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MARS 2010 • AU TRAVAIL

Photo : Avec la permission de Santé publique OttawaL’accumulation compulsive attire l’attention en ce moment et fait l’objet d’une émission de téléréalité. Toutefois, pour les infirmières de la santé publique qui témoingnent de l’entassement au quotidien, il n’y a rien là de divertissant : le problème est sérieux.

L’accumulation compulsive attire l’attention en ce moment et fait l’objet d’une émission de téléréalité. Toutefois, pour les infirmières de la santé publique qui témoingnent de l’entassement au quotidien, il n’y a rien là de divertissant : le problème est sérieux.

Carolyn Crisp en sait quelque chose : affectée à l’équipe de prévention et de gestion des risques pour la santé avec deux autres infirmières de Santé publique Ottawa, elle reçoit plus de 250 cas par année. Elle collabore avec les services sociaux, la police et les services d’incendie, des inspecteurs en santé et des agences de logement, notamment, pour donner aux entasseurs pathologiques l’aide et les services dont ils ont besoin.
Mme Crisp voit en moyenne trois ou quatre clients par semaine. Habituellement, c’est l’entourage qui appelle — un voisin, un parent — pour dire qu’une propriété est négligée ou que l’on s’inquiète de l’un de ses occupants.

Les infirmières n’arrivent jamais seules, confie Mme Crisp. Un agent de prévention des incendies ou un inspecteur en santé publique vérifie si la résidence comporte des menaces à la santé ou à la sécurité, comme des matières inflammables ou des sorties bloquées, et ordonne l’élimination des dangers : tout dépend de la situation. La non-conformité peut entraîner des amendes ou l’expulsion. Si la personne risque d’être en colère ou violente, Mme Crisp demande à la police de l’accompagner.

Au cours des visites, Mme Crisp tisse des liens et tente d’établir la confiance tout en évaluant le client et dans quelle mesure l’entassement nuit à ses activités quotidiennes normales. L’accumulation est parfois si grave que les occupants ne peuvent utiliser la cuisine ou la salle de bain, affirme-t-elle.

« Comme infirmières, nous regardons comment la personne se débrouille, explique Mme Crisp. Nous ne visons pas l’expulsion, nous voulons simplement nous assurer que la personne en cause peut se débrouiller et rester chez elle le plus longtemps possible. »
L’entassement excessif pose des risques pour la personne, sa famille et ses voisins. Il peut être nécessaire de retirer des enfants ou des parents âgés du foyer, et l’expulsion et l’itinérance peuvent en découler. Dans des cas extrêmes, l’entassement peut être fatal : le plancher peut s’effondrer sous le poids des livres, des vieux vêtements et des électroménagers accumulés. Les incendies sont courants.

Une maison où règne le fouillis est dangereuse pour l’entasseur, mais aussi pour les policiers, le personnel paramédical et les pompiers, qui peuvent devoir y entrer et gravir des piles de débris pour sauver des victimes. « Lorsqu’il faut évacuer une maison en flammes, chaque seconde compte, affirme Mme Crisp. L’entassement réduit les chances de survie. »

L’amassement excessif augmente de plus le risque de chutes et d’accidents, et le fouillis, les ordures et les matières fécales humaines ou animales peuvent entraîner l’apparition de moisissures et d’infestations qui causent des problèmes respiratoires et autres. « L’odeur d’ammoniac que dégage l’accumulation d’urine peut être incroyable », affirme Mme Crisp, qui porte des gants, des bottes à embout d’acier et un respirateur au travail.

Depuis ses débuts il y a six mois, Mme Crisp a vu quantité de rats et de coquerelles. Après 18 ans de travail à temps partiel au Centre de santé sexuelle d’Ottawa, elle avoue que le changement a été brutal, mais elle trouve son travail enrichissant. Chaque cas est différent des autres, et elle apprécie les nombreuses occasions d’apprentissage.

Photo : Avec la permission de Santé publique OttawaMême si elle visite des maisons qui ressemblent vraiment à celles de l’émission de téléréalité Hoarders, le « nettoyage » décrit à la télévision ne fait pas partie de son travail. « Notre rôle consiste à nous assurer que les clients reçoivent l’aide dont ils ont besoin pour surmonter leurs problèmes, qu’il s’agisse d’un rendez-vous chez un médecin de famille, chez un conseiller ou avec un service de nettoyage, affirme Mme Crisp. Nous sommes l’intermédiaire. »

Les entasseurs gardent des objets que certains jugeraient inutiles ou de valeur limitée, explique-t-elle. Beaucoup d’entre eux s’attachent à ces biens et sont angoisés à l’idée de devoir s’en débarrasser, ce comportement est difficile à changer. Certains nient le problème ou sont inconscients des risques qu’il comporte. D’autres veulent nettoyer, mais ne savent pas où donner de la tête. Ils peuvent être complètement débordés, incapables d’organiser et de trier leurs biens. D’autres encore refusent simplement toute forme d’aide.

« L’entassement est un problème délicat, affirme Mme Crisp. Nous essayons d’aider la personne sans l’humilier. Nous voulons préserver sa dignité. »
Selon Lise Barrette, infirmière superviseure de Mme Crisp qui travaille dans ce milieu depuis presque 10 ans, même si chacun collectionne quelque chose, ces clients dépassent les bornes. « L’émotion est vive dans ce genre de travail, affirme-t-elle. Il faut éviter de juger et de se sentir visé. »

Mme Barrett affirme qu’il est excellent de remporter des succès et de voir les clients renouer avec leurs parents et amis, mais elle admet que le travail peut être frustrant et que des rechutes sont à prévoir. Des clients qui font des progrès refuseront subitement de laisser entrer un travailleur ou annuleront abruptement le service de nettoyage.

« Il faut accepter qu’on ne peut aider tout le monde. Les clients décident parfois de courir le risque. Ce sont là les cas les plus frustrants, affirme-t-elle : on sait que le malheur frappera tôt ou tard. »

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