Terminologie 101 : Les biais dans les programmes de dépistage

Mars 2016   Commentaires

Biais dans les programmes de dépistage : Erreur systématique lors de la mise en œuvre d’un programme de dépistage, ou de l’interprétation de ses résultats, pouvant mener à des conclusions erronées sur les avantages du programme


« Le dépistage du cancer permet de sauver des vies. » Voilà un message que nous avons tous entendu. Mais si le dépistage aide la détection précoce, augmentant ainsi les chances d’une meilleure gestion de la maladie, l’affirmation que le dépistage en lui-même sauve des vies n’est guère défendable. En effet, divers types de biais peuvent entraîner une surestimation de la contribution des programmes de dépistage à la survie des personnes qui y participent.

La première sorte est le biais d’autosélection (ou de volontariat). Les personnes qui participent à des programmes de dépistage jouissent généralement d’un statut socio-économique supérieur à celui des personnes qui n’y participent pas et tendent à mieux se conformer aux traitements. S’ils survivent plus longtemps, c’est parfois pour ces raisons, et non parce qu’ils ont participé au dépistage.

La seconde sorte est le biais de dépassement. Ce terme désigne le temps écoulé entre le diagnostic reçu grâce au dépistage (avant l’apparition de symptômes) et la manifestation de symptômes. Le dépistage peut donner l’impression de prolonger la survie, même si le traitement ne retarde pas réellement la mort. En effet, les personnes qui participent à un programme de dépistage sont plus longtemps conscientes d’avoir la maladie que celles qui apprennent seulement qu’elles l’ont une fois que les premiers symptômes sont apparus. Pour illustrer ce biais, prenons deux personnes mortes du cancer du côlon en 2015. La maladie a été diagnostiquée chez la première après une colonoscopie en 2010, à la suite d’une perte de poids importante et des saignements rectaux inexpliqués; pour la seconde, le diagnostic a été posé après un dépistage systématique au moyen d’une recherche de sang occulte dans les selles en 2006. On pourrait dire que cette seconde personne a vécu plus longtemps avec son cancer (plus longue survie) que la première, mais c’est seulement parce que sa maladie a été détectée plus tôt.

La troisième sorte est le biais de durée, qui provient du fait que la même maladie progresse à des vitesses différentes d’une personne à l’autre. La durée est le temps que prend une maladie pour arriver à un point particulier (comme la manifestation d’un symptôme ou la mort). Étant donné que les formes d’une maladie qui évoluent lentement (formes moins virulentes) ont généralement une phase asymptomatique plus longue que celles qui évoluent rapidement, la période pendant laquelle on peut détecter les premières au moyen du dépistage est plus longue. Le dépistage peut sembler augmenter la durée de survie simplement parce qu’il permet de détecter les formes de la maladie à évolution lente, pour lesquelles le pronostic est généralement meilleur.

Pour résumer, s’il est possible que les programmes de dépistage améliorent la survie en permettant aux cliniciens de détecter la maladie à ses débuts et de commencer rapidement un traitement, il est important de se souvenir que d’autres facteurs peuvent contribuer à l’extension apparente de la survie attribuée aux programmes de dépistage. La meilleure façon d’étudier les avantages du dépistage est de faire un essai contrôlé randomisé, parce que l’affectation aléatoire des participants au groupe soumis à un dépistage ou au groupe de contrôle, lors de l’essai, supprime les distorsions qu’apportent les biais d’autosélection, de dépassement et de durée.


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  • Marczyk, G. R., DeMatteo, D., et Festinger, D. Essentials of Research Design and Methodology, 2005.
  • Newell, R., et Burnard, P. Research for Evidence-Based Practice in Healthcare, 2011.
  • Supino, P. G., & Borer, J. S. (Éd.). Principles of Research Methodology: A Guide for Clinical Investigators, 2012.
  • Waltz, C. F., Strickland, O. L., & Lenz, E. R. Measurement in Nursing and Health Research, 2010.
Maher M. El-Masri, inf. aut., Ph.D.

Maher M. El-Masri, inf. aut., Ph.D., est professeur agrégé et chercheur à la faculté de sciences infirmières de l’Université de Windsor, en Ontario.

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