FÉVRIER 2010 • PROFIL
Les débuts de Shellie Anderson comme infirmière gestionnaire de premières lignes ont coïncidé avec une première en médecine.
L’équipe d’infirmières qu’elle dirigeait a participé à la première transplantation de poumon vivant au Canada. Le patient a reçu des lobes sains de deux donneurs vivants au Centre des sciences de la santé de Winnipeg. Avant cette réussite, en décembre 1999, on avait seulement pratiqué une soixantaine d’interventions semblables dans le monde.
Au début de sa carrière au CSS, en 1984, jamais elle n’aurait imaginé participer à une telle première. À l’époque, elle travaillait dans des unités d’enseignement clinique aux adultes du CSS. Beaucoup des patients de l’époque seraient traités chez eux ou dans la communauté de nos jours. « Pour obtenir un lit, il faut être beaucoup plus malade aujourd’hui qu’il y a 25 ans », affirme-t-elle.
Anderson adorait les soins infirmiers pratiques. Elle n’a jamais voulu faire autre chose, ce que confirme d’ailleurs sa mère. Quitter le chevet pour la gestion fut tout un revirement. Elle a dû quitter sa zone de confort et, d’experte, redevenir débutante, mais, y voyant une occasion d’instaurer des changements dans le système de soins de santé du Canada, elle était déterminée à essayer. Une décennie plus tard, elle n’est pas certaine des changements qu’elle a instaurés, mais elle ne regrette rien : elle a pu s’épanouir professionnellement et en apprendre beaucoup sur le système de santé. Le travail au CSS lui convient, et elle prévoit y terminer sa carrière.
Après le projet de transplantation de poumon, Mme Anderson est retournée à son ancienne unité, mais avec une nouvelle mission. Elle a remplacé son ancienne patronne pour y diriger les infirmières, puis l’équipe volante en médecine, qui intervient selon les besoins. Mme Anderson avait elle-même fait partie de cette équipe pendant deux ans, et la possibilité d’améliorer la vie professionnelle de ces professionnels lui souriait. « Je connaissais leurs difficultés quotidiennes; je savais combien il est difficile de se faire parachuter et de ne pas vraiment avoir sa place », dit-elle. Elle a adoré ce travail et, en 2004, elle a accepté de diriger à temps plein l’équipe volante en médecine-chirurgie qui inclut du personnel de soutien, une équipe IV et les phlébotomistes, soit plus de 300 personnes. Mme Anderson ne recevait plus de remerciements des patients et se privait de la satisfaction qui en découle, mais elle était certaine de contribuer au soin des patients.
La curiosité de Mme Anderson l’a amenée dans un autre domaine des soins infirmiers qui l’intéressait vivement. Elle voulait explorer des moyens d’améliorer encore les soins et remettre en question les idées reçues.
C’est alors qu’arriva Lesley Degner. Très respectée dans les milieux infirmiers, Mme Degner était chef de file en recherche dans le domaine des sciences infirmières et de l’application des connaissances (AC). Ce domaine consiste à exercer des pressions pour utiliser les résultats de recherche et les pratiques exemplaires et effectuer le passage difficile entre les résultats de recherche dont font état les revues et l’expérience de quelques rares personnes à la pratique quotidienne de professionnels beaucoup plus nombreux.
Au travail, les infirmières ont rarement l’occasion de suivre les progrès de la profession. Or pour Mme Degner, les infirmières et leurs employeurs devraient se partager la responsabilité de l’apprentissage continu. Elle a donc lancé le projet de recherche sur l’application des connaissances en sciences infirmières, projet financé par les Instituts de recherche en santé du Canada et qui portait sur l’utilisation de la recherche au travail. Mme Anderson a géré l’organisation du projet tout en coordonnant des projets d’AC en sciences infirmières surveillés par le chef des soins infirmiers et l’équipe de direction du CSS.
Tous les six mois, les participants au premier volet du projet répondent à des questionnaires en ligne qui brossent un tableau de la situation des infirmières au travail dans trois unités internes de programmes cliniques du CSS (médecine pour adultes, santé mentale et chirurgie). Le tableau inclut des détails sur l’utilisation de la recherche. Ce volet se terminera en avril, après neuf séries de questionnaires, et c’est aussi alors que l’équipe saura si elle a le feu vert pour le deuxième volet.
Selon Mme Anderson, le travail effectué jusqu’à maintenant a déjà commencé à changer la culture au travail : « Les infirmières peuvent sans risque remettre certains procédés en question, et cette capacité leur permet de prendre davantage leur pratique en main en ouvrant le dialogue. Les gens apprennent les uns des autres. »
Si le deuxième volet est approuvé, il s’agira de réunir des infirmières en pratique avancée (comme tuteurs) et des infirmières de chevet pour étudier certains résultats de patients en reconstituant l’expérience de ceux-ci et en analysant les données pour comparer les soins reçus aux meilleures pratiques. En cas de non-conformité, elles chercheront des moyens de changer la mentalité du milieu de travail : les pratiques et processus qu’appliquent naturellement les infirmières. Mme Anderson voit là une possibilité pour les infirmières d’essayer de nouveaux processus de réflexion stimulants qui pourraient mener à l’amélioration du soin des patients.
Elle espère que le deuxième volet de la recherche contribuera aussi à l’amélioration du recrutement et de la rétention. Les participantes proviendront des trois mêmes unités, où commencent beaucoup de carrières au CSS. La participation de nouvelles infirmières pourrait vraiment contribuer à les fidéliser, affirme Mme Anderson.
« Cette recherche et tout mon travail correspondent tout à fait à ma philosophie personnelle, ajoute Mme Anderson. Nous devons faire ce qu’il y a mieux pour le patient, et non nous contenter de répéter ce que nous faisons depuis un million d’années simplement parce que c’est ainsi. »
Son altruisme s’exprime aussi dans la communauté. Son mari Jim et elle passent de nombreuses heures à servir des repas à la Mission Siloam, rue Princess à Winnipeg. Ils préparent aussi des paniers de provisions et de jouets pour le Christmas Cheer Board de Winnipeg, qui aide les familles bénéficiant de l’aide provinciale et beaucoup de travailleurs pauvres dans la région. Mme Anderson était représentante communautaire au comité d’examen collaborant avec les commissaires d’école, les représentants scolaires et les parents pour que l’école élémentaire locale reste ouverte. Même si elle n’a pas d’enfants, il lui semblait essentiel de garder l’école dans le quartier.
Mme Anderson est tout aussi engagée envers ses collègues infirmières et la profession. Elle organise des activités bénévoles de sa section de la Sigma Theta Tau International Honor Society of Nursing, et elle copréside le tournoi de golf de bienfaisance du CSS, qui, récemment, a amassé des fonds pour meubler le salon des patients et des visiteurs de l’Unité de santé mentale pour adultes.
Elle siège de plus au conseil de la Fondation des infirmières et infirmiers du Manitoba et au comité des prix de la semaine des soins infirmiers du CSS, et elle a accepté récemment de coprésider le comité de la semaine des soins infirmiers de l’Association des étudiantes diplômées en sciences infirmières de l’Université du Manitoba. Elle est de surcroît très active au sein de l’Ordre des infirmières et des infirmiers du Manitoba, dont elle vante le travail sur les normes de pratique qui « assurent que ce que nous faisons est à jour ».
Perpétuellement en apprentissage, Mme Anderson prépare actuellement une maîtrise dont le sujet reste à déterminer, mais qui portera certainement sur un aspect du leadership infirmier. Elle s’intéresse aux gestionnaires de soins directs parce qu’ils travaillent tellement près du personnel infirmier, du personnel de soutien et des patients. La culture de l’unité qu’ils gèrent repose sur eux, affirme-t-elle, mais ils demeurent responsables envers leur organisation, ses stratégies et les contraintes financières.
« Je veux savoir ce que signifie le leadership pour les infirmières et les équipes de soins directs, ce dont elles ont besoin et ce qu’elles attendent de leurs chefs de file, explique-t-elle. Il en découlera une différence énorme dans l’application d’une vision dans la pratique. »
Ses autres passions? Deux fois tante et fière de l’être, Mme Anderson joue au golf le plus souvent possible. « Le golf, c’est une autre source d’éducation permanente... pour moi, en tout cas! »
TARA TOSH KENNEDY EST JOURNALISTE PIGISTE ET ARTISTE À OTTAWA (ONT.).







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