’intervention en cas de crise, a animé des groupes d’éducation parentale et fait de la sensibilisation sur la prévention de la violence conjugale et sur la parentalité positive.

Malgré l’empathie, certaines histoires « terribles » étaient difficiles à supporter.

La plupart des adultes qui participaient à ses groupes étaient désireux d’acquérir de meilleures techniques parentales. Quelques uns, toutefois, ne l’étaient pas.

« J’ai vraiment plaidé en faveur des familles, dit elle. Je leur parlais, je les écoutais, j’évaluais ce qui se passait. Je faisais un effort délibéré pour comprendre la situation individuelle de chacun et faire preuve d’empathie, même si je n’étais pas d’accord avec ce qu’ils me disaient. »

Les enfants qu’on orientait vers le centre de défense avaient subi des violences physiques, sexuelles, verbales et émotionnelles ou une combinaison de ces agressions.

Elle se souvient d’une fille humiliée et rabrouée par son père, qui lui avait ensuite rasé la tête parce qu’elle passait par un développement normal et qu’elle n’adhérait pas à ses normes culturelles.

« La maltraitance se présente sous plusieurs formes », estime Donna Warren.

Traiter tout le monde avec respect était essentiel pour évaluer la sécurité des enfants et la capacité des parents à s’en occuper.

« C’était ma plus grande préoccupation, souligne-t-elle : l’enfant était il en sûreté? »

Éducation parentale

Donna Warren souffrait de voir les enfants séparés de leurs parents et faisait de son mieux pour aider les gens à changer en leur enseignant les compétences nécessaires. Elle exhortait les parents qui s’occupaient d’enfants ayant subi des traumatismes et de la violence à chercher du répit lorsque possible.

L’animation du groupe d’éducation parentale était l’un des aspects du travail qu’adorait Donna Warren.

« Les parents peuvent tant retirer du groupe et les uns des autres », insiste-t-elle.

Donna Warren souhaiterait que l’école enseigne les compétences parentales et les relations saines aux adolescents et aux jeunes adultes. « Pour reconnaître une relation problématique et savoir quand chercher de l’aide, il faut savoir à quoi ressemble une telle relation », explique t elle.

Donna Warren décrit sa propre enfance sur une ferme, dans le nord de la Saskatchewan, comme étant « difficile ». Son père, ancien combattant de la Seconde Guerre mondiale, souffrait du trouble de stress post traumatique.

Ses parents travaillaient dur pour subvenir aux besoins de leurs cinq enfants, mais la famille souffrait de la pauvreté et de privations. Néanmoins, elle garde de bons souvenirs.

« Encore aujourd’hui, j’adore les Prairies, ainsi que les lys tigrés et les crocus », confie-t-elle.

Le rôle de la pauvreté

Ses expériences d’enfance ont particulièrement sensibilisé Donna Warren au rôle que joue la pauvreté dans la dynamique familiale et la violence.

Malgré l’empathie, certaines histoires « terribles » étaient difficiles à supporter.

Pour faire face à l’adversité, elle en parlait à ses collègues, qui la soutenaient. Les jours de congé, elle se plongeait dans les activités de sa propre famille, notamment le camping et le golf.

Donna Warren a élevé ses trois enfants dans un foyer chaleureux.

Malgré son travail à temps plein et ses études à temps partiel à l’Université de Calgary pour obtenir son baccalauréat puis sa maîtrise en sciences infirmières, elle assistait à toutes les activités sportives et aux tournois de fins de semaine de ses enfants, accompagnée de son conjoint, Allan.

Récemment, sa fille adulte lui a demandé si elle connaissait la notion de liens d’attachement parental (elle la connaît). Sa fille lui a confié que ses frères et sœurs entretiennent des liens solides; la mère semble donc avoir accompli sa mission.

« Je l’ai pris comme un beau compliment », avoue Donna Warren, en riant.

Elle prévoit maintenant écrire un livre sur l’histoire des soins infirmiers au Canada, ouvrage qui dressera le profil de quatre ou cinq infirmières ou infirmiers et décrira l’évolution de leurs rôles et pratiques au fil des décennies. Elle sollicite la contribution d’autres infirmières et infirmiers.

Bien qu’elle habite maintenant à Calgary depuis longtemps, lorsqu’elle réfléchit à sa carrière, Donna Warren songe à l’influence qu’a eue sur elle son enfance en Saskatchewan, tout comme les antécédents des familles qu’elle a essayé d’aider les ont façonnés.

« L’environnement d’une personne et la façon dont elle a été élevée peuvent avoir des répercussions profondes sur elle. On doit donner à chacun sa chance. »

REMARQUE : Les infirmières et infirmiers qui souhaitent participer à l’ouvrage de Donna Warren peuvent communiquer avec elle par courriel au dwarren5@hotmail.com.


Laura Eggertson est journaliste indépendante à Wolfville, en Nouvelle Écosse.

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